Le feu au lac ! La nouvelle guerre du gaz

L’embrasement égyptien se situe dans un contexte énergétique régional en profonde transformation.

Jusqu’à présent il était admis que du Liban à l’Egypte en passant par Israël et la Jordanie, on se trouvait dans un secteur particulier du Moyen Orient : celui qui  à l’inverse de l’Irak, de l’Iran   et des pays de la péninsule arabique manquait de ressources pétrolières ou gazières.

Dans le bulletin  n°   nous avons apporté quelques corrections à cette vision simplificatrice en précisant  que l’Egypte était devenue une moyenne puissance gazière  exportatrice et qu’elle  pouvait aussi recéler des réserves pétrolières non négligeables.

Mais la recherche sous marine en matière de gaz  naturel dans les eaux de l’angle sud-est du bassin méditerranéen est en train de donner lieu à de nouvelles découvertes qui sont de nature à rendre la situation politique régionale encore plus explosive.

Il existe en effet dans le prolongement des champs de gaz sous-marins déjà exploités par l’Egypte au Nord du delta du Nil des gisements au large de la bande de Gaza qui suscitent la convoitise d’Israël et dont l’Etat sioniste fera tout ce qui est en son pouvoir  pour garder le contrôle. Il y a là un facteur supplémentaire de guerre et un argument très fort pour le recours illimité à la violence militaire  sioniste contre les palestiniens.

Cette nouvelle richesse a été présentée sur le site canadien Mondialisation.ca/Globalreseach.ca (La guerre et le gaz naturel : l’invasion israélienne et les gisements de Gaza en mer/War and Natural Gas: The Israeli Invasion and Gaza’s Offshore Gas Fields)  8 janvier 2009.

Mais la mise en exploitation n’a pas commencé tant les obstacles politiques au projet sont importants.

En l’absence d’Etat palestinien reconnu internationalement Israël considère que ces gisements sont dans ses propres eaux territoriales. La chutzpah sioniste est complète puisque n’ayant pas signé la convention internationale sur le droit de la mer Israël ne peut pas se prévaloir des dispositions de celle-ci pour exercer son droit de propriété sur les richesses sous-marines au large de ses côtes.

Pour faire avancer son projet l’Etat sioniste avait proposé un partage de la recette gazière avec l’Autorité Palestinienne  sur la base 10% pour l’Autorité Palestinienne, 90 % pour Israël. De cette façon le gaz de Gaza aurait servi à alimenter les caisses de Mahmoud Abbas et le Hamas et les gazaouis l’auraient vu passer au large (on se doute que le gazoduc à construire pour l’évacuation du gaz off shore ne serait pas arrivé dans la bande de Gaza.

Face à cet imbroglio la société pétrolière qui avait fait les découvertes a préféré temporiser.

Mais une nouvelle et très récente découverte vient de donner une nouvelle dimension à la question du gaz off shore en Méditerranée orientale.

Fin 2010 a été découvert par un consortium Usraelien (Noble Petroleum de Houston et l’israélien Dekel) l’important gisement du Léviathan. Le choix par Israël de cette appellation, cette référence à un monstre sous-marin de l’ancien testament, est en lui-même annonciateur d’une crise délibérée. 

Ce gisement se trouve à très grande profondeur (plus de 5000 mètres ) plus au Nord, au large du Liban et d’Israël . Dans les rapports entre Etats ayant signé la Convention sur le droit de la mer la délimitation des eaux territoriales de deux Etats voisins se fait en appliquant un certain nombre de règles simples fixées par le traité et , en cas de désaccord, des arbitrages par l’ONU sont prévus. Or il est manifeste qu’Israël s’apprête à faire main basse sur un gisement situé à 180 kilomètres de la côte que le Liban serait en droit  de revendiquer si la limite des eux territoriales entre les deux Etats avait été fixée. Le Liban serait d’autant plus tenté de le faire qu’il est tout autant dépourvu de ressources pétrolières  et  gazières que son voisin du Sud.

L’affaire du LEVIATHAN est une des premières priorités du gouvernement israélien qui entend profiter de l’attention mondiale portée à la crise égyptienne pour faire avancer discrètement le dossier. Si elles ne sont pas exagérées – hypothèse à ne pas rejeter en raison de l’énormité des enjeux géopolitiques – par le consortium usraelien  qui a fait la découverte elles garantissent pour des décennies l’indépendance énergétique d’Israël.  Elle est suivie de très prés par le richissime TONY BLAIR, chargé de mission (mais pas de cette mission ci !) de l’ONU pour le conflit israélo-palestinien et représentant d’un « quartet » aussi officiel qu’inopérant.

