« L’affaire Dieudonné » – Pour en finir avec les termes : holocauste & shoah !

Mise au point.

Lundi soir s’est tenue l’émission Mots croisés animée par Y. Calvi sur France2.

Le sujet principal en était « l’affaire Dieudonné » avec pour objectif – du moins, j’imagine – de tenter de démêler le vrai du faux. Sérieux défi ! Surtout au vu des invités sur le plateau, en tête desquels, « l’agité de l’identité » (comme l’a très justement nommé un internaute), à savoir A. Finkielkraut.

Pour ce qui aurait pu être un débat de société, point de contradicteur digne de ce nom. Mauvais point pour le responsable de l’émission et son équipe.

Beaucoup de choses invraisemblables ont été lancées au cours de l’émission, et en établir le détail m’est tout bonnement impossible. Ceux qui le désirent peuvent toujours revoir l’émission sur le site de la chaîne.

Mais à un moment,  Y. Calvi a soulevé une question intéressante, voire essentielle, à savoir : n’y a-t-il pas deux poids, deux mesures dans la manière dont on parle du génocide des juifs, tant à l’école que dans les médias? Et les invités du plateau, dont Finkelkraut en tête (évidement!), d’assurer en gros, que non.

Ben, voyons…

Il convient donc d’éclairer quelque peu les choses en signalant pour commencer que seul, ce génocide s’est vu affublé de 2 noms pour le caractériser: Holocauste & Shoah. Avec leurs majuscules de préférence! Or, que signifient ces mots « savants » que la majorité de ceux qui l’utilisent (croyant par-là se hisser à un degré de savoir que manifestement ils n’ont pas) ne connaissent apparemment pas ?

  1. Le mot « holocauste » vient du grec, et signifie le sacrifice par le feu de la bête entière offerte à Dieu au lieu de n’en offrir qu’une partie et de manger le reste. Ce serait à peu près la même chose qu’une immolation. Où y aurait-il eu un tel sacrifice, une immolation des juifs à Dieu dans le génocide dont ils ont fait l’objet!? C’est une terminologie tout simplement inappropriée…
  1. Et le mot « shoah » est utilisé quelques fois dans l’Ancien Testament pour désigner une catastrophe naturelle. Où ce génocide serait-il une catastrophe naturelle!? Tout à l’inverse, il est le produit d’une décision strictement humaine, politique, dont les acteurs doivent assumer l’entière responsabilité. Et pourquoi l’avoir choisi dans le lexique biblique, sinon pour y ramener insidieusement la notion de peuple « élu »? Une nouvelle fois, cette terminologie est tout simplement inappropriée…

Dans le langage commun, utilisé par tout le monde, croyant ou non, il y a quantités de mots et d’expressions pour qualifier des actes qui ne relèvent que d’une barbarie humaine: génocide, solution finale, crime contre l’humanité, etc… utilisés d’ailleurs pour tous les autres massacres sur des populations entières – on estime à env. 20 millions les Amérindiens décimés par les colons européens lors de la découverte des Amériques – sans parler de tous les autres crimes contre l’Humanité perpétrés au cours de la sinistre Histoire humaine…

Les mots que l’on utilise, ne sont jamais neutres, ils évoluent avec le temps et l’usage que l’on en fait… Et il y a donc bien, en ce cas, un « deux poids, deux mesures » évident! Le nier est une imposture. Méfions-nous dès lors de tomber dans un vocable que nous ne comprenons pas nous-mêmes et que nous ne faisons que reproduire de façon grégaire. Ne cédons pas à la tentation de la paresse intellectuelle en répétant ce que l’on entend. Et finissons-en une fois pour toutes, avec les mots holocauste et shoah! Cela n’ajoute rien à la gravité des faits. Au contraire… c’est peut-être pour certains, une manière de cacher un problème de racisme non résolu…

Rappel : Albert Camus disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

Daniel Vanhove 

Observateur civil

Auteur

15.01.14



Articles Par : Daniel Vanhove

A propos :

Daniel Vanhove est Observateur civil et auteur. Son dernier ouvrage La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire.

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