Le bouclier USA reste, Poutine gèle le désarmement

Bruxelles

Par une signature sur un décret, Poutine fait sortir la Russie du Traité sur les réductions des forces conventionnelles en Europe (Cfe), le pacte qui limite le nombre d’armes lourdes déployées entre l’Océan atlantique et les Monts de l’Oural. Ainsi le Kremlin met-il en stand-by le traité qui a constitué la poutre maîtresse du désarmement dans l’après-guerre froide, en même temps qu’il signe un nouveau chapitre de la très récente guerre  fraîche qui oppose, comme dans le passé, Washington et Moscou. Le Kremlin a en effet informé par une note que la décision est justifiée « par les circonstances exceptionnelles qui influent sur la sécurité de la Fédération russe et qui exigent l’adoption  de mesures  non ajournables ». La nouveauté qui pèse sur la Russie est le projet de bouclier spatial voulu par l’Administration Busch avec force radars en République tchèque et 10 missiles installés dans la Pologne voisine. Il faut dire que les problèmes liés au Traité Cfe durent désormais depuis sa dernière révision datée de 1999 ; mais sur ces tensions « historiques » est arrivée aussi l’ « étincelle » du bouclier spatial sponsorisé par Washington. Moscou a réagi hier en suspendant le Traité, mais en précisant cependant qu’on reste disponible au dialogue. Les réactions, négatives, ne se sont pas faites attendre, surtout chez ceux qui ont allumé la mèche du bouclier spatial. « Nous sommes déçus du fait que la Russie a  suspendu son adhésion » au Cfe, a fait savoir à travers un communiqué Gordon Johndroe, porte-parole de la Maison Blanche. « Dans les prochains mois – poursuit la note – nous continuerons toutefois à discuter avec Moscou sur la meilleure façon d’avancer dans ce secteur, dans l’intérêt de toutes les parties impliquées et pour la sécurité de l’Europe ». « Les Pays membres de l’Alliance Atlantique – déclare en écho le porte-parole de l’Otan,  James Appathurai- considèrent  le Traité comme un pilier de la stabilité européenne et voudraient  qu’il soit ratifié le plus rapidement possible ». Selon Appathurai, la décision russe représente «  un pas dans la mauvaise direction ». Varsovie, de son côté, exprime son « amertume » et souhaite que la décision de Poutine ne soit pas le prélude d’ « une future sortie  du Traité, de la part d’un pays qui reste important pour la sécurité en Europe et dans le monde ».

La décision d’hier (14 juillet 2007) était dans l’air. Le 26 avril dernier déjà, Poutine annonçait  un moratoire unilatéral sur l’application du Traité Cfe jusqu’à ce que tous les pays n’aient ratifié la dernière version de 1999 en commençant à l’appliquer. Le Traité est né en 1990, après la chute du mur de Berlin, et prévoyait  une limite aux forces armées et aux armes conventionnelles à disposition des deux vieux blocs de la guerre froide. Il était en outre prévu des mécanismes pour accroître la confiance, par l’intermédiaire de manœuvres conjointes,  et la transparence, avec inspections réciproques. Puis, en 1999 à Istanbul, le texte était « adapté » à la disparition de l’URSS et du Pacte de Varsovie, mais les pays de l’OTAN refusaient  (et refusent encore) de ratifier la nouvelle édition, dans l’attente que Moscou retire ses troupes de la Transnistrie, une entité prorusse formellement en Moldavie, et de la province géorgienne de l’Abkhazie. De fait, à présent seules la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan ont ratifié le Cfe.

Depuis fin avril, par la menace de moratoire, jusqu’à hier, la situation n’a fait qu’empirer, avec un unique, et vide, signal d’amélioration  au G8 de Rostock, début juin. Poutine avait alors offert à Bush un bouclier spatial différent, à savoir l’utilisation d’un radar en Azerbaïdjan à la place de celui en Tchéquie, et le renoncement  au positionnement de missiles en Pologne, dans l’attente qu’une menace de la part des états voyous (concrètement l’Iran) se matérialise effectivement. Poignées de mains entre Bush et Poutine, mais ensuite la proposition russe était immédiatement mise de côté, snobée par Washington ainsi que par l’Otan. La visite à Moscou de Jaap de Hoop Scheffer, secrétaire de l’Alliance atlantique, et le face à face entre les deux présidents au ranch de Bush père il y a quelques jours, n’amenait pas de progrès. On ne doit pas oublier, surtout, que sur les relations est-ouest, au delà du bouclier, pèse aussi, tel un rocher, l’avenir du Kosovo. Autre thème chaud, qui n’aide certes pas à apaiser le climat entre Moscou et Washington.

Edition de dimanche 15 juillet de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/15-Luglio-2007/art24.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio 



Articles Par : Alberto D'Argenzio

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