Laissez vivre nos enfants

Electronic intifada

L’Occident éclairé a peur des petites filles avec des foulards sur la tête. Il est terrifié par les garçons portant des keffiehs. Et en Israël, on apprend aux enfants à craindre, plus que tout, les fruits de la matrice musulmane. Par conséquent, quand ils deviennent des soldats, ils ne voient rien de mal à tuer des enfants palestiniens « avant qu’ils ne grandissent ».

Bassam Aramin a passé 9 ans dans une prison israélienne parce qu’il était membre du Fatah dans la région de Hébron et qu’il avait tenté de jeter une grenade sur une jeep de l’armée israélienne qui patrouillait dans Hébron occupé. Mercredi matin,17 janvier, un soldat israélien a tué sa fille de neuf ans, Abir, d’une balle dans la tête. Le soldat ne passera pas une heure en prison.En Israël, les soldats ne sont pas emprisonnés lorsqu’ils tuent des Arabes. Jamais.

Peu importe que les Arabes soient jeunes ou vieux, des terroristes réels ou potentiels, des manifestants pacifiques ou des lanceurs de pierres.

L’armée n’a pas mené d’enquête sur la mort d’Abir Aramin. Ni la police ni les tribunaux n’ont interrogé qui que ce soit. Il n’y aura pas d’enquête.

En ce qui concerne les « Forces de Défense sraéliennes », le tir n’a pas eu lieu. Le compte-rendu officiel de l’armée au sujet de sa mort est qu’elle a été touchée par une pierre que l’une de ses camarades de classe lançait sur « nos forces ».

Nous qui vivons en Israël, nous savons que les pierres jetées par des enfants de 10 ans ne font pas exploser la cervelle.

Tout comme nous voyons chaque jour des jeeps israéliennes tourner autour des enfants palestiniens sur le chemin de leur école et les accueillir avec des bombes assourdissantes, des balles de « caoutchouc » et du gaz anti-émeutes.

Une balle a pénétré le crâne d’Abir Aramin, alors qu’elle se dirigeait vers l’école avec sa soeur.

Je l’ai vue juste après à l’hôpital Hadassah, où elle dormait tranquillement dans un lit d’hôpital énorme. Le visage d’Abir était blanc. Ses yeux énormes étaient fermés.

A ce moment-là, elle était déjà en état de mort cérébrale et les médecins ont décidé d’autoriser la mort du reste de son corps.

J’ai vu clairement que sa tête avait été touchée à l’arrière.

Un jeune étudiant qui a été témoin du tir a déclaré aux journalistes qu’un véhicul de la police des frontières israélienne, une branche de l’IDF, s’est dirigée vers les filles qui sortaient de leurs examens scolaires. « Les filles ont pris peur et ont commencé à courir. La police des frontières les a suivies en direction de l’endroit où elles battaient en retraite. Abir était effrayée et elle se tenait contre l’un des magasins sur le côté de la route. Je me tenais à côté d’elle.

Le policier des frontières a tiré par un trou spécial dans la vitre de sa jeep qui était vraiment très proche de nous. Abir est tombée et j’ai vu qu’elle saignait à la tête ».

Abir Aramin est morte. Les médecins de Hadassah ne révéleront pas la cause de sa mort à ses parents ou à ses amis. Sa famille a demandé une autopsie.

Son père, Bassam Aramin, est l’un des fondateurs des Combattants pour la Paix. Mon fils, qui a servi comme soldat israélien dans les Territoires Occupés, en est également membre. Ils sont amis.

Bassam nous a dit qu’il ne pourra pas avoir de repos jusqu’à ce que le tueur de sa fille le convainque qu’Abir, âgée de neuf ans, menaçait sa vie ou la vie des autres soldats dans sa jeep. Je crains qu’il n’ait jamais la chance de se reposer.

Abir Aramin a rejoint, dans le royaume souterrain des enfants morts, les milliers d’autres enfants tués dans ce pays et dans les Territoires qu’il occupe.

Elle sera accueillie par ma propre petite fille, Smadar. Smadar a été tué en 1997 par un kamikaze.

Si son assassin avait survécu, je sais qu’il aurait été envoyé en prison pour son crime et que sa maison aurait été démolie sur les autres membres de sa famille.

En attendant, je m’assieds avec sa mère, Salwa, et j’essaye de dire : « Nous sommes tous les victimes de l’occupation ». En disant cela, je sais que son enfer est plus terrible que le mien. Le meurtrier de ma fille a eu la décence de se tuer quand il a assassiné Smadar.

Le soldat qui a tué Abir boit de la bière, joue au backgammon avec ses copains et va probablement la nuit dans les discothèques. Abir est dans une tombe.

Le père d’Abir était un guerrier, qui a combattu l’occupation, officiellement un « terroriste », bien que ce soit une logique étrange que de traiter de terroristes ceux qui résistent à l’occupation et à la dépossession de leur peuple.

Bassam Aramin est toujours un combattant mais en tant que militant de la paix. Il sait, comme je sais, que sa petite fille décédée emmène toutes les raisons de cette guerre dans sa tombe. Ses petits os ne pouvaient pas porter le fardeau de la vie, de la mort, de la vengeance et de l’oppression avec lequel grandissent tous les enfants arabes ici.

Bassam, en tant que musulman, croit qu’il doit passer un test – en homme d’honneur ne pas chercher la vengeance, ne pas renoncer, ne pas négliger la lutte pour la dignité et la paix sur sa propre terre.

Quand il m’a demandé où nous trouvions la force de continuer, je lui ait dit la seule chose à laquelle je pensais : dans les enfants qui nous restent. Ses autres enfants, mes trois fils en vie. Dans les autres enfants palestiniens et israéliens qui ont le droit de vivre sans que leurs aînés les obligent à devenir des occupants ou des occupés.

Le monde occidental prétendument éclairé ne perçoit pas ce qui se passe ici. L’ensemble du monde éclairé reste sur le côté et ne fait rien pour sauver les petites filles des soldats meurtriers.

Le monde éclairé blâme l’islam, comme il blâmait par le passé le nationalisme arabe, pour toutes les atrocités que le monde non-islamique inflige aux musulmans.

L’Occident éclairé a peur des petites filles avec des foulards sur la tête. Il est terrifié par les garçons portant des keffiehs.

Et en Israël, on apprend aux enfants à craindre, plus que tout, les fruits de la matrice musulmane. Par conséquent, quand ils deviennent des soldats, ils ne voient rien de mal à tuer des enfants palestiniens « avant qu’ils grandissent ».

Mais Basam et Salwa et nous tous, les victimes juives et arabes de l’occupation israélienne, nous voulons vivre ensemble tout comme nous mourons ensemble. Nous voyons nos enfants sacrifiés sur l’autel d’une occupation dont le fondement n’est ni le droit ni la justice.

Et, à l’extérieur, le monde éclairé justifie tout cela et envoie encore plus d’argent aux occupants.

Si le monde ne revient pas à la raison, il n’y aura rien plus rien à dire ou à écrire ou à écouter sur cette terre sauf le cri silencieux du deuil et les voix étouffées des enfants morts.

Electronic intifada http://electronicintifada.net/v2/article6419.shtml

traduction MG pour ISM (et CL, AFPS)



Articles Par : Nurit Peled-Elhanan

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