L’avenir de la résistance et son objectif réel au-delà des apparences

XXIIème acte de mobilisation des Gilets-Jaunes

Le parcours évolutif des Gilets-jaunes nous a conduits tout « naturellement » au sujet central de la nouvelle ou Troisième Révolution se déroulant sous nos yeux, et qui au-delà des revendications des Gilets-jaunes, est celle de la communication, celle de « l’Internet des objets » et des « Communaux Collaboratifs ». Cela veut dire qu’une métamorphose de la société est entrain de se faire sous nos yeux et le combat des mobilisations depuis novembre 2018, sont en quelque sorte les contractions naturelles de son accouchement.

Le grand sujet de fond soulevé par les revendications des GJ devenues très claires depuis le « Vrai débat », c’est bien la « subversion du capitalisme » qui appartient à la logique intrinsèque de cette nouvelle révolution des infrastructures et qui est inévitable. 

Il est important de comprendre que l’ultra libéralisme et en particulier l’euro-libéralisme n’est pas seul en cause, dans ce qui est entrain de se passer, même s’il ne faut surtout pas l’ignorer. Il y a aussi cette mutation civilisationnelle qui se réalise à grande vitesse en laissant beaucoup de monde sur le bord de la route: les Gilets-jaunes ne sont pas là par hasard. A cause du fait que nous soyons souvent prisonniers des anciens schémas de société, expliquant l’incompréhension de certaines structures sur le sens de ce qui est entrain de se faire et à cause des résistances du Capital qui veut ménager son pouvoir en profitant de l’aubaine, nous constatons ce massacre intolérable dirigé directement et indirectement contre le grand nombre… 

Ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que cette bataille est perdue pour le Capital: il faudra bien qu’il se soumette et se dilue  dans un processus d’hybridation où il perdra complétement le contrôle en laissant désormais la place au principe collaboratif. Il est certain que les Macron, Castaner et Cie, sont déjà hors jeu: ils n’ont pas compris ce qui se jouait dans la partie présente avec les GJ, dépassant largement les frontières de l’hexagone…

Lorsque nous réclamons plus de justice sociale et plus de justice fiscale, une meilleure redistribution des richesses, les GJ – « ceux qui ne sont rien », ceux qui ont encore été traités « d’illettrés », le 2 avril dernier par la jeune députée LREM, Aurore Bergé, digne représentante de la macronie arrogante, pratiquant la pathologie du mépris à longueur de temps – ont montré par leur « vrai débat » qu’ils allaient plus loin que simplement vouloir un rétablissement de l’ISF ou vouloir récupérer les 85 milliards d’euros qui échappent à l’impôt chaque année grâce au système des Traités européens qui ont mis les pays de l’Union en concurrence déloyale et qui interdisent les mesures nécessaires de protections. Les Traités européens ayant placé une multitude de sens interdits à propos de tout et dans toutes les directions, au nom d’un ordo-libéralisme ayant façonné l’euro-libéralisme et son fascisme totalitaire, chaque Etat Nation se trouve aujourd’hui immobilisé pour être copieusement dépouillé de ses atouts à commencer par sa souveraineté…

Il est déterminant que chaque citoyen, réclamant cette réforme profonde des conditions de notre vie en commun, comprenne, dans ce nouveau paradigme, la nécessité de bouleverser ses conceptions liées à l’argent, à la marchandise, à la richesse, à la propriété et qu’il adopte la nouvelle dynamique des « Communaux Collaboratifs ». Retrouver la souveraineté perdue est essentiel. Le temps est enfin venu de découvrir une pratique de la citoyenneté participative. Reprendre en mains la vie politique de la Nation et trouver enfin ce que signifie la responsabilité démocratique est essentiel.

Dans ce nouveau contexte politique et sociétal qui s’ouvre sous nos yeux encore enfumés par la répression policière, nous devons commencer ce discernement; nous devons penser à l’utilité, à ce qui est suffisant plutôt que penser à la rareté; nous devons penser bien-être plutôt que beaucoup avoir; nous devons penser « bien vivre » plutôt que « mieux vivre » car le « mieux vivre » implique malheureusement la nécessité du pillage sans limites de la nature et de préférence celle des pays de l’hémisphère Sud; nous devons penser partage plutôt que possession. L’accumulation des richesses est une inanité. Nous devons penser solidarité et non pas profit pour le profit, chacun pour soi, car l’entraide fraternelle est l’alternative à la violence. Tel est l’idéal révolutionnaire désormais en marche.

