Le 11 septembre indien : qui était derrière les attaques de Mumbai?

Washington encourage les divisions politiques entre l’Inde et le Pakistan

Les attaques terroristes de Mumbai faisaient partie d’une opération planifiée et coordonnée habilement, impliquant plusieurs équipes d’hommes armés entraînés et expérimentés.

L’empreinte de cette opération est celle du renseignement paramilitaire. Selon un expert russe du contre-terrorisme, les terroristes de Mumbai « ont utilisé les mêmes tactiques que les militants tchéchènes employaient dans les attaques au Nord-Caucase, où des villes entières étaient terrorisées, où des maisons et des hôpitaux étaient pris d’assaut. (Russia Today, 27 novembre 2008). 

On a décrit les attaques de Mumbai comme étant « le 11 septembre indien ».

Celles-ci ont été perpétrées simultanément à plusieurs endroits, à quelques minutes d’intervalles.

La première cible était l’entrée principale de la gare de Mumbai, Chatrapati Shivaji Terminus, (CST), où les tireurs ont ouvert le feu sans distinction dans la foule de passagers. Les tireurs «sont ensuite sortis en courant de la station et sont entrés dans les édifices avoisinants, dont l’Hôpital Cama ».

Taj Mahal Hotel

Des groupes de tireurs distincts ont attaqué deux hôtels luxueux de Mumbai, le Oberoi-Trident et le Taj Mahal Palace, situés au coeur d’une aire touristique, à proximité de la Porte de l’Inde. 

Les tireurs ont également ouvert le feu au Café Leopold, un restaurant branché de la zone touristique. La troisième cible était la Maison Nariman , un centre d’affaires hébergeant Chabad Lubavitch, le Centre juif de Mumbai. Six otages ont été tués, dont le rabbin et sa femme.

L’aéroport des vols domestiques de Santa Cruz, le multiplexe Metro Adlabs et le port de Mazgaon ont aussi été ciblés.

« Les attentats se sont produits aux endroits les plus achalandés. En plus des hôtels et des hôpitaux, les terroristes ont frappé aux gares, au Marché Crawford, à Wadi Bunder et sur l’autoroute Western Express, près de l’aéroport. Sept endroits ont été attaqués avec des armes automatiques et des grenades. » (Times of India, 26 novembre 2008)

 

Les troupes indiennes ont encerclé les hôtels. Des commandos des Forces spéciales indiennes ont été envoyés dans les deux hôtels afin de confronter les terroristes. Des témoins affirment que les tireurs séparaient les personnes détenant un passeport américain ou britannique.

 

Vendredi, les membres des forces de sécurité indiennes se sont placés en position de tir entre les camions de pompiers et les ambulances sur le terrain de l’hôtel Taj. (Ruth Fremson, The New York Times)

Selon les comptes-rendus, il y aurait plus de 150 victimes. La plupart étaient des Indiens et beaucoup d’entre eux ont été tués dans l’attaque du terminus du chemin de fer Chhatrapati Shivaji.

Au moins 22 étrangers ont été tués dans les attentats, ainsi que quatorze policiers, incluant le chef de l’escouade anti-terroriste.

Qui était derrière ces attaques?

Un groupe pratiquement inconnu nommé « Moudjahidin du Deccan » a revendiqué les attentats. Le Deccan fait référence à un plateau de l’Inde centrale et méridionale situé principalement dans l’État d’Andhra Pradesh. Ce groupe inconnu est déjà catégorisé comme appartenant au réseau terroriste Al Quaeda, sans preuves à l’appui.

Les rapports de police confirment que neuf des « présumés agresseurs » ont été arrêtés et, selon des sources policières non confirmées, trois agresseurs ont avoué appartenir à Lashkar-e-Taiba [Lashkar-e-Tayyiba], une organisation séparatiste pakistano-cashemirie soutenue clandestinement par le Service de renseignement militaire pakistanais (ISI). Toujours selon les reportages, au moins une des personnes arrêtées est un citoyen britannique d’origine pakistanaise.

