La nouvelle stratégie nucléaire états-unienne : des « nouveautés » déjà vues

A la veille de la publication du Nuclear Posture Review, le document sur la stratégie nucléaire USA, et trois jours avant la signature du nouveau traité START avec la Russie qui aura lieu demain à Prague, le président Barack Obama a annoncé de façon anticipée, dans une interview au New York Times (5 avril), les lignes  maîtresses de la nouvelle stratégie.  En quoi consiste la nouveauté ? « Si tu es un Etat sans armes nucléaires et que tu t’en tiens au Traité de non-prolifération, tu as notre assurance que nous n’utiliserons pas contre toi d’armes nucléaires ». Mais si l’Etat (à qui Obama s’adresse en le tutoyant) viole, sur le jugement non syndical de Washington,  le Traité de non-prolifération (Tnp), les Etats-Unis ne garantissent plus qu’ils n’utiliseront pas contre lui d’armes nucléaires.  Et là Obama désigne l’Iran et la Corée du Nord, surtout le premier, accusé de défier la communauté internationale par un programme nucléaire  qui « en suivant son cours actuel,  lui fournira une capacité nucléaire militaire ». Le président  Obama, rappelle l’intervieweur, a déjà déclaré qu’il « ne pourrait  pas cohabiter avec un Etat iranien doté d’armes nucléaires ». En substance, donc, les Etats-Unis se réservent le droit de la première frappe (first strike), c’est-à-dire de l’attaque nucléaire « préventive » pour empêcher un pays comme l’Iran de pouvoir construire un jour des armes nucléaires.

Tandis que la stratégie du président Bush prévoyait l’usage des armes nucléaires contre une vaste gamme de dangers,  la stratégie du président Obama – écrit le New York Times- en « limite » l’utilisation. Limitation toute relative puisque elle en admet l’emploi non seulement contre un Etat doté d’armes nucléaires, mais aussi contre « un [Etat] qui n’a pas signé ou a violé le Traité de non-prolifération ». Paradoxalement, dans l’interview, Obama affirme que « les Etats-Unis et Israël sont très préoccupés par les actions de l’Iran », ignorant en cela que tandis que l’Iran a adhéré au Tnp et fait l’objet d’inspections de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (Aiea), Israël n’a jamais adhéré  au Tnp et possède un puissant arsenal nucléaire, qui ne fait l’objet d’aucune inspection internationale.  Et, alors que l’Iran n’a pas d’armes nucléaires, Israël en tient une centaine pointée sur l’Iran et d’autres pays de la région. La même chose vaut pour l’autre allié des Etats-Unis, le Pakistan, qui possède des armes nucléaires mais n’a jamais adhéré au Tnp. A la question sur l’arsenal nucléaire pakistanais, pour la « mise en sécurité » duquel les Usa ont jusqu’à présent dépensé au moins 100 millions de dollars, Obama répond : « Je n’entends pas parler en détail du nucléaire pakistanais ». Ceci confirme que la nouvelle stratégie  nucléaire des Etats-Unis continue à être caractérisée par la vieille politique  des deux poids et deux mesures.

Ce ne sont pas les seules ambiguïtés. Pendant que, d’une part, il annonce la réduction des armes nucléaires, le président Obama déclare d’autre part que « nous maintenons une robuste dissuasion » et « nous investissons dans une infrastructure améliorée pour conserver la sécurité et la fiabilité de nos armes nucléaires ». Et alors que le président annonce la « limitation » de l’usage des armes nucléaires, des porte paroles de la Maison Blanche précisent que la nouvelle stratégie prévoit « l’usage d’une représailles nucléaire contre une attaque biologique » : en d’autres termes contre un pays non nucléaire accusé, éventuellement sur la base de « preuves » apportées par la Cia, d’avoir accompli ou tenté d’accomplir une attaque biologique contre les Etats-Unis.
 

De plus, à la question sur la nouvelle génération d’armes « conventionnelles » que les Usa sont en train de développer, en effaçant la frontière entre armes conventionnelles et nucléaires, Obama répond qu’il n’entend pas entrer dans les détails. Il fait de même en ce qui concerne la question sur les armes nucléaires états-uniennes en Europe. Sur le « bouclier » antimissile que les USA veulent déployer en Europe, en risquant de faire échouer le nouveau traité START, Obama se tait.  Celui qui parle, par contre –et c’est une douche froide- est le ministre des affaires étrangères russe Sergei Lavrov qui, à 48 heures du sommet de Prague prévient que «Moscou se réserve le droit de se retirer du nouveau START si le bouclier antimissile que les USA veulent construire a un impact excessif sur l’efficience des forces nucléaires stratégiques russes ».

Edition de mercredi 6 avril 2010 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Lire également : Les enjeux de la confrontation nucléaire : Nouveau START et vieille politique de puissance, publié le 2 avril 2010.

 



A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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