La Russie, la Géorgie et John McCain: des fonceurs irresponsables aux commandes

« La prospérité apportée par la guerre est semblable à celle apportée par un tremblement de terre ou par la peste. »

« … La guerre est nuisible, non seulement pour les conquis, mais aussi pour les conquérants. »

« Pour vaincre les agresseurs il ne suffit pas de rendre la paix durable. L’essentiel est de se défaire de  l’idéologie qui génère la guerre. « 

« La racine du mal n’est pas la construction de nouvelles armes, plus terrifiantes. C’est l’esprit de conquête. « 

Ludwig von Mises (1881-1973)

Il y a des gens responsables qui pensent que la provocation et l’agression peuvent être des modes de gouvernement acceptables. Le conflit qui vient d’éclater soudainement entre l’ex- province soviétique de Géorgie et la Russie dans le Caucase en Eurasie est un bon exemple.

Qu’y a-t-il derrière ce conflit qui a éclaté vendredi dernier, au début des Jeux Olympiques de Pékin? D’abord et avant tout, il faut garder à l’esprit que le véritable et premier agresseur dans ce conflit est le gouvernement belliqueux de la Géorgie, dirigé par un homme politique impulsif du nom de Mikhail Saakashvili, qui est ouvertement soutenu par les gouvernements des USA et d’Israël. Tôt dans la journée de vendredi, le 8 août , des tanks et de l’infanterie géorgiens, assistés par des conseillers militaires usaméricains et israéliens, ont lancé une vaste attaque d’artillerie et de roquettes sur la capitale de l’Ossétie du Sud sécessionniste, Tskhinvali, provoquant ainsi directement la Russie, qui avait des soldats dans cette province.

À première vue, la plupart des gens pourraient facilement arriver à la conclusion que Saakashvili est complètement fou d’avoir déclaré la guerre à son voisin la Russie, un pays plus de 50 fois plus grand que la Géorgie, dans le but de réoccuper la province russophone d’Ossétie du Sud , indépendante de facto depuis 1992. La seule explication logique semble être que le président géorgien croyait, ou avait une certaine forme d’assurance, que l’administration Bush-Cheney serait à ses côtés militairement. avec lui. A-t-il vraiment cru que l’administration Bush-Cheney, déjà profondément engagée dans deux conflits militaires en Irak et en Afghanistan, allait risquer une guerre mondiale pour sauver un oléoduc et une colonie récemment acquise dans cette partie lointaine du monde? Cela semble être une autre idée folle.

C’est un fait peu connu : les USA et Israël ont entraîné et armé l’armée géorgienne depuis 2002 . Cette situation équivaut à un risque de redémarrage de la guerre froide avec la Russie. Elle a également semé les graines d’un conflit beaucoup plus important dans cette partie du monde en encourageant la Géorgie à  se lancer dans des manoeuvres militaires. La petite Géorgie (4,5 millions d’habitants) a encore 2000 soldats en Irak, que les USA sont maintenant en train d’acheminer rapidement vers la Géorgie. Cela explique jusqu’au l’administration Bush-Cheney et ses substituts israéliens sont prêts à aller pour défier la Russie. Et maintenant, l’ours russe réagit. C’est de l’acrobatie politique de haut vol.

Au cours de l’été 1914, une erreur de calcul similaire a abouti à allumer la Première Guerre mondiale. Ce conflit qui avait commencé par une seule mort (l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand le 28 Juin 1914) avait abouti, en fin de compte, à 40 millions de morts. La catastrophe fut le résultat d’une réaction en chaîne de déclarations de guerre par les différents pays impliqués dans les affaires d’autres pays. Cela reste un exemple de la façon dont des conflits régionaux  relativement  mineurs peuvent dégénérer en conflagrations lorsque des têtes brûlées sont aux commandes.

La prise de bec entre la Géorgie et la Russie représente une bonne occasion pour le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, de faire preuve de leadership et de ne pas laisser les choses dégénérer. En effet, il y a toujours une possibilité qu’un politicien après l’autre va essayer de ne pas perdre la face en se livrant à une escalade. Par exemple, le Secrétaire général des Nations unies devrait obtenir du Conseil de sécurité le mandat de se rendre immédiatement dans les deux capitales directement impliquées, et il devrait tenter de négocier immédiatement une cessation des hostilités qui sauverait la face de tout le monde. Il devrait persuader les dirigeants russes de ne pas réagir de façon excessive aux provocations du président géorgien. En ce qui concerne ce dernier, il a démontré qu’il n’est pas digne d’occuper ses fonctions.

Le temps est essentiel dans de telles circonstances, car il y a toujours des intérêts qui pourraient profiter d’une aggravation de la situation.

D’une part, le candidat présidentiel républicain présomptif John McCain, qui n’a jamais rencontré une guerre qu’il n’aimait pas, a déjà tenté d’attiser le feu du conflit en appelant les 26 pays de l’OTAN à s’impliquer dans ce qui est essentiellement un conflit ethnique. Dans la foulée de sa campagne, John McCain a déclaré: « Nous devons immédiatement convoquer une réunion du Conseil de l’Atlantique Nord pour évaluer la sécurité de la Géorgie et passer en revue les mesures que l’OTAN peut prendre pour contribuer à stabiliser cette situation très dangereuse. »

Le candidat républicain tente de manière incroyable de profiter politiquement de cette crise lointaine en faisant miroiter la perspective effrayante d’un petit conflit régional transformé en guerre mondiale. Cela pourrait avoir quelque chose à voir avec le fait que le principal conseiller en politique étrangère de M. McCain (Randy Scheunemann ) est un ancien lobbyiste pour le gouvernement de Géorgie et un ancien lobbyiste néoconservateur en faveur de l’invasion militaire de l’Irak par les USA. Cela semble constituer un conflit direct d’intérêts et une raison suffisante pour M. McCain de s’abstenir de jeter de l’huile sur le feu.

Je l’ai déjà écrit, et cet incident le confirme : cet homme (McCain) semble être inapte à prendre la tête d’un pays lourdement armé.

Pour lire l’article en anglais, Irresponsible Risk-Takers in Command, cliquez ici.

Traduction Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal. Il est l’auteur du livre «Le nouvel empire américain.» Visitez son blogue à l’adresse suivante: www.thenewamericanempire.com/blog. Il peut être rejoint à l’adresse suivante: [email protected]



Articles Par : Prof Rodrigue Tremblay

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