Mais il est évident que pour parvenir à cette situation la société devra s’ajuster à la loi de l’évolution et non pas le contraire; il faudra que la nouvelle économie s’impose au système monétaire bouleversé lui-même dans sa réalité; il faudra que le système monétaire se place purement et simplement au service de la nouvelle économie en corrigeant les perversions éventuelles d’une machine qui sera probablement tentée de s’emparer de cette nouvelle donne pour faire triompher son empire depuis si longtemps habitué au principe de l’exploitation, de la domination par le contrôle, la surveillance, le dressage à l’amour de la soumission, en d’autres termes: à la manipulation… Cette tentation est bien réelle comme en témoignaient les dernières lois Valls sur le renseignement, tout comme en témoignait également la loi el Khomri, durcie par le projet de Macron en juin 2017. La signification de ces durcissements au service de la haute finance aux commandes, n’a pas d’autre but que la surveillance de masse et le dressage du peuple, comme les dénonciations et les analyses de Julian Assange le soulignaient depuis longtemps… (Ayons une pensée fraternelle pour ce lanceur d’alertes qui a été crapuleusement livré à l’injustice des USA, par Lenin Moreno actuellement Président de l’Ecuador et ultra corrompu au service de la CIA.) Car il n’est pas question pour le monde privilégié égocentrique du profit pour le profit, que la manne du racket habituel lui échappe!        

Le Pouvoir a essentiellement une peur panique de la liberté de « ses sujets », car les effets de l’inter-connectivité renversent justement les paradigmes de la domination et de l’exploitation: ce qui constitue la nature même du Pouvoir. Sans domination et sans exploitation, il n’y a plus de Pouvoir. C’est donc son avenir compromis qu’il protège en tentant de ralentir le crépuscule des « consommateurs » pour juguler l’aube des « prosommateurs »! On peut même se demander si les hommes de Pouvoir sont réellement conscients de ce qu’ils cherchent désespérément à protéger? Je pense qu’ils ne sont pas vraiment conscients de ce qui se joue au-delà des apparences entre le Pouvoir en soi et le peuple dont la conscience citoyenne s’est réveillée ici et maintenant, parce qu’elle est arrivée au moment décisif d’une nouvelle intégration collective se traduisant par une coalescence politique qui échappe à tous les contrôles, ces derniers n’exerçant aucun pouvoir sur la puissance du sous-sol mental de la Nation habité par son « numen » mythique: le « numineux du mythe » de l’inconscient collectif français réactivé, son « âme révolutionnaire »…

Or, chacun sait qu’une telle réactivation de l’inconscient collectif, peut conduire un pays tout entier vers un positif ou vers un négatif.  Deux sens opposés possibles se présentent: ou bien celui d’un renouveau, celui d’une nouvelle ère, « l’ère du peuple »; ou bien celui d’un effondrement, d’un raidissement dans la violence d’une revanche et d’une vengeance… la guerre civile.

Le salut de l’humanité c’est une société solidaire et libertaire dans laquelle l’humain a la prérogative, une société inspirée par la responsabilité, une société authentiquement démocratique, donc « anarchiste » au sens noble de cette appellation et non pas au sens qui a été volontairement galvaudé par les totalitarismes idéologiques et les autoritarismes dictateurs du monde néo conservateur, fasciste, ultra libéral… La liberté si chère au peuple Français, c’est un désir de libération permanente, c’est une liberté en perpétuel devenir, c’est sa conscience de vouloir passer continuellement d’une captivité précédente vers une liberté suivante, d’un « désordre » précédent vers un nouvel ordre suivant jamais absolu et laissant ouverte la porte d’une liberté à créer en permanence, parce que la vie est évolution permanente et l’aléatoire, le bain dans lequel nous sommes immergés …

Edgar Morin disait avec P.Viveret, que aucune stratégie mondiale de dominance ne sera jamais capable de libérer l’humanité des causes majeures de son inhumanité, de sa barbarie intérieure potentielle, de son désir de dominance. La sagesse est un authentique enjeu politique. Les menaces extérieures de l’humanité n’existent pas réellement, en théorie oui, mais en réalité la seule menace de l’humanité est intérieure à elle-même.

