La politique du vide

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Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump se révèle le virtuose du vide. Il est surprenant de constater son entêtement à faire le grand ménage autour de lui.

Pour Donald Trump, la diplomatie semble se limiter aux coups de gueule, aux insultes et au pousse-toi de là que je m’y mette. L’homme a le droit d’être ce qu’il est. Mais le hic, c’est qu’il est à la tête des États-Unis. Que ce pays demeure la première puissance occidentale et que l’heure devrait être à la conciliation. À une époque où rien ne va plus à l’échelle planétaire, on s’attendrait à davantage de rigueur, de lucidité et de savoir-faire de la part du président des États-Unis, élu grâce au système des grands électeurs. Un système quelque peu archaïque.

Trump avance tel un taureau devant lequel on agiterait un bout de chiffon rouge. Il ne supporte pas la contradiction et semble préférer les « engueulades », la chicane comme on dit au Québec, à une saine discussion. Pour preuve, les départs de la Maison Blanche : 16 membres importants de l’administration Trump sont partis en six mois. Parmi lesquels le directeur de la communication Antony Scaramucci, au langage coloré.

Le monde des affaires le lâche aussi et les grands patrons désertent le navire. La décision du président des États-Unis de se retirer de l’accord de Paris sur le climat a soulevé une vague de mécontentement et de démissions du conseil présidentiel. Les PDG des grandes entreprises manifestent ouvertement leur désaccord. Elon Musk, patron de Tesla, et Bob Igger, PDG de Disney, ont été les premiers à partir, vite imités pas d’autres dirigeants. Le réchauffement climatique est une réalité et les chefs d’entreprise en sont conscients. Mais pas le président des États-Unis. Après le passage de Harvey au Texas, d’Irma en Floride, José a décidé de s’éloigner dans l’Atlantique. Les dégâts sont toutefois considérables et on déplore des morts. Même si aucune preuve scientifique n’atteste que le réchauffement de la planète est à l’origine des ouragans, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le principal organe international chargé d’évaluer le changement climatique, estime que le réchauffement climatique influe sur leur intensité. Les ouragans ne sont pas plus nombreux, mais plus dévastateurs. Donald Trump, après avoir claqué la porte à l’accord de Paris sur le climat, se rend au chevet des victimes de Harvey et d’Irma…

Au niveau international les tensions deviennent de plus en plus fortes.

Tout d’abord avec la Russie qui a renvoyé 755 diplomates étasuniens, suite à l’adoption par le Congrès de nouvelles sanctions contre Moscou. Il est vrai que le président des États-Unis ne pouvait que se plier à la décision du Congrès.

Relations très tendues avec la Chine, première puissance industrielle et économique mondiale et deuxième puissance militaire après les États-Unis. Une fois de plus, Donald Trump n’emploie pas le langage de la diplomatie : « I am very disappointed in China. Our foolish past leaders have allowed them to make hundreds of billions of dollars a year in trade, yet… they do NOTHING for us with North Korea, just talk. We will no longer allow this to continue. China could easily solve this problem!  » (La Chine me déçoit beaucoup. Nos stupides anciens dirigeants l’ont laissée engranger des centaines de milliards de dollars par an grâce au commerce, pourtant elle ne fait rien pour nous avec la Corée du Nord, excepté parler. Nous ne permettrons pas que cela continue. La Chine pourrait facilement résoudre ce problème!)

Ce à quoi, l’ambassadeur de Chine aux Nations unies, Liu Jiey, a répondu « Quel que soit le talent de la Chine, ses efforts ne vont pas produire d’effet pratique parce que cela dépend des deux principaux protagonistes. » Une phrase qui explique en termes très simples en quoi consiste gouverner.

Le président des États-Unis rue dans les brancards, menace et semble ignorer ce que tout chef d’État a appris à la petite école du monde politique : le langage est le nerf de la politique. Un homme politique fait sa marque avec la qualité de ses propos. Les propos que nous tenons sont le reflet de nos pensées, de nos capacités intellectuelles et de qui nous sommes. Pensons au Général de Gaulle dont les discours ont marqué l’histoire. Le 22 janvier 1964, ce dernier disait : « Les moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n’est pas exclu qu’elle redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant tant de siècles, la plus grande puissance de l’univers. » Vision devenue réalité le 8 décembre 2014 quand les chiffres publiés par le Fonds monétaire international (FMI) ont révélé que la Chine avait pris la place de première puissance économique aux États-Unis. Dans Le Sablier du Siècle, film documentaire que j’ai réalisé en 2008, le général Pierre Marie Gallois, brillant géopoliticien et grand stratège, déclare que la Chine sera la première puissance économique et militaire mondiale d’ici les trente prochaines années. C’était en 2008.

Pour gagner un combat, un général d’armée a besoin de ses soldats. Trump ne l’a pas compris. En chassant ou faisant fuir quiconque le contredit, il s’annihile des soutiens indispensables à une bonne gouvernance. En supprimant le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) mis en place par Barack Obama pour protéger quelques 800 000 jeunes sans papiers, il fait encore preuve de manque de bon sens. Ces jeunes font partie de la force vive des États-Unis. Au début du XXe siècle, la notion de melting pot est apparue. À l’époque, on pensait que les immigrés, quelle que soit leur culture, pouvaient se fondre avec les autres Étasuniens. Aujourd’hui, le président des États-Unis prêche pour une nation purement étasunienne et rejette toute forme de différence, au détriment des droits civils et des droits de l’Homme.

Il y a de grands hommes politiques que l’on ne peut que respecter même si l’on n’est pas de leur parti ou si l’on n’adhère ni à leur programme ni à leurs idées. Donald Trump ne figure pas parmi eux et ne passera pas à la postérité. Il n’a tout simplement pas l’intelligence nécessaire pour être un bon président. Au début, nous étions nombreux à le juger dangereux, plus aujourd’hui. À force de faire le vide, il a dévoilé son incompétence. Et les États-Unis – patrons, population, villes – s’organisent sans lui. La communauté internationale ne tardera pas à faire de même.

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice



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