Le Canada se militarise tambour battant

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Lors du dépôt de son budget en mars, le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne devrait pas révolutionner ses façons de faire habituelles. Bien que le premier ministre avertisse les Canadiens depuis un certain temps déjà de se préparer à un budget d’austérité, il devrait tout de même annoncer une nouvelle baisse de l’impôt des entreprises et …maintenir ou encore augmenter le niveau des dépenses militaires, qui sont pourtant déjà à un niveau inégalé.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement Harper a fait passer le budget militaire de 14,8 milliards $ à 21,2 milliards $ en 2010: une augmentation de 44 %. Il a aussi procédé à des achats d’équipements militaires pour une somme totale de 48 milliards $ sans compter l’entretien et les autres coûts connexes. Mais encore, il a également prévu « ficeler » le budget militaire canadien pour les 20 prochaines années en annonçant déjà qu’il y consacrera au total 490 milliards $ pendant cette période.

Ce gouvernement « faucon » a très nettement orienté son action en faveur d’une militarisation croissante de la société canadienne, ce qui s’est traduit non seulement par des dépenses gigantesques, mais aussi par un changement marqué du rôle des forces armées canadiennes. Alors qu’auparavant, celles-ci jouaient plutôt un rôle actif dans les opérations de maintien de la paix, elles sont maintenant plutôt utilisées comme « force d’intervention et de combat » par les Conservateurs. Dans ce dernier cas cependant, il faut quand même dire que ce sont les Libéraux qui avaient d’abord montré la voie en autorisant la mission en Afghanistan.

Tout cela fait en sorte que le Canada se « militarise » progressivement. Une militarisation qui se réalise pas à pas, une annonce gouvernementale à la fois. Plus les pions prendront leur place sur l’échiquier, plus la tendance sera difficile à renverser.

Pour justifier leurs choix guerriers et les dépenses gigantesques que cela requiert, les Conservateurs invoquent de supposées retombées économiques importantes. Mais, si on ne peut nier qu’il y ait des retombés économiques pour chaque dépense du gouvernement, on estime toutefois que créer un emploi dans le secteur militaire serait cinq fois plus coûteux que créer un emploi dans le secteur civil.

L’alignement de la politique étrangère canadienne sur celle des États-Unis est un élément clé de la militarisation croissante au Canada. Dès 2006, le Canada lance la campagne publicitaire Boots on the ground dans le métro de Washington afin de démontrer à l’opinion publique américaine l’appui des troupes canadiennes en Afghanistan.

Puis en 2008, le premier ministre Harper dévoile, avec la publication du document Le Canada d’abord la stratégie militaire du Canada pour les 20 prochaines années confirmant du même coup l’appui canadien à la politique étrangère américaine.

C’est notamment dans ce document que le gouvernement canadien annonce qu’il prévoit dépenser 490 milliards $ sur 20 ans à des fins militaires, et que cela portera le budget de la défense à plus de 30 milliards $ par année en 2027.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a annoncé pour près de 50 milliards $ d’achats d’équipements militaires, et les choix faits par les Conservateurs donnent assez vite une idée des interventions que l’armée canadienne pourra faire et sera appelée à faire au cours des prochaines décennies.

Vingt-cinq de ces milliards seront notamment consacrés à l’achat de navires de guerre afin de remplacer la flotte actuelle considérée « désuète ». Toutefois, près de 10 milliards $ iront à l’ajout de nouvelles capacités opérationnelles pour les Forces armées canadiennes dictant ainsi le type d’interventions auxquelles seront appelés à prendre part les militaires canadiens. Relativement peu des équipements prévus sont destinés à assurer des missions domestiques comme la protection du territoire et l’aide aux civils en cas de catastrophe naturelle.

L’achat d’une flotte de 65 avions de chasse F-35 pour remplacer les chasseurs CF-18, démontre bien l’orientation idéologique des Conservateurs face aux dépenses militaires, et la manière dont celle-ci structurera la politique étrangère canadienne pour les cinquante prochaines années si rien n’est fait.

Sous le titre évocateur d’« Erreur de pilotage » (Pilot error), le Centre Canadien de Politiques Alternatives (CCPA) a produit une étude fouillée démontrant avec éloquence à quel point le F-35 n’est pas un modèle adapté pour la protection de l’espace aérien canadien.

Cet avion furtif hautement technologique n’offre pas de réponse efficace advenant l’intrusion d’avions étrangers ou encore de menace terroriste, comme dans le cas du 11 septembre 2001. L’étude démontre également l’inutilité de cette flotte pour des missions multilatérales que le Canada pourrait mener dans les prochaines décennies.

En plus de constituer un mauvais choix d’un point de vue opérationnel, le contrat prévu constitue une aberration au point de vue économique. Aucune garantie de retombées économiques régionales n’a été incluse dans les contrats avec la compagnie Lockheed Martin.

De plus, le prix d’acquisition pourrait être revu à la hausse au cours des prochaines années. Pour l’achat d’avions du même type auprès du même fournisseur, les Pays-Bas ont été dans l’obligation, l’automne dernier, de revoir de 20 % à la hausse le coût du contrat d’achat.

Cette vision guerrière, et cette augmentation des dépenses militaires du pays vont à l’encontre des valeurs des Canadiens et surtout des Québécois. Un sondage mené en 2008 par Nanos-Reseach pour le compte de l’Institut Rideau révèle que 62 % des Québécois sont favorables à une diminution des dépenses militaires.

Dans un autre sondage mené par la firme Léger-Marketing, et publié en janvier 2011 dans Le Devoir, on apprend que 71 % des Québécois sont contre le prolongement de la mission militaire canadienne en Afghanistan. Enfin, un dernier sondage CROP-l’Actualité mené à l’automne 2010 révélait, quant à lui, que 84 % des Québécois souhaitaient voir le Canada revenir exclusivement à des missions de maintien de la paix.

Les dépenses militaires excessives que prônent les Conservateurs sont inacceptables, injustifiées, et constituent un indécent gaspillage de fonds publics en regard des énormes besoins sociaux d’ici et d’ailleurs dans le monde. Ne laissons pas le gouvernement canadien mener une politique de militarisation qui va à l’encontre de nos valeurs et de nos intérêts économiques, politiques et sociaux. Stoppons les dépenses militaires!



Articles Par : Brian Barton

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