L’Homo sapiens sapiens qui est l’homo sapiens demens, devrait passer de son logiciel ego-compétitif au logiciel alter-coopératif.

Jeremy Rifkin « Une nouvelle conscience pour un monde en crise, Vers une civilisation de l’empathie », Les Liens qui Libèrent, 2011, dit : « nous devons développer notre capacité à comprendre ce que ressent autrui ». Or, le Pouvoir actuellement aux commandes en France est aux antipodes de cette nécessité! L’autre, celui tout d’abord qui est différent, mais aussi celui qui vit sous le seuil de la pauvreté, devrait cesser d’être un rival en se transformant en compagnon de route en humanité partageant une communauté de destin. C’est là que se trouve l’idéal révolutionnaire. Cette thématique est hautement étrangère à la macronie hébétée, ahurie, décontenancée face à ce qu’elle ne voit que comme une « foule haineuse » se jetant sur elle… Cette équipe d’amateurs en politique qui se sont emparés du Pouvoir en France, se montre hermétique à ce qui la dépasse en réalité, parce qu’elle est inapte à la responsabilité politique dont il faudrait faire preuve face à l’enjeu de la mutation civilisationnelle en cause…

L’amour, le bonheur, le sens, sont les trois piliers de la construction d’un nouveau monde. Pour être heureux il faut aimer et être aimé, reconnu, accepté dans sa complémentarité, ce qui permet de donner un sens immédiat à sa vie. La complémentarité engendre la solidarité et de tout cela naît la liberté qui est une manifestation de la conscience donnant un sens ultime à sa vie.

Il est évident que ce discours est inaudible dans la société de la dominance: tout cela ne peut pas être objet de débat public, ni dans les grands medias, ni dans le « grand débat » de Macron qui est tout à fait à côté de la plaque, hors sujet.

L’ultra libéralisme comme le collectivisme commettent une même erreur anthropologique, celle de nier la singularité individuelle. L’être humain est relié sur le plan psychique autant que sur le plan biologique à l’espèce tout entière et à l’Univers lui-même. Le capitalisme fait croire qu’il est le promoteur de la liberté alors qu’il ne fait que camoufler sa soif de domination. L’étatisme autoritariste, celui de Macron comme celui de ses prédécesseurs, fait croire qu’il est au service de la fraternité et de l’égalité et prétend défendre nos « libertés » comme le bien commun alors qu’il est aux ordres du capitalisme sauvage à l’occidental! La religion qui est sectaire dissimule son projet d’exclusion des autres manières de voir la vie et de lui donner un sens, derrière les façades bien blanchies de la vertu et d’un discours promettant le paradis dans une autre vie que celle-ci, dans un ailleurs de l’existence réelle des humains, grâce à un salut gagné par la foi, c’est-à-dire au final grâce à une soumission, une adhésion à un credo, une croyance, un parti pris confessionnel!

Toutes ces dictatures ont en commun d’être fondamentalement opposées à l’idée même de la démocratie qui implique le respect et la reconnaissance de l’altérité.

Être heureux ne dépend ni de l’idéologie ordo-libérale bancaire de « l’austérité », ni de « l’ascétisme », les « sacrifices nécessaires » pour une identification aux vertus n’appartenant quant à elles qu’à un divin en soi « absolument parfait », échappant en permanence à la réalité de l’humain perfectible à perpétuité. Être heureux dans sa vie d’homme, c’est être capable de vivre dans l’intensité  ce voyage de vie consciente proposé par l’Univers, c’est aussi le droit de chacun à se tenir debout pour vivre dignement et non pas survivre au nom d’une absurde loi d’équilibre de la balance des paiements!

Tous ces systèmes de dictatures que nous avons pointés donne à la question du sens une réponse dogmatique qui déclenche forcément une guerre du sens, le mépris de l’altérité et la négation structurelle d’une liberté réelle de conscience.

