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La liberté d’expression est-elle en danger en Espagne?
Par Germán Gorraiz López
Mondialisation.ca, 06 février 2021
Observateur continental
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Le terme dystopie a été inventé à la fin du XIXe siècle par John Stuart Mill par opposition au terme d’utopie de Thomas More et ce serait «une utopie négative où la réalité se déroule en termes antagonistes à ceux d’une société idéale».

Les dystopies se situent dans des environnements fermés ou claustrophobes encadrés dans des systèmes pseudo-démocratiques où l’élite dirigeante (l’establishment) se croit investie du droit d’envahir tous les domaines de la réalité dans leurs plans physique et virtuel, n’hésitant pas à restreindre les droits fondamentaux de la citoyenneté et stigmatiser tous les secteurs réfractaires à la doctrine officielle de l’establishment avec un anathème récurrent.

La liberté d’expression en Espagne est en train de mourir avant la nouvelle offensive répressive de la Cour nationale qui contraindra fortement la liberté d’expression par l’imposition systématique d’amendes très importantes et dont l’avant-dernier épisode serait la prochaine mise en prison du rappeur Pablo Hasél  pour des prétendus «crimes de glorification du terrorisme et insultes à la Couronne». La Cour nationale et la Cour suprême, menant cette croisade, auraient comme bras d’exécution le défunt franquisme judiciaire des tribunaux qui seraient contrôlés par le soi-disant «clan des politiciens» selon les mots de l’ancien président de la Cour suprême, Ramón Trillo Torres et dont l’objectif avoué serait la mise en œuvre de la soi-disant doctrine Aznar, qui aurait pour objectif ultime de «criminaliser les groupes et les entités indisciplinés et réfractaires au message de l’establishment dominant de l’Etat espagnol».

La dérive dévolutionniste susmentionnée du franquisme judiciaire tardif de l’Etat espagnol sera protégée par la «spirale du silence» des média de l’establishment (PRISA, Vocento, Grupo Planeta, Grupo Godó, Grupo Zeta, Editorial Prensa Ibérica, Unidad Editorial, TVE et Mediaset Espagne), une théorie formulée par la politologue allemande, Elisabeth Noelle-Neumann, dans son livre La spirale du silence. Opinion publique: notre peau sociale (1974). Cette théorie symboliserait «la formule du chevauchement cognitif qui établit la censure par une accumulation délibérée et suffocante de messages d’un seul signe», ce qui produirait un processus en spirale ou une boucle de rétroaction positive.

L’encéphalogramme plat de la conscience critique de la société d’aujourd’hui y contribue, favorisé par une pratique journalistique dangereusement médiatisée par l’absence d’exégèse ou d’objectivité dans les articles d’opinion et la fin du code de déontologie journalistique qui aurait son expression dans la mise en œuvre de sa soumission à la censure et à celle «nolis volis» de la ligne éditoriale de ses médias (résultat de l’endémisme atavique de la servitude aux pouvoirs factuels du statu quo) et qui aurait fait du journaliste une simple courroie de transmission des postulats de l’establishment ou du système dominant. Mais étant donné l’indignation populaire massive face à l’asymétrie juridique entre l’affaire Pablo Hasél, l’application par le gouvernement d’une grâce au rappeur ne serait pas exclue, ce qui représentera la victoire de la liberté de expression.  

Germán Gorraiz López, analyste politique

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