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La RFA dans la guerre au Kosovo
Par Jürgen Elsässer
Mondialisation.ca, 03 avril 2006
Comaguer, michelcollon.info 3 avril 2006
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/la-rfa-dans-la-guerre-au-kosovo/2215

Publié en 2000 à Hambourg par les éditions Konkret, cet ouvrage a immédiatement connu un vif succès dans les pays de Langue allemande où il s’est vendu à plus de 10000 exemplaires en un  an et il  en est aujourd’hui à sa quarantième édition. Il a en outre été maintes fois  cité lors du procès Milosevic devant la Cour de Justice Internationale de La Haye.
 
Le lecteur y découvre des informations de première main sur un aspect totalement ignoré en France de la politique  étrangère de l’équipe Schröder- Scharping- Fischer : comment l’opinion publique d’outre-Rhin a été délibérément manipulée par les instances fédérales pour engager la Bundeswehr dans le conflit du Kosovo.

Jürgen ELSÄSSER 45 ans est rédacteur du mensuel KONKRET. Il a publié de nombreux ouvrages dont « la Face grimaçante de notre histoire lin 1999) ; « Plus jamais la guerre sans nous – le Kosovo et la nouvelle géopolitique allemande » (Hambourg 1999) « Make Love and War – comment les verts et les soixante-huitards changent la république » (Bonn- 2002)
Quelques extraits de ce  livre très documenté.
 
Dès le tout début du stationnement de la Kfor, on pouvait lire dans les journaux occidentaux dans quoi l’OTAN s’est embarquée en collaborant avec l’UCK. Fin juin 1999, l’expert des Balkans Chris Hedges rapporta dans le New York Times: “Les commandants en chef de l’UCK (…) tuent, emprisonnent et font le ménage dans leurs propres rangs pour intimider les rivaux potentiels; c’est ce que disent des commandants de l’armée rebelle désormais hors fonction, de même que des diplomates occidentaux. On rapporte que la campagne, au cours de laquelle pas moins d’une demi- douzaine de commandants en chef ont été abattus, était dirigée par Hashim Thaci et deux de ses lieutenants, Azem Syla et Xhavit Haliti. “10 Un ancien officier de l’UCK témoigna que deux exécutions eurent lieu après le début des bombardements en avril 1999 et qu’elles furent mises sur le dos des Serbes. Malgré cette déclaration, le Tribunal Pénal International de La Haye n’a pas formulé, jusqu’à ce jour, d’accusation contre Thaci et a même démenti enquêter sur cette affaire. Il serait probablement trop pénible de publier un avis de recherche, comme pour Milosevic et Karadzic, justement pour l’homme que Wolfgang Petritsch et Madeleine Albright venaient de hisser sur le fauteuil de partenaire reconnu aux pourparlers de Rambouillet.
 
Le cas d’Agim Ceku montre qu’il ne s’agit pas seulement, comme cela a été dit jusqu’ici, de machinations et de guerres de gangs entre groupes de mafia se faisant concurrence, mais que tout cela est un aspect d’un système de domination raciste par la terreur. Ceku était commandant en chef de l’UCK pendant la guerre et, en octobre 1999, il fut nommé commandant du Corps de Protection du Kosovo (TMK) par la Kfor, Corps qui devait absorber l’UCK. Avant de rejoindre 1’UCK, ce Kosovar albanais avait servi comme général dans l’armée croate. D’après des données du journal spécialisé dans les affaires militaires, Jane‘s Defence Weekly, Ceku était le “cerveau de l’offensive réussie de l’armée croate à Medak” en septembre 1993.  « L’opération menée sous le nom de code Terre brûlée conduisit à la destruction totale des villages serbes de Divoselo, Pocitelj et Citluk, plus de cent civils furent assassinés ou tués. » Ceku était, toujours d’après des données du fane ‘s Defence Weekly, aussi un des responsables militaires de l’Opération Tempête lors de laquelle les troupes de Zagreb prirent d’assaut la Krajina durant l’été 1995 et expulsèrent les 200 000 Serbes qui y vivaient. « D’après le Comité croate d’Helsinki pour les droits de l’homme, il y eut plusieurs massacres pendant la guerre éclair de trois jours dont au moins 410 victimes civiles nommément identifiées. ». L’organisation serbe des droits de l’homme, Veritas, rapporta qu’en 1995, 2101 civils serbes de la Krajina et ailleurs en Croatie furent tués ou disparurent sans laisser de trace la plupart d’entre eux pendant l’Opération Tempête.’ Des Casques Bleus canadiens furent témoins d’actes atroces commis par les troupes croates:

“Tous les Serbes qui n’avaient pas quitté leur maison furent systématiquement ‘nettoyés ethniquement’ par des commandos de la mort croates se déplaçant continuellement à travers le pays. On abattit toute bête abandonnée, on pilla et mit le feu à toute habitation supposée serbe.” Contrairement aux événements s’étant produits peu avant du côté bosniaque à Srebrenica, ceux-ci ne trouvèrent guère de résonance dans l’opinion publique occidentale. Selon le Taz par exemple, il n’y avait pas du tout eu d’expulsion hors de la Krajina. “Pourquoi des personnes sur l’ordre de chefs fous quittent- elles leur ferme, leur appartement, leur travail ?“ cherche à savoir la commentatrice du Taz, Dunja Melcic. Et Hans Koschnick du SPD, ancien commissaire de l’Union Européenne à Mostar, applaudit à l’invasion de la Krajina en l’appelant une “tentative pour rétablir la loi, une unité étatique.

“Un rapport interne du Tribunal Pénal International de La Haye portant le titre Acte d’accusation — Opération Tempête — Un cas unique, remarque: “Pendant l’offensive militaire, l’armée croate et la police spéciale commirent de nombreuses atteintes aux lois internationales protégeant les droits de l’homme, entre autres le bombardement de Knin et d’autres villes avec des grenades. Durant l’offensive militaire et les cent jours qui suivirent, au moins 150 civils serbes furent exécutés en masse et plusieurs centaines disparurent.” Plus loin, on lit qu”il y a suffisamment d’éléments contre trois généraux qui avaient le commandement militaire de l’Opération Tempête” pour les poursuivre pour crimes de guerre.
 
Le rapport interne de La Haye épais de 150 pages ne fut communiqué au New York Times que juste avant le début des bombardements contre la Yougoslavie et il y fut publié par extraits. C’était quelque peu pénible pour l’OTAN, car Ceku venait tout juste de remplacer Suleiman Selimi comme chef militaire de l’UCK lors des négociations de Rambouillet, ce dernier ayant refusé l’accord proposé. Rapidement, la porte-parole du Tribunal fit alors savoir que “les documents (ne représenteraient) en aucune manière les conclusions de l’acte d’accusation.” Les déclarations des témoins et des collaborateurs du Tribunal furent minimisées, il ne s’agirait que “de prises de position, d’arguments et d’hypothèses.” Le rapport interne n’a pas, jusqu’à ce jour, été rendu public et le collaborateur qui l’avait transmis au New York Times ne travaille plus pour le Tribunal. Lorsqu’on demanda pendant la guerre au porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea, quelle était la relation de l’Occident avec un homme tel que Ceku, qui aurait été impliqué dans des nettoyages ethniques, il répondit: “Le chef qu’elle (l’UCK) se donne, c’est entièrement son affaire.” Ainsi, plus d’obstacle à la carrière ultérieure d’Agim Ceku.

Jürgen Elsässer:  L’Harmattan 2002.

Extrait du bulletin Comaguer n° 140.

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