L’heure du Pouvoir macronien euro-libéral est à la régression démocratique, régression écologique, celle d’une fuite en avant au profit du système financier et d’une fuite en arrière sur le plan social, alimentée par le bradage massif du patrimoine national et les plans d’austérité qui n’ont pour seule fin que celle des enterrements…

André Gorz, avec Jeremy Rifkin et Bertrand Chédotal, nous ont aidés à penser un au-delà du capitalisme. Le capitalisme sauvage, débridé, incontrôlé, pratiqué par l’Occident, est incapable d’assurer sa soutenabilité. La globalisation qu’il a imaginée est une machine inégalitaire qui détruit les organisations sociales et provoque des tensions défensives. Elle détruit les ressources rares, favorise le pillage, accélère le réchauffement climatique; elle inonde le monde de liquidités et encourage l’irresponsabilité bancaire… C’est un casino où tous les excès du capitalisme sauvage financier sont permis; c’est une organisation qui ne pouvait que provoquer l’explosion des nations… Il y a pourtant des solutions comme celle qui a été trouvée par la Chine qui n’a pas laissé le « renard faire ce qu’il voulait dans le poulailler » et nous observons dès maintenant ce que cette solution de responsabilité va donner dans le long terme.

Alors qu’on est allé beaucoup plus loin que la crise de 1929, si la Révolution sanglante ne s’est pas encore produite, faisant des centaines, voire des milliers de morts, c’est sans doute parce que l’essentiel des forces alternatives ont choisi de ne pas user des mêmes armes que le système qu’elles dénoncent.

Les Altermondialistes, les Indignés, les Occupants de Wall Street ou de la Place de la République et son essaimage sur toute la France, « Nuit debout », avec ce nouveau prolongement inattendu dans l’émergence massive des Gilets-jaunes, pensent que le pouvoir d’agir ne leur est pas donné seulement à cause de ce qu’ils ont perdu, mais surtout à cause de ce que qu’ils sont: des hommes dont la conscience citoyenne ne peut pas être arrêtée pour être enfermée. Ces mouvements pensent qu’il est bon de mettre l’adversaire au pied du mur de ses propres déclarations morales et de ses incohérences. Ces mouvements démontrent que le ridicule consternant de ce prétendu Pouvoir est l’arme qui se chargera elle-même d’abattre ce Pouvoir. Ces mouvements qui revendiquent pacifiquement, mais fermement, donnent la preuve qu’une tactique est bonne lorsque les gens ont du plaisir à l’appliquer, malgré les conditions globales difficiles dans lesquelles la réalité existentielle, sociale, économique, politique, les place. Ils savent que la menace ou l’intimidation exercée par le Pouvoir effraie plus que l’action policière elle-même. Mais cette remarque peut aussi se retourner contre le Pouvoir. Car des citoyens qui se mobilisent sans relâche depuis novembre 2018 sont devenus à leur tour une « menace et une intimidation » encore bien plus forte pour ce Pouvoir aux abois. 

Toute faiblesse, celle du peuple qui est en position de subir le poids et la loi du Pouvoir s’exerçant sur lui, peut devenir un atout lorsqu’elle est affirmée clairement à la face du monde. Une attaque ne réussit que si les attaquants ont une solution de rechange toute prête et constructive. On sait que le Pouvoir en place ne l’a pas, alors qu’il s’est placé bien imprudemment dans la position de l’attaquant; mais les citoyens de leur côté ont-ils la solution de rechange toute prête? Oui, ils ont de fait la solution, car il est question pour eux de retrouver leur place de citoyens constituants et avec cette place la souveraineté qui avait été perdue par les trahisons successives du pacte sociale…

La pratique de la non-coopération avec le Pouvoir dominant est d’une efficacité certaine. L’arme principale de tout oppresseur se trouve dans le cerveau de l’opprimé. C’est la raison pour laquelle il est indispensable que chacun soit capable d’identifier les liens qui existent en lui avec le système dominant afin de s’en affranchir et pour organiser des réseaux d’échanges qui s’y substitueront. 

Puis-je vivre d’une autre manière que celle qu’on me dit et m’impose?

« C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé est conduit à n’avoir pas d’autre choix que de répondre par la violence! » (Nelson Mandela) C’est la réalité habituelle qui constitue le piège dans lequel on massacre les peuples à travers une histoire jonchée de cadavres…

