Le décret anti-immigration de Trump entre en vigueur après décision unanime de la Cour suprême

À 20h jeudi, le décret anti-immigration de l’administration Trump est entré en vigueur, interdisant l’entrée à des milliers de réfugiées provenant de six pays: la Libye, la Somalie, le Soudan, l’Iran, la Syrie et le Yémen. Le nouveau décret équivaut à une peine de mort pour de nombreux réfugiés qui tentent de fuir les guerres déclenchées ou alimentées par l’impérialisme américain dans la région.

Lundi, la Cour suprême a permis à l’unanimité au décret d’entrer en vigueur dans l’attente d’une décision sur le fond cet automne. Comme les dispositions de l’interdiction ont une durée de vie de 90 ou 120 jours, le jugement signifie que la première phase du décret sera imposée dans toute sa durée.

Cette décision représente un odieux jalon et près de six Américains sur dix qui étaient d’accord avec le jugement du tribunal inférieur rejetant le décret s’y opposent. Il s’agit d’une victoire politique importante pour Trump qui a été célébrée par des articles jubilatoires sur Breitbart News et les médias d’extrême droite.

Le tribunal a statué que l’interdiction d’entrée s’applique à ceux qui n’ont pas de «relation de bonne foi avec une personne ou une entité aux États-Unis». La Cour a jugé de manière totalement insensible que ceux qui n’ont pas de «famille proche» aux États-Unis, ou des liens professionnels ou académiques, peuvent se voir interdire l’entrée.

La décision de la Cour suprême a accordé à l’administration Trump le pouvoir de décider ce qui constituait une relation de bonne foi. Mercredi soir, le département d’État a rendu publiques des directives pour définir le concept de «famille proche», expliquant que cela excluait «les grands-parents, les petits-enfants, les tantes, les oncles, les nièces, les neveux, les cousins, les beaux-frères et les belles-soeurs, les fiancés et tout autre membre de la famille “élargie”».

Les règles du département d’État, qui ont été transmises à toutes les ambassades américaines, incluent les frères et sœurs, les parents et les enfants dans la «famille proche». L’administration a été forcée d’inclure les beaux-parents, car la Cour suprême avait spécifiquement mentionné que le décret anti-immigration ne pouvait pas s’appliquer aux personnes qui se trouvaient dans la même situation que le Dr Ismail Elshikh, l’un des plaignants qui avait fait une demande officielle pour faire venir sa belle-mère de Syrie.

La mise en application des directives du département d’État sera laissée entre les mains des patrouilles frontalières (Customs and Border Patrol, CBP) et des services d’immigration et de douane (Immigration and Customs Enforcement, ICE). Les avocats et organisations à but non lucratif du domaine de l’immigration craignent que l’imposition du décret va causer davantage de confusion aux aéroports des États-Unis: des voyageurs en provenance des six pays touchés seront probablement renvoyés en raison d’un manque de clarté sur ce qui constitue une «relation de bonne foi».

Le jugement de la Cour suprême va toucher de façon disproportionnée les réfugiés les plus pauvres dont les membres de leur famille immédiate n’ont pas précédemment immigré aux États-Unis et qui ne possèdent pas les diplômes d’études supérieures qui sont souvent nécessaires pour établir une «relation de bonne foi» basée sur un contrat d’embauche. Même les réfugiés pauvres qui ont cette relation de bonne foi seront incapables de payer des milliers de dollars à un avocat pour qu’il plaide leur cause si l’immigration américaine retarde ou bloque leur entrée.

Cette décision donne le feu vert à l’administration Trump pour qu’elle intensifie sa campagne visant à faire des immigrants des boucs émissaires et crée un climat anti-immigrants hostile, et même violent.

Mercredi, Trump a invité à la Maison-Blanche, de manière provocatrice, des parents de personnes qui avaient été tuées par des travailleurs sans-papiers. Malgré le fait que des études démontrent régulièrement qu’il est considérablement moins probable qu’un migrant commette un crime comparativement à un citoyen américain, Trump a utilisé l’occasion pour vendre deux projets de loi: l’un visant à forcer l’incarcération d’un immigrant qui aurait été précédemment déporté et qui tenterait de revenir aux États-Unis, et un autre qui réduirait le financement fédéral destiné aux «villes sanctuaires» qui ne dénoncent pas les personnes sans papiers à l’immigration fédérale. Ces deux projets de loi ont été acceptés jeudi à la Chambre des représentants.

Les démocrates ont beau faire des déclarations creuses sur la défense des immigrants, le fait que les juges nommés par les démocrates, soit Elena Kagan, Sonia Sotomayor, Ruth Bader Ginsburg et Stephen Breyer ont tous voté pour que le décret entre en vigueur révèle le caractère essentiellement xénophobe et réactionnaire du Parti démocrate.

Longtemps avant le jugement unanime de lundi, le Parti démocrate avait contribué à mettre en place le cadre politique et juridique du décret anti-immigration de Trump. Durant les années 1990 et 2000, le Parti démocrate a fourni les votes nécessaires pour faire passer des lois anti-immigrants qui ont été utilisées pour déporter des millions de personnes, beaucoup d’entre eux faisant partie des 2,7 millions qui ont été déportés par Barack Obama.

Trump intensifie l’assaut sur les immigrants. Il en a déporté des dizaines de milliers dans les premiers mois de sa présidence, arrachant des immigrants à leur famille, leur école et leur milieu de travail, et les renvoyant dans des régions violentes qui ont été détruites par l’impérialisme américain. Les nouveaux règlements imposés par Trump facilitent la déportation immédiate d’immigrants capturés à la frontière. Des milliers de réfugiés sont ainsi renvoyés avant même d’avoir pu entrer au pays.

Bien que les démocrates aient réussi à forcer une diffusion télévisée nationale des audiences sur Trump et ses présumés liens avec la Russie, ils n’ont pas exigé d’audiences semblables sur le décret ou les raids anti-immigration de Trump. Depuis l’investiture de Trump, le Parti démocrate a centré son opposition uniquement sur les questions de politique étrangère, visant spécifiquement à faire pression sur l’administration pour qu’elle adopte une politique plus agressive envers la Russie, y compris en Syrie. Cette campagne nationaliste qui vise à attiser la peur de l’«influence étrangère» aura comme conséquence de créer un terreau fertile dans l’établissement politique pour des attaques encore plus vastes contre les travailleurs et réfugiés «étrangers».

La décision unanime de la Cour suprême a un précédent historique.

En 1939, le secrétaire d’État Cordell Hull conseillait au président Franklin Roosevelt de renvoyer le MS St-Louis, un navire allemand qui contenait à son bord près de 900 réfugiés européens juifs qui tentaient de fuir l’Allemagne nazie. Lorsque le gouvernement cubain empêcha les réfugiés de débarquer à La Havane, Hull affirma que les États-Unis ne pouvaient pas permettre aux réfugiés d’accoster aux Îles vierges américaines en raison d’un détail technique selon lequel le gouvernement ne pourrait délivrer de visas aux réfugiés, ceux-ci n’ayant pas d’adresse permanente où ils pourraient retourner.

Seuls 29 passagers – ceux qui avaient des documents d’immigration valides – purent débarquer à Cuba. Lorsque le navire s’approcha des États-Unis, l’administration Roosevelt le renvoya à nouveau. Le navire et les réfugiés retournèrent en Europe et 254 passagers périrent dans l’Holocauste, la plupart à Auschwitz et Sobibór.

Eric London

Article paru en anglais, WSWS, le 30 juin 2017



Articles Par : Eric London

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