D’une même voix, les médias occidentaux et indiens pointent du doigt le Pakistan et son soutien présumé aux organisations terroristes islamiques :

« Les gourous de la stratégie et les analystes de la sécurité des États-Unis et d’ailleurs dans le monde examinent le rôle du Pakistan dans le terrorisme à la suite d’un autre épisode de terreur en Inde, et finissent par pointer du doigt son voisin, fortement vilipendé.

En raison du leurre des « Moudjahidin du Deccan » utilisé pour revendiquer les attentats, les reportages initiaux en provenance de l’Inde suggéraient que le carnage de Mumbai était une attaque localisée de militants mécontents. Mais les preuves citées par l’armée indienne et les experts en sécurité, basées sur des interceptions d’appels, sur la nature des armes, sur la manière d’entrer par la mer, etc., ont rapidement dirigé l’attention sur le Pakistan. » (Times of India, 27 novembre 2008)

Les médias américains se sont concentrés sur les liens entre les attaques de Mumbai et les « groupes terroristes renaissants [qui] jouissent de refuges dans les zones tribales du Pakistan, comme de la protection ou du soutien présumés de la part de membres du renseignement pakistanais. » (Washington Post, 28 novembre 2008) 

« Le choc des civilisations »

En Europe et en Amérique du Nord, les attaques de Mumbai par des fondamentalistes islamiques sont perçues comme un pan du « choc des civilisations ». « L’Islam militant est impliqué dans une guerre contre la civilisation. »

La perte dramatique de vies humaines résultant des attaques a contribué de façon immuable à renforcer le sentiment anti-musulman à travers le monde occidental.

Les grandes lignes des attaques terroristes de Mumbai en Inde deviennent évidentes. Les terroristes ont ciblé l’Inde, les États-Unis, la Grande-Bretagne et le peuple juif. (Market Watch, 28 novembre 2008)

D’après les médias, l’ennemi est Al Qaeda, « l’ennemi extérieur » illusoire, dont les bases opérationnelles sont situées dans les zones tribales et dans la province frontalière du nord-ouest du Pakistan. Le mandat sacré autoproclamé de Washington dans la « guerre mondiale au terrorisme » est de débusquer ben Laden et d’extirper le fondamentalisme islamique.

Par conséquent, le droit des États-Unis d’intervenir militairement au Pakistan, en violation de la souveraineté pakistanaise, est soutenu. Le bombardement de villages dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan relève d’une « tentative humanitaire », en réaction aux pertes de vies dues aux attentats de Mumbai. :

« Avant ces horribles raids, les nouvelles d’Asie du Sud étaient encourageantes. Le problème central demeure la pacification de l’Afghanistan, où les États-Unis et d’autres forces de l’OTAN luttent pour réprimer les talibans et des membres d’Al Quaeda » (Washington Post, 28 novembre 2008)

« Toutefois, Washington désire la coopération de l’armée pakistanaise dans la lutte au terrorisme. Ces dernières semaines, des officiers américains en Afghanistan signalaient de meilleurs résultats, attribuant aux Pakistanais le mérite d’avoir pris l’offensive contre les talibans sur le territoire pakistanais. »

Désinformation médiatique

Les réseaux de télévision américains ont abondamment couvert les événements dramatiques de Mumbai. Les attaques ont servi à déclencher une atmosphère de peur et d’intimidation à travers les États-Unis.

On dit de ces attentats qu’ils sont intimement liés au 11 septembre. Les communiqués officiels américains et les reportages des médias ont décrit les attaques de Mumbai comme le segment d’un processus plus large, incluant la possibilité d’une attaque terroriste en sol américain commanditée par Al Quaeda.

Pendant la campagne électorale, le vice-président élu, Joe Biden, avait mis les États-Unis en garde en prévoyant que « ceux qui […] nous ont attaqués le 11 septembre, se sont regroupés dans les montagnes entre l’Afghanistan et le Pakistan et planifient de nouvelles attaques ». (Souligné par l’auteur.)

