La Maison Blanche menace la Syrie de nouvelles frappes aériennes

La Maison Blanche de Trump a intensifié les tensions mondiales lundi avec une menace de lancer de nouvelles attaques aériennes contre la Syrie, en multipliant son attaque de jeudi dernier dans laquelle les États-Unis ont tiré 59 missiles de croisière Tomahawk sur une base aérienne du gouvernement, tuant 14 personnes, dont la plupart étaient des civils.

« La vision de gens victimes de gazage et tués par des bombes barils garantit que, si nous sommes témoins de ce genre d’action à nouveau, nous nous réservons le droit de lancer une action à l’avenir », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, lors d’une conférence de presse lundi.

La déclaration, invoquant les « bombes barils », les dispositifs explosifs assez sommaires employés par l’armée syrienne, a soulevé la perspective que le Pentagone pourrait exploiter toute action militaire des troupes syriennes contre les « rebelles » islamistes liés à Al-Qaïda comme prétexte pour de nouvelles interventions militaires directes des États-Unis.

Le porte-parole de la Maison Blanche a par la suite déclaré aux médias que ce qu’il avait dit ne signalait pas un changement de politique, mais a laissé entendre que le président Trump pourrait lancer une action militaire comme bon lui semble. « Le président conserve l’option d’agir en Syrie contre le régime d’Assad à chaque occasion où l’intérêt national est en jeu, comme cela a été démontré suite à de l’utilisation par ce gouvernement d’armes chimiques contre ses propres citoyens », a-t-il déclaré.

Auparavant, Trump et d’autres personnes avaient publié des déclarations suggérant que l’attaque de jeudi dernier avait été justifiée par l’utilisation attribuée à la Syrie d’une arme chimique contre des civils dans la ville de Khan Shiekhoun tenue par les islamistes. La Syrie et son principal allié, la Russie, ont nié l’utilisation d’une telle arme.

Washington n’a présenté aucune preuve à l’appui de ses accusations, et encore moins de motifs rationnels qui expliqueraient une telle attaque de la part du gouvernement d’Assad. L’incident allégué a tous les signes distinctifs d’une provocation organisée par la CIA et ses mandataires islamistes pour fournir le prétexte d’une toute première attaque militaire directe des États-Unis contre les forces gouvernementales syriennes.

Les nouvelles menaces de la Maison Blanche, qui suivent des déclarations aussi provocantes de l’ambassadrice de Washington aux Nations Unies, Nikki Haley, préconisant le changement de régime en Syrie, sont intervenues le même jour que la Russie et l’Iran ont émis leur propre avertissement que tout nouvel acte d’agression américaine provoquerait une riposte du même ordre.

La déclaration provient du centre de commandement conjoint des militaires russes et iraniens, les deux principaux alliés du gouvernement syrien du président Bachar al-Assad.

« Ce que l’Amérique a mené dans l’agression contre la Syrie est un franchissement de lignes rouges », a-t-il averti. « Désormais, nous répondrons avec force à n’importe quel agresseur ou à toute violation de lignes rouges par qui que ce soit, et l’Amérique connaît notre capacité à répondre comme il le faut. »

L’avertissement de l’armée russe et iranienne a suivi une déclaration un peu plus réfléchie du président russe Vladimir Poutine et de son homologue iranien, Hassan Rouhani, déclarant que la frappe aérienne américaine était « inadmissible et a violé le droit international », constituant une « violation flagrante » de la souveraineté syrienne. Elle a appelé à une enquête « objective » sur l’attaque alléguée des armes chimiques du 4 avril et a averti que les actions américaines pourraient « créer une division entre les pays dans la lutte contre le terrorisme ».

Les déclarations conflictuelles émanant de Washington et de Moscou ont créé une atmosphère d’incertitude croissante, dans des conditions où les relations entre les deux grandes puissances nucléaires sont les plus tendues qu’à tout autre moment depuis un demi-siècle.

À Washington, l’administration Trump n’a pas encore précisé une politique cohérente par rapport à la Syrie, alors que ses actions semblent être de plus en plus guidées par un groupe de généraux qui contrôlent pratiquement tous les principaux postes de sécurité nationale au sein de l’administration.

En ce qui concerne la Russie, il y a sans doute des divisions au sein de l’élite dirigeante. Les sections de l’oligarchie capitaliste liées aux capitaux américains et internationaux craignent probablement une confrontation, tandis que les éléments dans les couches militaires et plus nationalistes peuvent tirer la conclusion évidente que le rapprochement promis avec l’arrivée au pouvoir de Trump s’est avéré être une impasse et qu’un recul face à l’agression américaine ne ferait qu’encourager une escalade.

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson s’est réuni lundi avec ses homologues du G7 à Lucca, en Italie, lors de l’ouverture d’une réunion de deux jours de cet organisme qui représente les grandes puissances capitalistes. Le conflit en Syrie est apparu comme la question primordiale.

Tillerson et les ministres des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne, du Japon, ‘Italie, du Canada et de l’Union européenne auraient cherché à s’accorder sur une position commune présentant à la Russie un ultimatum pour accepter la demande occidentale de changement de régime à Damas avant la réunion de Tillerson mercredi avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov à Moscou. L’on ne sait pas encore si Tillerson rencontrera également le président russe Vladimir Poutine.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, qui avait précédemment accepté une commande américaine d’annuler son propre voyage prévu à Moscou afin de ne pas éclipser Tillerson, était parmi les voix les plus belliqueuses au début de la réunion du G7 en déclarant que l’organisme devait « indiquer à Poutine que le temps du soutien à Assad est révolu », il avertissait que Poutine portait « atteinte à la Russie » en maintenant son soutien au gouvernement syrien.