Les Gilets-jaunes résistent courageusement à cette logique, car les « Black Bloc », qui sont partisans de la méthode violente, se sont introduits au sein des mobilisations des GJ. Il était normal que dès lors certains GJ se laissent emporter par la même violence: la violence appelant la violence comme les nuages noirs appellent les pluies d’orages. Mais il faut reconnaître, que face à la violence policière de l’État oppresseur, les Gilets-jaunes, dans leur immense majorité, ont préféré se référer, pour leur réponse et leur comportement déterminé, sans même en être directement conscients, au conseil du Mahatma Gandhi qui voulait que les Indiens répondent à la violence policière britannique par la non violence et le pacifisme déterminé, au point d’accepter la maltraitance et même la mort plutôt que de basculer eux-mêmes dans la réplique violente qu’ils condamnaient chez leurs oppresseurs… La répression policière spectaculaire des Gilets-jaunes aurait pu faire basculer depuis longtemps ce mouvement dans la violence insurrectionnelle: en d’autres temps elle aurait déjà eu lieu… Il est impératif de rester vigilent à ce sujet et de ne pas laisser se consumer, les mèches qui sont régulièrement et volontairement allumées dans le but de provoquer l’erreur fatale des explosions de la violence qui ouvriraient les portes de la guerre civile. 

Aujourd’hui, les citoyens sont parvenus à une maturité de leur conscience politique, sans doute à cause de l’implication massive des femmes, maturité qui déroute les moyens répressifs du Pouvoir devenus obsolètes. La macronie et tout ce qui lui ressemble, est dépassée par la réalité présente, elle est d’un autre âge, elle n’a ni les moyens de répondre à la remise en cause nécessaire, ni ceux qui sont impératifs pour la conduite de la nouvelle donne, celle de cette 3ème Révolution en cours sous ses yeux et qui échappe à toute volonté de contrôle par ses moyens énormes devenus pourtant inopérants malgré le fait qu’ils soient augmentés compulsivement, quasi au jour le jour, dans une course insensée. (La dernière loi anticasseurs du 12 mars 2019, a été retoquée sur sa mesure phare par le Conseil Constitutionnel) 

L’essentiel de la stratégie à penser, face à la violence d’État, consiste donc à empêcher l’oppresseur d’utiliser les armes de la violence. Il y a de la marge en ce domaine: déjà, concernant les Gilets-jaunes, nous assistons à « l’essoufflement » de la macronie au pouvoir, car celle-ci se rend bien compte que sa violence, abusive, illégale, anticonstitutionnelle, destinée à être dissuasive, a au contraire renforcé la détermination des citoyens à maintenir la pression jusqu’à gain de cause. Plus l’État jouait le jeu dissuasif de la répression arbitraire de masses: judiciaire, législative, policière, économique, médiatique, plus les Gilets-jaunes se sont organisés, défendus, consolidés… De son côté, l’État fermé aux revendications légitimes de plus de 70% de la population – en comptant tous ceux qui soutiennent le mouvement de contestation – avait tout à perdre, alors que ces gens qui protestent ont, pour leur part, déjà tout perdu et n’ont donc plus rien à perdre. Voilà pourquoi la victoire est forcément de leur côté: elle est prévisible, arithmétique, et ce sont eux qui auront forcément le dernier mot, comme l’histoire l’a déjà maintes fois démontré, même si le joug doit être secoué périodiquement.  

Si cependant ce scénario s’avérait impossible à imaginer dans son heureuse résolution, c’est-à-dire sans violences excessives et sans plus de morts, (12 morts, 123 blessés graves, 2800 blessés, des milliers de maltraités judiciaires…) pour je ne sais quelle raison, il faudrait alors penser que celui qui déclenche la violence évitable est un criminel devant être jugé comme criminel. Mais il faut compléter cette réflexion également dans l’autre sens: celui qui refuse de déclencher un combat nécessaire inévitable qui sera malheureusement et probablement sanglant est aussi un criminel devant être jugé comme criminel!

Grâce notamment à Internet, nous avons aujourd’hui la possibilité d’identifier un cercle de confiance à partir duquel nous avons déjà organisé une résistance. Cette organisation a pu se faire directement et sans être limitée. Elle peut aussi passer par la résistance économique qui contourne la stratégie ultra libérale du Pouvoir supra national qui s’est imposé aux Etats Nations en Europe. Le refus de collaborer avec ce système de pillage des personnes est efficace et constitue une forme de résistance qui est un combat de libération.

Un compte ou un échange basé sur la réciprocité comme le SEL, les monnaies sociales comme le SOL, les échanges de temps ou de savoir, échappent au contrôle piloté par l’organisation du pillage des peuples pour les intérêts du grand capital…

Un tel cercle vertueux doit pouvoir répondre par ses propres moyens à la « masse critique des besoins et des désirs de ses membres », dit P.Viveret, dans « La cause humaine », LLL, les liens qui Libèrent, 2012, p.164

Lorsque son autonomie est assurée vis à vis de l’extérieur, il reste à créer une interaction entre plusieurs cercles et ainsi de suite.