Ce sont les mêmes personnes qui étaient derrière les attaques de Mumbai.

Ce sont aussi les mêmes personnes qui planifient des attaques aux États-Unis. 

Immédiatement après les attentats de Mumbai, le maire de New York, Michael Bloomberg, a mis le métro de la ville en « alerte élevée », sur la base « d’un rapport non corroboré de terrorisme potentiel ici à New York. Ce rapport a amené le Service de police de la ville de New York à prendre des mesures préventives afin de protéger notre réseau de transport et nous ferons toujours le nécessaire pour que notre ville demeure en sécurité », affirmait M. Bloomberg dans un communiqué. (McClatchy-Tribune Business News, 28 novembre 2008, souligné par l’auteur.)

Étonnamment, un jour avant les attentats de Mumbai, « le FBI et le Département de la sécurité intérieure (Homeland Security, DHS) avaientt prévenu qu’il existait une menace, possible mais non corroborée, d’Al Quaeda contre le réseau de transport de New York ». (Ibid)

« Au moment où les attentats de Mumbai étaient perpétrés, les autorités américaines signalaient qu’Al Quaeda avait possiblement discuté d’attaquer le métro de New York. Un avertissement vague, certes.  » Nous n’avons pas de détails spécifiques confirmant que ce complot excède la simple planification, mais nous donnons cet avertissement puisque nous sommes inquiets qu’une telle attaque puisse être perpétrée pendant la prochaine période des fêtes « , affirmait le FBI et le . Département de la sécurité intérieure » (Chicago Tribune, 29 novembre 2008)

Le renseignement pakistanais est le cheval de Troie des États-Unis 

En chœur, les médias pointent du doigt l’implication du Services de renseignement pakistanais, l’Inter Services Intelligence (ISI), sans mentionner que l’ISI opère invariablement en étroite collaboration avec la CIA.  

Les médias américains servent indéfectiblement les intérêts de l’appareil de renseignement des États-Unis. Voici ce que ces médias biaisés insinuent :

1. Les terroristes sont liés à Al Qaeda. Les attentats de Mumbai sont une opération « financée par un État » impliquant l’ISI pakistanais.

2. Les tireurs de Mumbai sont liés aux groupes terroristes situés dans les zones tribales et la province frontalière du nord-ouest du Pakistan.

3. Le bombardement continu des zones tribales par les Forces aériennes américaines, violant la souveraineté pakistanaise, est par conséquent justifié comme partie intégrante de la « guerre mondiale au terrorisme ».

L’ISI constitue le cheval de Troie des États-Unis, un mandataire de facto de la CIA. Depuis le début des années 1980, le renseignement pakistanais travaille en étroite collaboration avec ses équivalents américains et britanniques.

Si l’ISI devait être impliqué dans une opération clandestine de grande envergure contre l’Inde, la CIA aurait été préalablement avisée de la nature et du moment précis de l’opération. L’ISI n’agit pas sans le consentement de son équivalent américain.

De plus, le renseignement américain est connu pour avoir soutenu Al Qaeda dès le début de la guerre soviéto-afghane et tout au long de l’ère post-guerre froide. (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky, Al Qaeda and the War on Terrorism, Global Research, 20 janvier 2008.) 

Les camps d’entraînement de la guérilla financés par la CIA ont été établis au Pakistan pour entraîner les Moudjahidin. Le renseignement américain a historiquement soutenu Al Qaeda en utilisant l’ISI du Pakistan comme intermédiaire.

« Avec le soutien de la CIA et l’acheminement massif de fonds par l’armée américaine, l’ISI pakistanais s’est développé en une structure parallèle exerçant un pouvoir énorme sur tous les aspects du gouvernement » (Dipankar Banerjee, « Possible Connection of ISI With Drug Industry », India Abroad, 2 décembre 1994.)

