La nouvelle stratégie d’Obama : Achever les dirigeants d’Al-Nosra et préserver ses combattants

Ce 10 novembre, des hauts fonctionnaires du gouvernement des États-Unis auraient informé le Whashington Post que l’administration Obama ne pouvait plus se permettre de « traiter avec le Diable », pour continuer à exercer une pression militaire sur le Président syrien Bachar al-Assad.

En bref, Obama aurait ordonné au Pentagone de trouver et de tuer les dirigeants du groupe Al-Nosra sévissant en Syrie, en déployant plus de drones et en usant de tous les moyens possibles des Services du renseignement. Un revirement né du souci de voir certaines régions de Syrie se transformer en bases d’opérations terroristes lancées par Al-Qaïda contre les pays du Sud de l’Europe… [*].

Noble souci qui ignore superbement la pression des sanctions inhumaines qui pèsent sur une population restée piégée, bon gré mal gré, entre les crocs de ces monstres instrumentalisés par Obama et ses alliés, lesquels font toujours mine de pleurer sur la prétendue « opposition armée modérée » assiégée dans Alep-Est, ne réclament des couloirs humanitaires que pour sauver les terroristes qui la composent et nulle part ailleurs, ne se prononcent que pour ternir une armée qui défend héroïquement la patrie ; se souciant comme d’une guigne des civils qui tombent quotidiennement partout dans le pays, des enfants privés de paix et d’école, des parents qui enterrent leurs enfants et petits-enfants, des destructions qui n’ont épargné ni le vivant ni l’inerte, des soi-disant bavures aériennes de ladite Coalition internationale que personne ne condamnera, des malheurs qui ont atteint un tel degré d’atrocité qu’il est difficile d’imaginer ce que cette administration pourrait encore inventer pour se disculper tout en poursuivant ses objectifs premiers ; objectifs, a priori, contrariés par l’élection de M. Trump, 45ème Président des États-Unis.

Mais nombre d’observateurs régionaux ne sont pas dupes de cette dernière manœuvre annoncée au lendemain de cette élection. Nous avons choisi de traduire l’explication avancée par M. Yahia Dabouk, rédacteur du quotidien libanais Al-Akhbar, qui résume le sentiment général des sceptiques de bonne foi [NdT].


Obama s’est réveillé tout à coup pour constater qu’« Al-Qaïda en Syrie » est une organisation terroriste et ordonner au Pentagone de traquer et de tuer ses dirigeants sur le territoire syrien.

Des ordres clairs, précis et sans équivoque selon un haut responsable de son administration : « Le président (Obama) ne veut pas que ce groupe (Al-Nosra) hérite de la Syrie. Ce n’est pas une opposition viable, car c’est l’organisation Al-Qaïda ».

C’est là une évolution qui pourrait être considérée comme spectaculaire de la part de l’administration Obama à moins de trois mois de la fin de son mandat. Mais il est plus probable qu’il s’agit d’une décision cherchant à anticiper la stratégie du futur président Donald Trump, laquelle pourrait consister à livrer, en quelque sorte, l’arène syrienne à la partie russe, alors que la victoire de Clinton aurait laissé plus de temps pour continuer à appliquer le même mode opératoire sans changement significatif.

Cet ordre de liquidation des dirigeants d’Al-Nosra ne peut être envisagé comme un repli de la part d’Obama, mais comme une alternative qui conserverait Al-Qaïda en tant que moyen de pression essentiel, actif et fiable, pour amener le Président syrien à une reddition volontaire.

En effet, les éléments du Front al-Nosra privés de leurs chefs se précipiteront forcément vers d’autres groupes terroristes non catalogués « Al-Qaïda », qu’il sera difficile à Donald Trump, une fois officiellement investi dans ses fonctions, de cibler directement ou par procuration accordée à la partie russe.

Autrement dit, au lieu de répondre à l’exigence russe de séparer les terroristes d’Al-Nosra des prétendus opposants armés modérés, Obama cherche à rallier les premiers aux seconds sous le vocable : « opposition modérée ».

Une solution créative de la part d’une administration réduite à ne pouvoir compter que sur des mercenaires terroristes armés faute de pouvoir intervenir directement, laquelle solution lui permettrait, d’ici deux mois, de prétendre avoir liquidé Al-Nosra tout en ayant gardé des forces inféodées sur le terrain, si entretemps elle réussissait à les épargner et à conserver leur capacité guerrière pour les prochaines étapes du conflit concentré sur la Syrie.

Une solution qui pourrait éventuellement permettre à M. Trump de se dérober à ses engagements de tendre la main aux Russes pour éliminer le terrorisme en Syrie, étant donné qu’une fois président il sera plus enclin à voir les intérêts américains sous un autre angle qu’en tant que candidat à la présidence.

Ceci, sans oublier qu’Obama cherche à soigner son héritage, celui d’un président qui a pu combattre et éradiquer le terrorisme et Al-Qaïda en Syrie et en Irak, non l’inverse et notamment en Syrie. Il en va de son propre intérêt, lequel se trouve actuellement confondu avec celui des États-Unis, dont les options sont désormais étroites et limitées, d’où l’idée ingénieuse : couper la tête d’Al-Qaïda, mais garder son corps vivant.

Finalement, cette nouvelle stratégie d’Obama signifie que la stratégie précédente a été incapable d’atteindre ses objectifs et confirme qu’il lui faut éviter les interventions militaires directes vouées à l’échec. En même temps, elle confirme la justesse de vue des divers groupes salafistes tels Daech, Al-Nosra et apparentés, lesquels ont compris qu’ils ont été exploités et que le temps est venu de les exterminer.

Yahia Dabouk

12/11/2016

 

Source : Al-Akhbar (Liban)

http://www.al-akhbar.com/node/267976

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

[*] Obama directs Pentagon to target al-Qaeda affiliate in Syria, one of the most formidable forces fighting Assad

https://www.washingtonpost.com/world/national-security/obama-directs-pentagon-to-target-al-qaeda-affiliate-in-syria-one-of-the-most-formidable-forces-fighting-assad/2016/11/10/cf69839a-a51b-11e6-8042-f4d111c862d1_story.html

 



Articles Par : Yahia Dabouk

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