Le favori des banques européennes nommé chef du gouvernement grec

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L’ancien vice-président de la Banque centrale européenne Lucas Papademos a été nommé à la tête du gouvernement de coalition grec jeudi, suite à la pression concertée des marchés financiers, du Fond monétaire international (FMI) et des principales institutions monétaires cette semaine.

Mardi et mercredi, les marchés de la finance internationale avaient indiqué, par une vague de ventes, leur mécontentement face aux atermoiements de la Grèce dans la nomination d’un nouveau chef de gouvernement. Suite à l’annonce que Papademos allait devenir le nouveau premier ministre, le président Karolos Papoulias a immédiatement cherché à apaiser les marchés. Il a fait une déclaration jeudi dans laquelle il a promis que la priorité du nouveau gouvernement serait d’appliquer fidèlement les accords de prêts de la Grèce avec l’eurozone et le FMI.

Du point de vue de la finance internationale, Papademos a des références impeccables pour ce nouveau poste. Du milieu des années 1980 au milieu des années 1990 Papademos a travaillé comme économiste en chef à la Banque de Grèce avant de de devenir directeur de la banque en 1994; Il a occupé ce poste jusqu’en 2002, supervisant les préparatifs du pays pour l’adhésion à l’eurozone.

Papademos a ensuite quitté la Banque de Grèce pour prendre le poste de vice président de la Banque centrale européenne jusqu’en 2010. Il a travaillé toute l’année dernière comme conseiller auprès du gouvernement de George Papandreou. Il a fait ses études aux Etats-Unis et a brièvement occupé le poste d’économiste en chef à la Banque de réserve fédérale de Boston.

Lucas Papademos est considéré par ses collègues banquiers comme quelqu’un de sûr, un homme qui prendra ses ordres directement des principaux établissements financiers.

La nomination de Papandreou est survenue juste après que la directrice du FMI christine Lagarde eut appelé à une plus grande « clarté économique » en Grèce comme en Italie.

Cette nomination est le résultat d’un accord passé entre le premier ministre sortant Papandreou, le dirigeant de l’opposition conservatrice Antonis Samaras et le dirigeant du parti ultra-droitier LAOS, Giorgos Karatzaferis. Les pourparlers au Palais présidentiel d’Athènes étaient arrivés au point mort mercredi quand un certain nombre de députés du gouvernement PASOK au pouvoir et de l’opposition Nouvelle Démocratie s’étaient opposés à la candidature du président du parlement Filippos Petsalnikos, un homme considéré comme trop proche de Papandreou.

Papademos avait aussi fait part de ses propres exigences. Il a exigé que tout gouvernement qu’il présiderait soit autorisé à gouverner au-delà de la date butoir du 19 février déjà choisie pour les nouvelles élections. Papademos a aussi demandé que des députés de Nouvelle Démocratie soient inclus dans ses forces de coalition pour assurer une coalition large afin d’appliquer les mesures d’austérité. On ne connaît pas encore les concessions qui ont été faites au parti nationaliste d’extrême-droite LAOS pour obtenir son soutien au nouveau régime..

Ce qui ressort clairement des événements de ces quelques derniers jours est que la nomination de Papademos était une condition préalable à l’éligibilité de la Grèce pour une aide financière immédiate et l’accès à un nouveau plan de sauvetage de 130 millards d’euros de la part de l’Union européenne et du FMI.

La nomination de Papademos a été, comme on s’y attendait, bien accueillie par le patronat et par les organismes financiers grecs et internationaux. Jeudi, l’index de la bourse d’Athènes était en hausse de 3,17 pour cent et les banques grecques ont gagné 10,2 pour cent.

Dimitris Daskoloupoulos, président de la Fédération hellénique des entreprises a déclaré jeudi que le nouveau gouvernement, qu’il a appelé un « gouvernement de salut national », était « le dernier espoir pour l’économie grecque. »

Reflétant l’opinion des cercles financiers et patronaux européens, Fredrik Erixon, directeur du Centre européen d’économie politique internationale de Bruxelles a dit dans Bloomberg: « C’est un banquier habile et réfléchi et il a suffisamment de distance par rapport à la politique grecque pour être vu comme quelqu’un qui se tient au-dessus de la corruption politique des partis grecs. »

Ni le Parti communiste grec (KKE) ni Syriza, amalgame de divers groupes de pseudo-gauche, n’ont participé aux pourparlers et tous deux ont critiqué la nomination de Papademos. Durant ces deux dernières années, ces deux organisations ont joué un rôle clé dans la démobilisation de la classe ouvrière grecque et la création d’un climat politique où le gouvernement PASOK au pouvoir a été en mesure d’appliquer une série de plans d’austérité punitifs.