Dans la foulée des attentats du 11 septembre, l’ISI pakistanais a joué un rôle clé dans l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001, en étroite collaboration avec le haut commandement militaire de l’OTAN et des États-Unis. Ironiquement, en octobre 2001, les reportages, autant de la presse indienne qu’américaine, citant des sources du FBI et du renseignement ont suggéré que l’ISI fournissait du soutien aux présumés terroristes du 11 septembre. (Voir Michel Chossudovsky, Cover-up or Complicity of the Bush Administration, The Role of Pakistan’s Military Intelligence (ISI) in the September 11 Attacks, Global Research, 2 november 2001)

L’espion en chef du Pakistan nommé par la CIA

Historiquement, la CIA a joué un rôle officieux dans la nomination du directeur de l’ISI.

En septembre, Washington a fait pression sur Islamabad, en utilisant la « guerre au terrorisme » comme prétexte pour congédier le chef de l’ISI, le lieutenant général Nadeem Taj.

« On croit que Washington exerce une pression intense sur le Pakistan pour qu’il congédie le chef de l’ISI, Nadeem Taj, ainsi que deux de ses députés en raison du double jeu de l’agence clé avec les militants. (Daily Times, 30 septembre 30 2008)

Le président Asif Ali Zardari a assisté à des réunions à New York à la fin septembre avec le directeur de la CIA, Michael Hayden. (The Australian, 29 septembre 2008) À peine quelques jours plus tard, un nouveau lieutenant général approuvé par les États-Unis était nommé par le chef de l’armée au nom de Washington, le général Kayani. 


Lt. général Ahmed Shuja Pasha

À cet égard, la pression exercée par l’administration Bush a contribué à bloquer une initiative parlementaire menée par le gouvernement PPP visant à mettre les services de renseignement du pays (ISI) sous autorité civile, notamment sous la juridiction du ministre de l’Intérieur. 

En d’autres mots, Washington exerce plus de contrôle sur l’ISI que le gouvernement dûment élu du Pakistan.


Lt. gén. Ahmed Shuja Pasha (à droite) aux côtés du gén. Ashfaq Kayani sur le USS Abraham Lincoln discutant avec Michael Mullen, chef d’État-major des armées.

Les États-Unis violent la souveraineté territoriale du Pakistan.

Les États-Unis violent actuellement la souveraineté territoriale du Pakistan en bombardant régulièrement des villages des zones tribales et de la province frontalière du Nord-Ouest. La « guerre au terrorisme » sert de  prétexte à ces opérations. Alors que le gouvernement pakistanais a « officiellement » accusé les États-Unis d’effectuer des bombardements aériens sur son territoire, l’armée pakistanaise (incluant l’ISI) a « officieusement » endossé ces attaques aériennes.

À cet égard, la nomination opportune du lieutenant général Ahmed Shuja Pasha à la tête de l’ISI était voulue pour assurer la continuité des opérations de « contre-terrorisme » américaines au Pakistan. Avant sa nomination, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, en étroite collaboration avec les États-Unis et l’OTAN, était responsable des attaques ciblées de l’armée pakistanaise, apparemment contre les talibans et Al Quaeda dans les régions tribales (Federally Administered Tribal Areas, FATA) et la province frontalière du Nord-Ouest (PFNO). 
 

Dès sa nomination, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha a profondément remanié l’ISI, remplaçant plusieurs de ses commandants régionaux. (Daily Times, 30 septembre 2008). À la fin octobre, il était à Washington, aux quartiers généraux de la CIA à Langley et au Pentagone, afin de rencontrer ses homologues américains de l’armée et du renseignement :

« Le Pakistan se plaint publiquement des attaques aériennes américaines. Mais le nouveau directeur du renseignement, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, était à Washington la semaine dernière en compagnie de militaires et d’espions de haut rang, et tout le monde semble être parti en souriant. » (David Ignatieff, A Quiet Deal With Pakistan, Washington Post, 4 novembre 2008, souligné par l’auteur)

Le moment choisi pour les attaques de Mumbai.

