L’Affaire Skripal – L’impérialisme occidental ne supporte pas l’émergence d’autres puissances

Photo : Sergei Skripal, 66, et sa fille Ioulia, 33 ans.

Une nouvelle ‘affaire’ vient secouer les chancelleries occidentales, nommée l’Affaire Skripal, du nom de l’ancien colonel du service de renseignement de l’armée russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, tous deux empoisonnés sur le territoire britannique et actuellement hospitalisés dans un état « critique » selon les médecins.

L’histoire commence en 2004 où S. Skripal est arrêté par les autorités russes l’accusant de « haute trahison » pour avoir fourni l’identité de plusieurs agents de Moscou œuvrant en Europe. Condamné à 13 ans de camp, il est échangé en 2010 avec trois autres agents contre dix espions russes arrêtés par les États-Unis. Il se réfugie alors en Angleterre où il réside depuis.

La thèse de l’empoisonnement est rapidement établie dans la mesure où le père et sa fille ont été trouvés inconscients par un policier qui en contact avec eux s’est retrouvé lui-même empoisonné et dans le même état grave que les victimes.

Les premiers examens pratiqués par les experts britanniques établissent l’usage d’un gaz innervant développé à l’époque de l’URSS et baptisé ‘Novichok’. Incolore et inodore, il serait encore plus puissant que le gaz Sarin.

Les responsables du gouvernement britannique n’ont pas tardé à réagir, exigeant de la Russie une réponse à cet acte jugé « sans foi ni loi » dans les 24h. Ce qu’a refusé la Russie par la voie de son ambassadeur à l’ONU qui a déclaré que la Russie « ne parlait pas le langage des ultimatums, que sans preuves formelles il n’y avait aucune justification à produire. Et que son pays réfutait catégoriquement ces accusations ». Il a par ailleurs rappelé que Londres avait refusé de livrer des échantillons du produit toxique pour mener une enquête conjointement à celle menée par les autorités britanniques. La Russie a dit et répété qu’elle est prête à collaborer… sans réponse de la Grande-Bretagne pour l’instant.

Mais, deux jours après les faits, Londres s’empressait de pointer la responsabilité de Moscou par Boris Johnson, son ministre des Affaires étrangères qui prévenait : « Si l’enquête démontre la responsabilité d’un État, le gouvernement répondra de façon ferme ». Et des premières représailles étaient envisagées à l’encontre de Moscou comme l’impossibilité de participer « normalement » à la Coupe du monde de football, l’été prochain, en Russie.

Sans réaction à son ultimatum, la première ministre Theresa May a d’ores et déjà pris un train de sanctions par le renvoi de 23 diplomates russes du territoire britannique, la suspension des contacts bilatéraux avec Moscou, ainsi que le boycott du gouvernement et de la famille royale à la prochaine Coupe du monde de football organisée par la Russie cet été.

Comme on pouvait s’y attendre, le Royaume-Uni a reçu le soutien immédiat des États-Unis, de l’Allemagne, de la France, du Canada et de l’OTAN… toutes puissances en perdition dans les guerres qu’elles mènent de concert et perdent l’une après l’autre dans un Moyen-Orient qu’elles ont dévasté, face aux pays soutenus par la Russie et l’Iran et ce qui est qualifié d’axe de la résistance.

Comme on peut le voir, tout est bon en Occident pour tenter de détourner l’attention des populations sur les crimes et les massacres commis par cette douteuse coalition à l’œuvre depuis des décennies dans des pays désormais ruinés. Nos autorités poussent des cris d’orfraie sur le cas non prouvé d’empoisonnement de deux individus par l’Etat russe, mais poursuivent « sans foi ni loi » leurs saccages par centaines de milliers de victimes dans les pays arabes, finançant, armant et formant des mercenaires pour renverser les gouvernements qui ne leur conviennent pas. Leurs pratiques criminelles avec des groupes terroristes sont dénoncées et documentées depuis longtemps mais ils persistent, incapables de comprendre que leur ordre hégémonique d’antan n’est plus de mise ni accepté par des Etats qui relèvent la tête et veulent se débarrasser de cette suprématie coloniale que l’occident leur a imposée pendant des siècles. Et nous, citoyens, sommes entraînés dans ces dérives.

Dans le même esprit de complot occidental – comment l’appeler autrement ? – le chef d’état-major de l’armée russe a annoncé la découverte d’une usine d’armes chimiques à Aftris située dans la Ghouta orientale et libérée de ses mercenaires se battant contre le gouvernement syrien. De même, il y a quelques jours la Syrie a prévenu les instances de l’ONU du transfert de camions turcs chargés de chlore vers des groupes opposés à l’Etat syrien. Dans le même temps, les occidentaux n’ont de cesse de proférer des menaces à l’encontre de Bachar al Assad en cas d’usage d’armes chimiques qu’il n’a plus dans la mesure où celles-ci ont été détruites sous contrôle international il y a plus de trois ans.

Allons-nous encore longtemps devoir supporter ces sinistres responsables qui ne représentent qu’une poignée d’oligarques et financiers hypocrites, affairés à maintenir leur domination sur des populations précarisées, tout à l’opposé des aspirations de paix et de justice que celles-ci espèrent ?! Allons-nous une fois de plus tomber dans ces pièges grossiers qui nous sont tendus régulièrement pour nous indiquer l’ennemi à combattre ?! Allons-nous suivre aveuglément ces délinquants qui n’hésiteront pas à envoyer nos jeunes se faire tuer dans leurs sales guerres, sous de faux prétextes et encore animés de leur détestable esprit colonial ?!

C’en est assez, et que tous les belligérants non conviés par les autorités officielles des pays dans lesquels ils se sont déployés rentrent chez eux une fois pour toutes et abandonnent leurs sordides mentalités coloniales !

Daniel Vanhove

Le 15 mars 2018



Articles Par : Daniel Vanhove

A propos :

Daniel Vanhove est Observateur civil et auteur. Son dernier ouvrage La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire.

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