Le comportement honteux d’Abbas

Se tenant à côté de Condoleezza Rice, la Secrétaire d’État US, lors de leur conférence de presse commune à Jéricho, le jeudi 30 novembre, Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité Palestinienne (PA), a déclaré que les efforts pour former un gouvernement d’unité nationale avec le Hamas sont arrivés dans un cul-de-sac.

 

Il a ajouté d’un ton menaçant qu’il prendrait bientôt des mesures pour former un nouveau gouvernement, à la place de celui dirigé par Ismael Haniya, dont la tâche principale sera de lever le blocus financier et économique mené par les USA et imposé par les Israéliens aux palestiniens.

Mais le comportement vraiment scandaleux d’Abbas était sa référence rapportée « positive » à un discours du Premier ministre israélien Ehud Olmert dans le sud d’Israël quelques jours plus tôt.

Dans ce discours en grande partie théâtral, déjà rejeté par le gros de la presse israélienne comme une « contorsion », Olmert disait qu’Israël se retirerait de « nombreux territoires, » « laisserait sortir de nombreux prisonniers » et libérerait l’argent des douanes palestiniens retenu par les autorités israéliennes pour punir les Palestiniens d’avoir élu un gouvernement qui n’aime pas Israël.

Et toute cette charité sioniste serait donnée seulement si les Palestiniens acceptaient d’abandonner le droit primordial au retour, d’arrêter la résistance armée contre l’armée d’occupation israélienne et d’accepter d’autres demandes Israéliennes.

Je ne comprends vraiment pas en quoi les Palestiniens, et encore moins le président de la PA, verraient ce discours positif ?

Ce qui est sûr, c’est que Olmert n’a rien dit qui puisse être interprété comme suggérant un départ de l’ancienne police israélienne qui repose sur la perpétuation de l’occupation et de la colonisation de la terre palestinienne.

En fait, le contraire est vrai, car Olmert a déclaré qu’Israël garderait une grande partie de la Cisjordanie occupée, conserverait le gros des colonies intactes, et jamais ne rendrait Jérusalem Est à ses propriétaires légitimes.

Et par dessus tout cela, il a invité les Palestiniens à oublier le droit au retour des millions de réfugiés persécutés, attendant depuis des décennies d’être rapatriés dans leurs maisons et villages dans ce qui est maintenant Israël.

Bon, quelle sorte de règlement pacifique définitif est-ce là ? Parlons-nous d’une version moderne d’une métamorphose kafkaïenne ?

Que voit donc M. Abbas de si positif dans le discours d’Olmert que nous ne saisissons pas ?

Il est vraiment honteux que le dirigeant palestinien ait gardé le silence pendant que Rice émettait les mêmes braiments offensants au sujet du la « relance du processus de paix » des « mesures pour reconstruire la confiance » et d’un « état viable et non éparpillé. »

Nous avons entendu ces mots mensongers depuis de nombreuses années, alors que l’occupation et le vol des terres continuaient sans répit en pleine connaissance de cause et avec leur consentement des étatsuniens.

La semaine dernière, le Mouvement pour la Paix Maintenant, a révélé que, selon les dossiers de l’armée israélienne, jusqu’à 40% des colonies juives en Cisjordanie occupée ont été bâties sur des propriétés privées  palestinienne.

De façon intéressante, pas un seul responsable de l’administration Bush n’a dit un mot au sujet de cet énorme pillage de terre par la « seule véritable démocratie du Moyen-Orient.»

Pourquoi ? Parce que la politique US sur l’expansion de la colonisation juive en Cisjordanie est en réalité un reflet de la politique israélienne. En effet, si le silence est l’approbation, c’est la seule conclusion que toute personne honnête aurait à cet égard.

Quant aux affirmations de Rice, comme quoi les colonies ne compromettraient les résultats d’aucun règlement de statut définitif entre Israël et les Palestiniens, il ne faut pas être une grande autorité en politique étrangère US pour se rendre compte que ces dires ne sont rien de moins que des foutaises destinées à tromper les dirigeants palestiniens et arabes crédules, qui interpréteraient tout sourire ou mot gentil d’un responsable US comme le signe que les USA embrassent désormais une nouvelle politique basée sur la moralité, la justice et le droit international.

Je me demande vraiment pourquoi M. Abbas n’a pas demandé à Rice de condamner l’énorme pillage de terre en le déclarant être nul ? Ne sait-il pas comment communiquer les griefs de son peuple aux visiteurs étrangers ? Ne peut-il pas prendre la parole pour la défense des droits de son peuple ?

Vraiment, pour quoi est-il « Président » s’il ne veut pas ou ne peut pas faire ce qu’il est censé faire ?

C’est maintenant une large évidence qu’Abbas échoue dans ses fonctions de Président de la Palestine ! ! (le titre lui-même est bluffeur dans les grandes largeurs puisqu’il n’existe aucun état palestinien et ce n’est pas dans l’intérêt des Palestiniens de feindre qu’il y en a un quand il n’y en a pas).

Pourquoi ne s’est-il pas souvenu de l’ancien visiteur du Kremlin, dont la connaissance des vicissitudes de la question palestinienne est au mieux médiocre, selon lequel il n’y aura jamais de vraie paix durable en Palestine, et certainement au Moyen-Orient entier, tant qu’Israël n’aura pas fini son occupation de « TOUTES » les terres arabes occupées depuis 1967 et n’aura pas permis un règlement juste de la difficile situation des réfugiés palestiniens, selon les résolutions 194 de l’ONU ? Ne sont-elles pas après tout les références légales fondamentales sur lesquelles tous les efforts de paix sont supposés être basés ?

Pourquoi n’a-t-il pas parlé ainsi ? Avait-il peur de déranger les sentiments et la sérénité mentale de la dame noire ? A-t-il craint qu’exprimer les griefs de son peuple de manière vigoureuse lui aurait fait perdre son certificat de diriger US ?

En vérité, Abbas et les autres dirigeants palestiniens ne devraient jamais penser aux certificats de bonne conduite des bourreaux des Palestiniens, les  USA et Israël, ou même de l’Europe, surtout, comme c’est souvent le cas, quand de tels certificats s’avèrent être aux dépens des Palestiniens.

Nous tous savons qu’au Moyen-Orient recevoir un certificat de bonne conduite des USA n’est souvent qu’un euphémisme pour aliéner le peuple.

Quant au sujet du gouvernement d’unité nationale avec le Hamas, est-il vraiment regrettable qu’Abbas ait choisi de fustiger et de critiquer le Hamas pendant qu’il était en compagnie de Rice ?

L’homme a-t-il voulu lui dire qu’il était plus fidèle à sa soumission à la Maison Blanche qu’aux intérêts nationaux palestiniens ?

J’ai peur que ce sont là les signes inquiétants qu’Abbas est en train de devenir une autre marionnette US dans la région un peu comme Qarazai en Afghanistan ou Maliki en Irak.

Il peut naturellement prétendre faire tout cela dans l’espoir que les USA forceront les Israéliens à lui donner quelque chose.

Mais c’est prendre ses désirs pour des réalités, comme l’expérience amère d’Arafat l’a amplement démontré.

Khalid Amayreh est un journaliste basé à Jérusalem.

Copyright le 2 décembre  2006, Khalid Amayreh.

Original

Traduction de Pétrus Lombard.



Articles Par : Khalid Amayreh

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