Les attaques aériennes sur les zones tribales, dont découlent d’innombrables morts de civils, ont créé une vague de sentiment anti-américain à travers le Pakistan. De la même manière, dans les mois précédent les attentats de Mumbai, ce sentiment anti-américain a aussi servi à promouvoir une nouvelle atmosphère de coopération entre l’Inde et le Pakistan.

Alors que les relations entre les États-Unis et le Pakistan sont à leur plus bas, les gouvernements d’Islamabad et de New Delhi ont fait des efforts significatifs dans les derniers mois pour promouvoir les relations bilatérales.

À peine une semaine avant les attaques, le président du Pakistan Asif Ali Zardari « a incité à ouvrir un débat publique sur la question du Cachemire en Inde et au Pakistan, et à laisser la population décider de l’avenir du Cachemire indien (IHK) ».

Il a également demandé « d’amener les relations bilatérales à un autre niveau », et de forger une union économique entre les deux pays.

Diviser et régner

Quels intérêts sont servis par ces attaques?

Washington est résolu à utiliser les attentats de Mumbai pour :

1) Encourager les divisions entre le Pakistan et l’Inde et faire dérailler le processus de coopération bilatéral entre les deux pays;

2) Promouvoir des divisions sociales, ethniques et sectaires à la fois en Inde et au Pakistan;

3) Justifier l’action militaire américaine au Pakistan, incluant le meurtre de civils, en violant la souveraineté territoriale du pays;

4) Fournir une justification à l’extension de la « guerre au terrorisme » américaine dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est.

En 2006, le Pentagone avait prévenu qu’une « autre attaque terroriste considérable de type 11 septembre pourrait provoquer à la fois la justification et l’opportunité qui manquent actuellement pour réagir contre certaines cibles connues » (Fuite d’un communiqué d’un officiel du Pentagone remis au Washington Post, 23 avril 2006). Dans le contexte actuel, les attaques de Mumbai sont considérées comme « une justification » pour traquer des « cibles connues » dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

Le premier ministre indien, Manmohan Singh a affirmé que des « forces externes » ont perpétré les attentats, faisant allusion au rôle possible du Pakistan. Les reportages médiatiques pointent aussi dans cette direction, en laissant entendre que le gouvernement pakistanais était derrière ces attaques :

Des officiels et législateurs américains se sont abstenu de nommer le Pakistan, mais leur condamnation du « terrorisme islamique » laissait peut de doute quant à leurs inquiétudes.

….

C’est la propre évaluationde l’administration Bush – coulée dans les médias – qui a donné de la force aux dernières accusations contre Islamabad. Selon cette évaluation, l’agence de renseignement pakistanaise ISI était liée aux attentats à la bombe de l’ambassade indienne à Kaboul quelques semaines auparavant, attentats qui ont fait près de 60 morts, dont un diplomate indien très admiré ainsi qu’un officiel senior respecté de la défense. (Times of India, 27 novembre 2008) 

Les attaques ont provoqué un sentiment anti-pakistanais en Inde

Les attaques ont servi à promouvoir un sentiment anti-pakistanais en Inde, ainsi que des divisions sectaires entre les musulmans et les hindous.

Le Time Magazine a visé, en des termes non équivoques, le rôle insidieux « de la puissante organisation ISI, souvent accusée d’orchestrer des attaques terroristes en Inde », sans reconnaître que le nouveau chef de l’ISI a été nommé sur ordre de Washington. (Time online)

Le reportage du Time suggère, sans preuves, que les architectes des attaques sont vraisemblablement des groupes islamiques financés par le Pakistan, dont Lashkar-e-Taiba (Armée des purs), qui fait partie du réseau Al Qaeda, Jaish-e-Mohammed, une organisation séparatiste cachemirie appartenant à Al Qaeda, ayant revendiqué les attentats terroristes de décembre 2001 au Parlement de l’Union à Delhi, ainsi que le Mouvement des étudiants islamiques d’Inde. (Ibid)

Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed sont reconnus comme étant soutenus par l’ISI.