Cherchant à démontrer sa crédibilité en tant que parti constitutionnel responsable, Syriza a réagi à la décision de Papandreou, il y a dix jours, de limoger l’état-major des forces armées grecques, par une promesse de loyauté envers l’armée. Rejetant le danger très réel d’un coup militaire, l’organisation a mis en garde que la décision du gouvernement « donne l’impression qu’il cherche à créer des forces armées hautement politisées qu’il pourra contrôler en période de crise politique. »

Malgré la brève reprise à la bourse grecque, la situation économique du pays continue de se dégrader. Jeudi, les derniers chiffres du chômage, qui sous-estiment grandement l’étendue réelle de la crise de l’emploi du pays, ont atteint un nouveau record à 18,4 pour cent. Les chômeurs étaient au nombre de 907 953 en août, soit une augmentation de 10,7 pour cent par rapport au mois précédent. Le taux de chômage des jeunes entre 15 et 24 ans est monté en flèche à 43,5 pour cent, soit trois fois son niveau d’il y a trois ans.

Tandis que les actions grecques rebondissaient jeudi, les marchés européens et américains restaient largement plats. Ceci reflète les inquiétudes grandissantes que l’épicentre de la crise de la dette est passé de la Grèce à des pays européens plus grands, notamment l’Italie.

Ayant installé un technocrate en Grèce, les cercles financiers insistent à présent pour que l’ancien banquier italien et ancien commissaire européen en charge de la concurrence Mario Monti devienne le nouveau dirigeant du gouvernement en Italie aussi vite que possible. Suite à l’annonce mercredi du premier ministre italien Silvio Berlusconi qu’il allait démissionner, mais pas de suite, les marchés ont fait monter les taux d’intérêt des obligations italiennes jusque bien au-dessus de 7 pour cent.

Les sections dominantes de la classe dirigeante en Europe sont déterminées à imposer des technocrates soi-disant « non politisés. » Papademos et Monti ont été choisis précisément parce qu’ils sont considérés comme des personnalités qui sont engagées à appliquer les dictats des banques, sont éloignés des cercles politiques de leur pays et ont suffisamment de mépris pour les procédures démocratiques. Néanmoins, leur nomination ne réussira pas à atténuer la crise qui s’aggrave et qui, selon de récents rapports, échappe de plus en plus à tout contrôle.

Selon Banca Italia, les investisseurs italiens ont fait sortir du pays 80 milliards d’euros en août et septembre, anticipant une faillite de l’Etat. On estime que les investisseurs grecs auraient transféré ces derniers mois 250 milliards d’euros vers des «refuges sûrs. »

Tout récemment, des experts financiers en vue se plaignaient de ce que les dirigeants européens avaient ouvert une boîte de Pandore, tout d’abord en proposant que soient impliqués dans le renflouement grec les investisseurs du secteur privé, puis deuxièmement en spéculant sur l’éventualité que la Grèce quitte la zone euro. L’accélération du débat de ces dernières semaines se voit dans la dernière colonne du commentateur financier Noriel Roubini. Ecrivant dans le Financial Times, Roubini conclut en disant que même l’injection massive de capitaux européens pour réduire la dette publique ne pourra résoudre les malheurs financiers de l’Italie.

Afin de s’attaquer à son « énorme déficit de compte courant, manque de compétitivité extérieure et aggravation de la chute de son PIB et de son activité économique … il se peut que l’Italie, comme d’autres pays périphériques, ait besoin de quitter l’union monétaire et retourne à la monnaie nationale. » Une telle mesure, se doit de reconnaître Roubini, déclencherait « une désintégration effective de la zone euro. »

Pendant ce temps, les représentants de la France, de l’Allemagne et de l’Europe ont été forcés jeudi de démentir officiellement l’existence de discussions actives concernant l’expulsion de la zone euro de certains pays, ce dont certains reportages faisait état mercredi.

Article original publié en anglais, WSWS, le 11 novembre 2011



Articles Par : Stefan Steinberg

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