La répression : Témoignage d’une militante contre la guerre

Parmi la brochettes d’événements de propagande militariste lors du 400e anniversaire de Québec se tenait dimanche dernier un rassemblement de 2000 cadets de l’armée.  Le tout était agrémenté d’une séance de photos, prises à partir d’un hélicoptère militaire survolant les Plaines d’Abraham dans le but de permettre aux cadets de livrer un « message pour  Québec » avec d’immenses bannières pointées vers le ciel.

Répondant à l’appel de la campagne étudiante contre le recrutement militaire Opération Objection, j’ai joint une quinzaine de militants et militantes afin de livrer mon opposition à cette propagande guerrière. Avant tout, j’étais présente pour dénoncer ce que l’on appelle dans le jargon militaire l’aspect « familiarisation avec les Forces canadiennes » du programme des cadets  : ce n’est rien d’autre que de l’endoctrinement perfide ciblant des jeunes de 12 au 18 ans (www.antirecrutement.info pour plus de détails). À l’aide de petites flûtes de fête, de slogans, de pancartes, de tracts et d’une bannière géante, nous étions décidés à défendre notre opinion et de dénoncer le mécanisme de recrutement  que représente le programme du gouvernement fédéral des cadets royaux de l’armée canadienne.

Même avant le début du rassemblement pour la photo aérienne, alors que notre groupe faisait preuve de respect n’allant même pas voir les jeunes cadets directement et en les laissant pique-niquer avec leurs officiers, nous n’avons pas du tout été épargné de la part des familles des jeunes . Uniquement en quelques minutes de distribution de tracts, je me suis fait traiter gratuitement d’ « innocente », d « irrespectueuse », de « stupide », de « minable », de « lâche »  (et j’en oublie…), hurler des insultes, huer par des familles d’enfants-soldats, lancer de l’eau en plein visage, déchirer et me faire lancer mes tracts avant même qu’un seul des arguments s’y trouvant soit lu. Je me demandais franchement pourquoi on me traitait ainsi lorsque j’étais j’agissais de manière totalement pacifique, et surtout, sans même avoir dénigré personnellement les cadets, ni leurs parents d’ailleurs.

Suite à la distribution d’information en traversant les plaines d’Abraham, nous nous sommes dirigés  vers le rassemblement des 2000 cadets, qui attendaient que soit prise la photo aérienne de leur « message pour Québec ».   Nous aussi, nous avions un message à livrer à la ville de Québec, et nous avons donc déroulé notre immense bannière: « Propagande militaire, au service de l’empire de guerre ». Après avoir reçu différents ordres (de militaires !) contradictoires sur l’endroit où il était « permis » de s’exprimer et  alors que nous étions déjà à une dizaine de mètres du rassemblement compact des cadets attendant la photo aérienne, nous avons catégoriquement refusé de se soumettre et de dispaitre. Nous n’avions aucune intention de plaire à l’armée, avide d’une photo de sa brochette de jeunes bien disciplinés souriant en cette belle journée des fêtes du 400e, et de reculer pour aller manifester là où personne n’aurait pu nous voir.

À ce moment, des parents, tous de genre masculin (qui semblaient avoir  été sélectionnés en fonction de leur stature physique …) , sont venus « protéger » leurs jeunes et « aider » l’unique policier en se plaçant d’une manière très imposante directement devant nous et notre bannière, tentant de nous faire reculer nous poussant plus loin afin que l’on recule. Ils s’avançaient  à moins d’un pouce de notre visage  pour nous exiger fortement de reculer… À un moment, j’ai même crains que la militante à mes côtés reçoive un coup en plein visage. Cette violence psychologique et cette intimidation étaient tout à fait gratuites, tout comme le flot d’insultes reçu auparavant. « Avons-nous traité vos enfants de la même manière que vous nous traitez ? les avons-nous menacés ?? » a crié une manifestante, pour  ensuite se faire répondre qu’elle n’avait pas intérêt à le faire, sinon elle verrait ce qui allait arriver… Quoiqu’il en soit, à cet instant, je me suis demandé « QUI » avait logiquement besoin de « protection » physique ? Était-ce les jeunes cadets, leurs parents ou nous, militants et militantes, venus pacifiquement exprimer notre opinion et se voyant imposé le comportement primitif de pères imposants et menaçants ? Et d’ailleurs, où était la présence policière qui est censée nous « protéger » et qui ne manque pas une occasion de prétendre travailler à « protéger »  les manifestants dans leurs activités ? Où était la police alors que notre groupe tentait d’exercer uniquement notre droit démocratique de manifester? Sans doute en train de préparer le « rapport » suite à la mort du jeune Fredy Vallanueva…

N’oublions toutefois pas de mentionner que quelques parents sont tout de même venus nous parler et ont tenté d’en apprendre davantage sur notre position d’une manière diplomatique. Dans les faits, ce que je trouve  ironique, c’est bien la présence de plusieurs pères qui ont tout fait pour rendre notre manifestation la plus tendue possible tout en se chargeant eux-mêmes de menacer l’ordre public.  Quel message veulent-ils véhiculer à leurs jeunes ? Et tout cela, sans évidemment aucune « protection » de la police, alors que cela aurait été l’intervention policière la plus appropriée dans le contexte. Pourtant, de notre côté, aucun militant ni aucune militante ne s’en est pris aux cadets.

On dit parfois que la violence est le témoignage d’une faute de moyens, d’une incapacité à s’exprimer autrement … on peut donc croire que l’intimidation physique était le seul argument dont disposait nos opposants brutaux qui prétendaient vouloir défendre leurs enfants.

Maude B.
Militante antimilitariste en lutte pour un monde de paix libre de guerres impérialistes et de propagande militaire chez les jeunes, le tout au service des empires de guerre…

Opération Objection : www.antirecrutement.info  



Articles Par : Maude Bouchard

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