Démarches diplomatiques entre Islamabad et Delhi

Le président pakistanais Asif Ali Zardari a signalé que son gouvernement collaborerait entièrement avec les autorités indiennes.

Le nouveau gouvernement du Pakistan a été contourné par ses propres services de renseignement, qui demeurent sous la juridiction du haut commandement militaire.

Le gouvernement du Parti du peuple pakistanais, mené par le premier ministre Yousaf Raza Gilani, n’a aucun contrôle sur l’appareil militaire, ni sur l’appareil de renseignement, qui continuent à entretenir des rapports étroits avec leurs équivalents américains. À plusieurs égards, le gouvernement civil du Pakistan ne contrôle pas sa politique étrangère. L’armée pakistanaise et sa puissante aile de renseignement mènent la barque.

Dans ce contexte, le président Asif Ali Zardari semble jouer des deux côtés : collusion avec l’appareil de l’armée et du renseignement, dialogue avec Washington et faux-semblant avec le premier ministre Gilani et l’Assemblée nationale.

Le 28 novembre, deux jours après les attentats de Mumbai, Islamabad annonçait que le nouveau chef de l’ISI, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, serait envoyé à Delhi pour des consultations avec ses homologues indiens, dont le conseiller à la Sécurité nationale M K Narayanan, ainsi que les dirigeants de l’agence de renseignement extérieur, la Research and Analysis Wing (RAW), et du Intelligence Bureau, responsable du renseignement intérieur. La RAW et l’ISI pakistanais sont connus pour s’être fait la guerre clandestinement durant plus de 30 ans.

Le jour suivant (29 novembre) Islamabad a annulé la visite du lieutenant général Shuja Pasha en Inde à la suite « du ton très agressif du ministre des Affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, envers les officiels pakistanais [lors d’une] conversation téléphone après les attentats de Mumbai ». (Press Trust of India, 29 novembre 2008, citant Geo News Pakistan). 

Situation tendue : les relations indo-pakistanaises se détériorent

Les attaques de Mumbai ont déjà créé une situation extrêmement tendue, qui sert largement les intérêts géopolitiques américains dans cette région. 

Islamabad envisage de relocaliser quelque 100 000 militaires de la frontière afghane à la frontière indienne, « s’il y a escalade des tensions avec l’Inde, ce qui sous-entendait l’implication d’éléments pakistanais dans le carnage de Mumbai ». (Source d’information pakistanaise citée par PTI op. cit.)

« Ces sources ont affirmé qu’on a dit à l’OTAN et au commandement américain que le Pakistan ne pourrait pas se concentrer sur la guerre au terrorisme et s’attaquer aux militants autour de la frontière afghane, puisque la défense de ses frontières avec l’Inde s’avérait beaucoup plus importante. » (Ibid, Geo News citant le journaliste senior pakistanais Hamid Mir.) 

Ingérence américaine dans la conduite de l’enquête policière indienne

L’ingérence totale de Washington dans la conduite de l’enquête policière indienne est également significative. Le Times of India révèle « une coopération sans précédent du renseignement impliquant des agences d’enquête et des groupes d’espions de l’Inde, des États-Unis du Royaume-Uni et d’Israël. »

Le FBI et les Services secrets britanniques, MI6, ont des bureaux de liaison à Delhi. Le FBI a envoyé des policiers, des officiers du contre-terrorisme et des médecins légistes à Mumbai « afin d’enquêter sur les attaques qui ont fait des victimes américaines […]. Des experts de la Police métropolitaine de Londres ont aussi été dépêchés à Mumbai :

« « L’hypothèse » du gouvernement américain voulant que les groupes militants Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed soient des suspects des attentats a retardé l’enquête qu’avaient entreprises les autorités pakistanaises, a affirmé l’officiel. Les deux groupes militants cachemiris ont des liens avec Al Qaeda. » (Wall Street Journal, 28 novembre 2008)

Le rôle du contre-terrorisme américain, britannique et israélien et des officiels de la police consiste essentiellement à manipuler les résultats de l’enquête de la police indienne.  