Chaque cercle doit évidemment repérer les éléments pouvant mettre en danger un tel processus d’auto-organisation. Parmi ces dangers, il y a aussi des logiques diffuses de servitude inconsciente et parfois carrément volontaire. Cela suppose une prise de conscience d’un problème se trouvant en soi-même et pas seulement à l’extérieur de soi-même. Tout cela permet d’analyser les leviers d’action et de réunir les alliés potentiels.

La résistance dont nous parlons est, certes, une résistance au chaos, mais aussi une reconstruction d’un lien social nouveau. C’est la collaboration entre humains, organisés en collectifs ou en communaux qui permettra d’éliminer la rivalité, la prédation, la loi du plus fort, la concurrence opposée à la complémentarité, mettant en échec l’idéologie du fascisme ultra libéral, la remise en cause de l’ordo libéralisme européen ou dictature techno-fasciste adoptée et imposée par l’Union Européenne à tous les Etats-Nations qui la composent et qui ont été atomisés pour les placer sous tutelle d’une seule et unique gestion supra nationale.

La monnaie sociale est également protégée des phénomènes de déstabilisation extérieure. Le SOL est sécurisé par une carte à puce. Les billets de SOL intègrent une puce électronique. Pour éviter la déstabilisation intérieure, toutes les innovations sont mises en réseau, il y a l’AMAP, les circuits courts, le financement solidaire, les expériences type « terre de liens » ou « villes en transition », les logiciels libres, les réseaux sociaux qui permettent l’organisation d’une résistance par la diffusion de l’information concernant notamment les expériences anticipatrices et les innovations démocratiques… Pour retrouver la possibilité du travail créatif en abandonnant la logique du marché de l’emploi et l’obligation marchande de se vendre au prix du vendeur et au détriment du vendu, pour retrouver toute son autonomie et sa dignité humaine, il est possible en effet de « traverser la rue », celle qui sépare le monde désuet de la religion de marché avec sa logique prédatrice, du monde des « prosommateurs »: les consommateurs devenus leurs propres producteurs grâce à leur travail créatif émancipé du travail pénal assujetti aux impératifs du capital dont la seule loi est celle du profit. 

La fraternité est centrale, le bonheur est une qualité que l’on peut vivre dans l’intensité et non pas selon des critères marchands de quantité. C’est l’échange de la pluralité des traditions du sens qui peut permettre cette intensité.

Les revendications essentielles des Gilets-jaunes soutenues par une large majorité des Français, ont démontré que la marchandisation a atteint son point fatidique indépassable et que l’ultra libéralisme n’était pas « l’unique alternative » auto proclamée et imposée au monde en 1976  par les accords de la Jamaïque. 

Aujourd’hui, nous sommes convoqués ou à la logique du chaos ou à celle d’une qualité supérieure de l’humanité. La reconnaissance de l’altérité est une chance qui s’offre à nous, elle constitue une valeur à comprendre comme force de vie. Cet appel à une conscience supérieure pourrait faire de l’humanité le bonheur de la Terre et de ses habitants: cette porte a été ouverte et il nous appartient désormais d’en franchir le seuil… Le salut ne vient pas de la macronie quoi qu’elle fasse: il vient des citoyens qui ont compris qu’ils devaient tout se réapproprier y compris leur propre existence!

Jean-Yves Jézéquel

Pour la résistance par une insurrection des consciences : 

LES SOURCES :

L’émergence des créatifs culturels, 2 février 2001, Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, USA.

http://www.appeldesappels.org

http://www.dialoguesenhumanite.org

http://www.fr.wikipedia.org/wiki/soci% 

http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Syst% 

http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Sol_% 

http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_%C3%A9quitable

http://appelpourlerevenudevie.org



Articles Par : Jean-Yves Jézéquel

A propos :

Jean-Yves Jézéquel, philosophe et psychanalyste, diplômé du troisième cycle en sciences humaines, est l’auteur d’une vingtaine d’essais en philosophie, spiritualité, religion, psychologie. Il publie également depuis 2014, une série d’analyses sur les grandes questions actuelles de société.

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