Johnson a suggéré que le G7 puisse s’entendre pour imposer les premières sanctions contre la Russie au sujet de son rôle en Syrie. Des sanctions économiques éprouvantes ont déjà été mises en place en réponse à l’annexion par la Russie de la Crimée suite au coup d’État orchestré par l’Occident en Ukraine en 2014.

Le journal britannique The Guardian a rapporté lundi, en citant une « source du G7 », que « Tillerson prévoit de présenter au régime de Poutine un choix net, entre l’abandon de Bachar al-Assad récompensé par un dégel dans les relations avec l’Occident, ou continuer à le soutenir au risque de connaître un résultat du genre libyen. » En 2011, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont mené une guerre pour un changement de régime en Libye impliquant des bombardements massifs et l’utilisation de « rebelles » islamistes en tant que forces terrestres par procuration. L’agression néocoloniale a pris fin avec le renversement du gouvernement et le meurtre de son dirigeant Muammar Kadhafi aux mains des lyncheurs.

Mardi, le G7 devrait rencontrer les ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de la Turquie, du Qatar, des Émirats arabes unis et de la Jordanie, les pouvoirs régionaux qui, avec la CIA et d’autres agences de renseignement occidentales, ont organisé, armé et financé les milices liées à Al-Qaïda qui ont été lâchées sur la Syrie au cours des six dernières années.

À la veille de la réunion du G7, Tillerson a participé à une cérémonie pour déposer des gerbes dans le village de Sant’Anna di Stazzema, où les nazis ont effectué un massacre infâme en 1944. Il aurait invoqué le prétexte des « droits de l’homme » pour le militarisme mondial américain auquel Trump s’était opposé lors de la campagne électorale de 2016. « Nous nous consacrons à nouveau à demander des comptes à tous ceux qui commettent des crimes contre des innocents partout dans le monde », a déclaré Tillerson.

Le massacre continu de civils par Washington dans ses opérations militaires en Irak et en Syrie et son soutien à la guerre presque génocidaire menée par l’Arabie saoudite et ses alliés contre le peuple du Yémen révèle l’hypocrisie totale de cette déclaration. Les hommes, les femmes et les enfants continuent à mourir, sans presque aucun reportage dans les médias occidentaux, dans le siège de Mossoul soutenu par les États-Unis, où les États-Unis ont tué 300 personnes le mois dernier avec une seule de leurs attaques aériennes.

Au cours du week-end, un avion de combat américain a bombardé un bateau transportant 40 civils qui essayaient d’échapper aux combats près de la ville syrienne de Raqqa, contrôlée par l’État islamique. Les corps d’une femme et ses six enfants ont été récupérés. D’autres personnes manquent à l’appel. Dans une autre attaque, la coalition dirigée par les États-Unis a tué 14 civils, y compris des enfants, dans le village de Hneida tenu par l’État islamique.

Des déclarations de soutien à l’attaque de Trump contre la Syrie continuent d’être faites par les principaux démocrates et anciens membres de l’administration Obama, les plus associés à l’impérialisme des « droits de l’Homme ». La réaction d’Anne-Marie Slaughter, ancienne directrice de la planification des politiques au Département d’État est typique de ces gens. Elle a tweeté : « Donald Trump a finalement fait le bon geste en Syrie !! Après des années de lamentation inutile face à des atrocités hideuses. »

La mentalité belliqueuse qui règne au sein deux partis capitalistes américains a été révélée lundi lors de la réaction féroce face à un membre démocrate du Congrès qui a osé interroger l’histoire officielle sur l’attaque aux armes chimiques syriennes et faire un avertissement sur l’immense danger posé par l’escalade du conflit entre les États-Unis et la Russie.

Howard Dean, l’ancien président du Comité national démocrate, a réclamé l’éviction du Congrès de la représentante démocrate d’Hawaï Tulsi Gabbard après que cette dernière a demandé si le gouvernement Assad était bien derrière l’incident des armes chimiques et a démontré que l’administration Trump n’avait présenté aucune preuve au Congrès pour soutenir cette thèse.

Gabbard, vétéran de la guerre d’Irak qui a essuyé des critiques après avoir rencontré Assad lors d’un voyage au Moyen-Orient, a mis en garde contre les conséquences potentiellement catastrophiques de l’escalade américaine en Syrie. « Ce dont nous parlons ici est vraiment le potentiel très élevé d’un conflit militaire direct entre les États-Unis et la Russie, les deux puissances nucléaires du monde, ce qui risque donc, intentionnellement ou non, des conséquences nucléaires », a-t-elle averti.

« C’est une honte, Gabbard ne devrait pas être au Congrès », a répondu Dean en se lançant sur Twitter pour exiger que les démocrates d’Hawaï la jettent dehors en 2018.

Le danger que l’escalade des tensions dérape et engendre un conflit direct entre les États-Unis et la Russie continue de monter. Le commandement militaire des États-Unis en Syrie a reconnu lundi que le rythme de ses frappes aériennes avait diminué depuis l’attaque de vendredi sur la base aérienne du gouvernement syrien en raison de mesures « défensives » renforcées pour protéger les quelque 1000 soldats américains sur le terrain en Syrie. Cela signifie que des avions de guerre américains sont déployés pour répondre aux attaques potentielles des combattants syriens ou russes.

Moscou, pour sa part, a envoyé un navire de guerre armé de missiles de croisière pour rejoindre le groupement tactique russe qui naviguait sur la côte syrienne, lui permettant de riposter contre une autre attaque américaine.

Bill Van Auken

Article paru en anglais, WSWS, le 11 avril 2017



Articles Par : Bill Van Auken

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