Un fait mérite toutefois d’être mentionné, notamment que le gouvernement de Delhi a refusé la requête d’Israël d’envoyer une unité des forces spéciales de l’armée pour assister les commandos indiens dans la libération d’otages juifs à l’intérieur du Cha,bad Jewish Center de Mumbai. (PTI, 28 novembre 2008.) 

Bali 2002 comparé à Mumbai 2008

Les attaques terroristes de Mumbai ressemblent à certains égards aux attaques de Bali de 2002. Dans les deux cas, des touristes occidentaux étaient ciblés. Le centre de villégiature de Kuta, sur l’île de Bali en Indonésie, a fait l’objet de deux attaques distinctes, ciblant principalement des touristes australiens. (Ibid)

Il y a quelques semaines, le 9 novembre 2008, les présumés terroristes des attentats à la bombe de Bali en 2002 ont été exécutés à la suite d’un long procès. (Michel Chossudovsky, Miscarriage of Justice: Who was behind the October 2002 Bali bombings? Global Research, 13 novembre 2008). Les architectes politiques des attentats de Bali n’ont jamais été traduits en justice.

Un rapport de novembre 2002 émanant des hauts gradés indonésiens, révélait l’implication du chef du renseignement indonésien, le général General A. M. Hendropriyono et de la CIA. Les liens entre Jemaah Islamiyah (JI) et l’agence de renseignement indonésienne (BIN) n’ont jamais été soulevés dans l’enquête officielle du gouvernement indonésien, enquête menée dans les coulisses par le renseignement australien et la CIA. De plus, peu après les attentas, le premier ministre australien, John Howard, « a admis que les autorités australiennes avaient été avisées de possibles attaques à Bali, mais qu’elles avaient décidé de ne pas sonner l’alerte  ». (Christchurch Press, 22 novembre 2002). 

En ce qui concerne les attentats de Bali de 2002, les témoignages de deux anciens présidents indonésiens, qui signalaient la complicité de l’armée et de la police indonésiennes, ont simplement été écartés dans les procédures judiciaires. En 2002 le président Megawati Sukarnoputri a accusé les États-Unis d’être impliqués dans les attaques. En 2005, dans une entrevue avec la chaîne australienne SBS TV, l’ancien président Wahid Abdurrahman affirmait que l’armée et la police indonésiennes avaient joué un rôle dans les attentats de Bali de 2002. (Cité dans Miscarriage of Justice: Who was behind the October 2002 Bali bombings?, op cit)

Note

1. Dans les derniers mois, le chef du renseignement extérieur (RAW), Ashok Chaturvedi, est devenu une cible politique. Le premier ministre Manmohan Singh est résolu à le congédier et à le remplacer par une personne plus acceptable. On ignore si Chaturvedi participera à l’enquête de la police et du renseignement.

Article original en anglais, India’s 9/11. Who was Behind the Mumbai Attacks?, publié le 30 novembre 2008.

Traduit par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 11 langues).    


Guerre et mondialisation



Articles Par : Prof Michel Chossudovsky

A propos :

Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (emeritus) at the University of Ottawa, Founder and Director of the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal, Editor of Global Research.  He has taught as visiting professor in Western Europe, Southeast Asia, the Pacific and Latin America. He has served as economic adviser to governments of developing countries and has acted as a consultant for several international organizations. He is the author of eleven books including The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s “War on Terrorism” (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (Editor), Towards a World War III Scenario: The Dangers of Nuclear War (2011), The Globalization of War, America's Long War against Humanity (2015). He is a contributor to the Encyclopaedia Britannica.  His writings have been published in more than twenty languages. In 2014, he was awarded the Gold Medal for Merit of the Republic of Serbia for his writings on NATO's war of aggression against Yugoslavia. He can be reached at [email protected]

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