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L’arme climatique, complot ou réalité?
Par Alexandre Lemoine
Mondialisation.ca, 05 août 2021
Observateur continental
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/larme-climatique-complot-ou-realite/5658999

Les fortes averses qui se sont abattues sur l’Allemagne, les incendies en Turquie, en Russie et en Grèce ont remis sur le tapis la question de savoir si l’homme était capable de contrôler les phénomènes naturels. Les changements climatiques impliquent des cataclysmes, mais dans quelle mesure peuvent-ils être causés par l’homme? En d’autres termes, l’arme climatique (géomagnétique, stratosphérique ou autre) existe-t-elle?

Pour la première fois le contrôle des phénomènes naturels a été sérieusement évoqué aux Etats-Unis pendant la première moitié du XIXe siècle. La première utilisation « réussie » d’une telle technologie s’est produite en 1916 au Texas, où Charles Hatfield a provoqué de fortes averses à l’aide de son invention. A l’époque, les averses ont causé de nombreuses destructions et victimes civiles.

Depuis les années 1990, l’Occident parle de la nécessité d’utiliser de telles technologies dans le cadre de « l’agenda environnemental ». Et dans les années 2000 est apparu le terme de « géoingénierie ». Les gouvernements de différents pays sous-entendent par ce terme une variété de stratégie en politique étrangère.

Le quotidien The Guardian écrivait il y a 10 ans: « Les systèmes de géoingénierie sont des projets prévus pour éliminer les conséquences des changements climatiques en supprimant le CO2 dans l’air ou en limitant la quantité de la lumière du soleil qui atteint la surface de la planète. Bien que la géoingénierie d’envergure se trouve encore en stade d’élaboration, les partisans du contrôle climatique affirment qu’au final elle pourrait devenir nécessaire si le monde voulait éviter les pires conséquences. »

Diverses méthodes sont utilisées pour influencer le climat: des polymères plastiques, l’ajout de chaux dans l’eau, l’enfouissement du charbon de bois pour retenir le carbone dans le sol, une paissance spécifique, l’émission d’aérosols sulfatés dans la stratosphère pour refléter la lumière du soleil dans l’espace, l’usage de drones pour augmenter la couverture nuageuse au-dessus de l’océan en dispersant de l’eau de mer dans l’air, la teinte des toits en blanc pour accroître la réflectivité et même l’installation de miroirs minuscules dans l’espace entre la Terre et le Soleil.

Au niveau théorique ont été avancées des idées concernant l’éventuel usage de la géoingénierie pour éliminer rapidement les catastrophes naturelles. Certains étaient d’avis que « s’il était possible de contrer les sulfates stratosphériques émis lors d’une grande éruption volcanique dans l’hémisphère Nord en émettant intentionnellement des sulfates dans l’hémisphère Sud, les deux hémisphères se refroidiraient; ce serait une grande victoire pour empêcher une forte sècheresse ». Mais tout cela reste au niveau des hypothèses.

Le Conseil des relations internationales des Etats-Unis a donné sa définition de la géoingénierie. Il parledirectement du contrôle climatique comme d’une arme: « La géoingénierie représente des types de technologies de contrôle climatique qui incluent l’émission d’aérosol dans la stratosphère, l’enrichissement de l’océan en fer et la dispersion de nuages à l’aide de l’eau de mer… Le cadre de la sécurité nationale est inséparable des questions scientifiques, juridiques et éthiques liées à ces technologies de la même manière que c’était le cas pendant le développement de la bombe atomique. Si une grande puissance telle que les Etats-Unis décidait de déployer de telles technologies, cela pourrait entraîner une course aux armements climatiques compte tenu de l’aspiration des Etats à manipuler le climat dans leur intérêt. »

Ce qui indique que l’arme climatique existe déjà. La revue Foreign Affairs du Conseil des relations internationales promeut depuis des années le thème de la géoingénierie. Les Etats-Unis possèdent un grand nombre de brevets dans ce domaine. La légalisation de telles technologies et leur usage apporteraient aux entreprises américaines non seulement d’immenses revenus, mais également le « droit moral » d’être au sommet de la pyramide dans le contrôle de ces processus.

L’un des premiers brevets dans ce secteur est inscrit sous le numéro US3613992, appelé Méthode de modification météorologique. Son inventeur est Robert Knollenberg (Etats-Unis). Ce brevet a été déposé en mars 1966. A partir de cette date il est possible de lancer le décompte de l’usage pratique de technologies de modification météorologique par le gouvernement américain.

Il n’est pas à douter de l’existence de l’arme climatique. En revanche, ce qui est plus compliqué c’est la question concernant le rapport entre les éléments déchaînés et l’éventuel usage de la géoingénierie comme un élément déclencheur.

Alexandre Lemoine

Pour aller plus loin lire l’article de Michel Chossudovsky publié initialement dans The Ecologist le 7 décembre 2007 :

Weather Warfare: Beware the US Military’s Experiments with Climatic Warfare. ‘Climatic warfare’ has been excluded from the agenda on climate change.

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