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«La Suisse doit réagir aux abus en Irak»
Par Adam Beaumont
Mondialisation.ca, 17 octobre 2005
swissinfo 17 octobre 2005
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https://www.mondialisation.ca/la-suisse-doit-r-agir-aux-abus-en-irak/1102

Pour Jean Ziegler, la nourriture est utilisée comme une « arme de guerre » en Irak.   Jean Ziegler appelle la Suisse à condamner les violations «flagrantes» des droits de l’homme commises par la coalition en Irak.  Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation affirme que les populations civiles se voient refuser l’accès à la nourriture et à l’eau en violation des Conventions de Genève.

Jean Ziegler s’est exprimé vendredi à Genève en prévision de la Journée internationale de l’alimentation, prévue dimanche. Il présentera son rapport le 27 octobre devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Dans sa présentation, le rapporteur spécial a accordé une large place aux événements en Irak. Il a notamment dénoncé les agissements du Royaume-Uni et des Etats-Unis dans la région.

«J’ai formellement demandé à la Suisse, en tant qu’Etat dépositaire des Conventions de Genève, d’intervenir pour dénoncer et mettre un terme aux violations des 1er et 2ème protocoles. Je pense que le gouvernement suisse doit réagir», a dit Jean Ziegler à swissinfo.

Ce dernier a indiqué qu’il attendait encore la réponse. Mais il est confiant dans le fait que le ministre suisse de Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey répondra. «Mon expérience de rapporteur spécial m’a montré qu’elle était déterminée à faire respecter les Conventions de Genève partout dans le monde», a-t-il souligné.

«Arme de guerre»

Jean Ziegler a indiqué qu’il détenait des preuves décisives montrant que la nourriture était utilisée comme une «arme de guerre» à la fois par les forces de la coalition et par les insurgés.

«Avant de lancer une offensive contre une ville, les forces de la coalition coupent l’approvisionnement en eau et en nourriture des populations civiles, afin qu’elles quittent les lieux. Cela empêche que les insurgés les utilisent ensuite comme bouclier humain», a-t-il expliqué.

L’ancien parlementaire socialiste a dit comprendre le raisonnement militaire qui fonde cette stratégie. Il n’en reste pas moins que c’est interdit tant par les droits de l’homme que par le droit humanitaire.

Jean Ziegler a indiqué avoir reçu des rapports montrant que les forces régulières irakiennes et les forces de la coalition avaient limité les approvisionnements en nourriture avant de lancer l’assaut contre la ville de Tal Afar en septembre dernier. L’approvisionnement en eau avait aussi été coupé, mais il avoue qu’il n’a pas été possible de déterminer avec précision qui en était responsable.

Le rapporteur spécial a par ailleurs indiqué que la coalition n’arrivait pas à fournir un ravitaillement suffisant en nourriture et en eau aux populations civiles obligées de se réfugier dans des camps situés à l’extérieur des villes.

Les Américains démentent

Jean Ziegler dit s’appuyer notamment sur des sources du gouvernement irakien, d’organisations non gouvernementales ou des nouvelles des médias américains, dont le «Washington Post» et le «Los Angeles Times».

Toutefois, à Bagdad, un porte-parole de l’armée américaine a réfuté ces accusations.

«Toutes les accusations selon lesquelles les forces de la coalition refuseraient de couvrir les besoins de base de la population en Irak sont complètement fausses», a déclaré le lieutenant-colonel Steve Boylan à Associated Press.

Une famine mondiale
 

Jean Ziegler ne s’est pas uniquement intéressé à l’Irak. Dans sa présentation à la presse, il a également dressé un tableau bien sombre de la situation dans le monde.

La malnutrition est en effet en augmentation, principalement dans les pays africains. Selon un rapport de l’ONU, le nombre de personnes gravement sous-alimentées a atteint 852 millions l’an dernier, soit dix millions de plus que l’année précédente.

Cette situation révolte Jean Ziegler. «L’an dernier, les dépenses militaires des 191 Etats membres de l’ONU ont pour la première fois dépassé mille milliards de dollars. Dans le même temps, les budgets accordés au Haut Commissariat pour les réfugiés ou au Programme alimentaire mondial, qui permettent à des millions de personnes de rester en vie, ont été diminués. C’est une absurdité», s’est-t-il ému.

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