La stratégie d’Obama, l’énorme déficit fédéral, est insoutenable

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La stratégie de lutte contre la récession du Président Obama court à la catastrophe.

Il préconise d’immenses déficits fédéraux de 2009 à 2011, dans le but de soutenir la demande intérieure et rompre le cycle des répercussions négatives de la montée du chômage, de la chute des revenus et du marasme des dépenses de consommation, le temps de recapitaliser les banques, jusqu’à ce que le crédit recommence à circuler. Cela pourrait exiger des emprunts fédéraux de près de quatre mille milliards de dollars.

De pareils déficits ne sont pas viables à long terme ; le Président promet toutefois d’emprunter moins en 2012, quand, comme il le pense, l’économie se relancera. Ces mesures n’abordent pas les causes de la récession.

L’écroulement a son origine dans trois grandes influences : le mercantilisme chinois, les dysfonctionnements de la politique énergétique et l’inconduite de Wall Street.

À partir de 1994, la Chine a sous-évalué artificiellement sa monnaie, imprimant du yuan pour acheter du dollar. Cela a inondé les magasins étasuniens de marchandises bon marché, et a créé un énorme déséquilibre commercial entre la Chine et les États-Unis.

Parallèlement, la politique énergétique des États-Unis a encouragé Detroit à vendre des monstres toujours plus énergivores, et a limité la mise en valeur du gaz et du pétrole dans le pays. Le coût de l’importation pétrolière s’est envolé pour alimenter des SUV* de deux tonnes transportant des mamans de footballeurs de 50 kilos. Le déficit commercial est passé de 65 milliards de dollars en 1993 à une moyenne de plus de 700 milliards par an de 2005 à 2008, soit environ 5 pour cent du PIB.

Pour maintenir de manière convenable leur train de vie, les Étasuniens doivent dépenser et consommer cinq pour cent de plus qu’ils ne gagnent ou produisent. Jusqu’à l’éclatement de la bulle de crédit, les Chinois et les investisseurs du Moyen-Orient finançaient tout, et les financiers de Wall Street, organisaient une prospérité bidon.

Les Chinois et les exportateurs du Moyen-Orient ont utilisé les dollars provenant de leurs gros excédents commerciaux pour acheter des obligations et des biens étasuniens. Cela a maintenu des taux d’intérêt bas sur de longues durées, permettant aux Étasuniens d’emprunter sans compter, et de s’enivrer de biens et de la cote des actions. L’emprunt soutenant cette prospérité chimérique a grandi bien trop vite pour que le revenu des Étasuniens puisse subvenir aux besoins des plus grands prêts hypothécaires et à la hausse des loyers.

Les banquiers ont réagi en pondant des prêts de plus en plus innovants. Ils ont trouvé le moyen de prêter plus, procurant une protection au versement des capitaux des investisseurs contre les mauvaises créances, en cas de récession. Ils ont mijoté le swap sur défaillance, une police d’assurance contre le défaut de remboursement, adossée à peu ou pas du tout d’actifs.

Les établissements financiers se sont échangé les swaps dans un grand système de Ponzi dont le démantèlement pourrait prendre une décennie. Les banquiers de Wall Street ont délaissé la saine gestion des risques au profit d’une finance style Las Vegas. Quand le château de cartes s’est affalé, le crédit s’est tari et le consommateur avait son content de dépenses, tandis que le chômage montait en flèche.

Le brouet économique du Président Obama évite d’aborder le protectionnisme chinois. Sa politique énergique se focalise le plus sur le recours au charbon et au gaz naturel du pays, mais ne préconise généralement qu’aux voitures seules des normes de rendement. Et le plan de recapitalisation des banques du Secrétaire au Trésor, Geithner, en rachetant les prêts hypothécaires et les titres empoisonnés, esquive la réforme de la rémunération et des pratiques des directions qui ont créé les prêts aventureux et vandalisé le bilan des établissements financiers.

La Chine et d’autres nations sont d’autant plus fatiguées de détenir des dollars et des obligations que la capacité des États-Unis à rembourser leur dette est mise en doute. Au lieu d’une autre bulle de crédit en 2012, suivie d’un autre éclatement quelques années plus tard, il est vraisemblable que nous verrons un nouveau fiasco de la demande et une récession encore plus grave. À moins que le Président Obama ne remédie rapidement au déficit commercial avec la Chine, et pétrolier, et à la mauvaise gestion des banques étasuniennes, la prochaine décennie évoquera de manière inoubliable celle inaugurée en 1929.

  

SUV = véhicule utilitaire sportif style quatre-quatre.

Article original en anglais : Obama’s strategy: Huge federal deficits can’t be sustained, SunSentinel, publié le 5 avril 2009. 

Traduction : Pétrus Lombard.

Peter Morici est professeur à l’University of Maryland School of Business et ancien Économiste en Chef à l’US International Trade Commission.



Articles Par : Peter Monci

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