Le souci israélien est de  s’approprier le gaz et de couper court à toute revendication libanaise. La solution envisagée consiste à trouver un complice du larcin.  Ce pourrait bien être l’ile très voisine de Chypre. Un gazoduc relierait le gisement sous marin à Chypre qui consommerait une partie du gaz et réexpédierait l’autre par méthanier après liquéfaction. Ces méthaniers pourraient livreraient le gaz dans un port israélien (à moins qu’un gazoduc sous marin relie le gisement à Haïfa mais les profondeurs dans la zone peuvent rendre sa construction difficile et l’exploitation dangereuse) et chez d’autres clients potentiels en particulier  à la Grèce.

Le gouvernement de la République de Chypre qui, elle, a signé la Convention sur le droit de la mer a accepté, probablement en échange de cette fourniture, de signer en décembre 2010 avec Israël un accord de délimitation des deux zones d’exploitation exclusive (ZEE), la chypriote et l’israélienne. Du point de vue du droit international, la position  de la République chypriote peut s’expliquer puisque cet accord limite les ambitions éventuelles d’Israël au-delà de cette frontière maritime désormais contractuelle bilatéralement. En effet la Convention sur le droit de la mer prévoit que la ZEE d’un pays peut s’étendre au-delà de la limite de 200 miles marins  dans le cas où le prolongement vers la haute mer de la formation géologique  du  territoire peut être établi, extension décidée par une commission ad hoc de l’ONU.

Dépourvue elle aussi de ressources gazières, la Grèce de Papandreou a vu ces dernières années ses relations avec Israël beaucoup s’améliorer dans le même temps où se distendaient les relations jadis étroites entre Israël et la Turquie. Si l’on ajoute à cela que le gaz fourni à Chypre le serait à la République chypriote membre de l’UE qui n’en ferait certainement pas profiter la république turque autoproclamée de Chypre Nord avec laquelle les relations se dégradent, on voit que le Léviathan gazier est en passe de devenir un cocktail politique régional explosif. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement turc ait immédiatement contesté l’accord israélo-chypriote  rappelant que l’Etat autoproclamé de Chypre nord avait lui aussi des eaux territoriales et qu’il pouvait revendiquer le droit d’exploiter des ressources sous-marines  à l’Est de ses côtes.

Ces données du problème posées, il convient d’en souligner l’ampleur.

Si le Léviathan gazier une fois accaparé par Israël, y compris, ce qui n’est aucunement à exclure,  par le recours à l’action militaire, il assure, si les premières estimations de ses réserves  sont confirmées l’indépendance énergétique de l’Etat sioniste pour des décennies et lui donne même une position de futur pays exportateur.

Se pose alors pour l’Etat d’Israël une question existentielle : il peut

1-         Choisir de prendre sa place comme pays indépendant énergétiquement  et donc non menacé dans son existence même par ses voisins

2-         Fixer par conséquent et  finalement des frontières terrestres mettant un terme à sa politique d’expansion permanente illégale et donc reconnaitre l’Etat palestinien voulu par l’ONU en 1948

3-         Accepter un partage des ressources sous-marines dans le cadre d’une acceptation complète de la discipline fixée par les règles  de la Convention sur le droit de la mer et en conséquence laisser l’Etat Palestinien reconnu exploiter les gisements au large de Gaza et ne pas interdire à ses voisins libanais, syrien, voire turc leur accès par des manœuvres capables d’empoisonner la politique régionale et internationale pour encore 50 ans.

ou bien rester, enfermé qu’il est dans son idéologie messianique, le Léviathan, ce monstre que, dans la mythologie biblique, seul Dieu peut détruire.

Ce choix historique : devenir un Etat comme les autres avec des frontières terrestres et maritimes dont l’inexistence est un facteur d’insécurité pour tous ses voisins autant que pour lui  ou bien demeurer un Etat sans frontières avec la protection de son  tuteur les Etats-Unis qui n’est pas non plus signataire de la Convention sur le droit de la mer. Au regard de la  légalité internationale ces deux Etats qui se gargarisent en permanence de la notion de « Communauté Internationale » n’en font tout simplement pas partie.

Cerclée de jaune la zone des prospections sous-marines en Méditerranée orientale



Articles Par : Comaguer

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