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Le Général Pierre-Marie Gallois : Un siècle, une vie, un film
Par Claude Jacqueline Herdhuin
Mondialisation.ca, 03 septembre 2010
3 septembre 2010
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Le Général Pierre-Marie Gallois nous a quittés. Il avait 99 ans et pourtant il avait encore tant de choses à faire et à dire. Artiste, militaire, combattant et grand stratège, le Général était aussi un homme de cœur et un ami dévoué.

J’ai eu la chance de le compter parmi mes amis et de partager des moments inoubliables avec ce personnage hors du commun. Généreux de son temps et de son savoir, il n’a jamais manifesté la moindre impatience devant mes questions, parfois stupides, du moins pour lui qui avait parcouru un siècle et le monde.

Son charme venait de sa grande générosité. Pour lui, rien n’était impossible, surtout quand il s’agissait de poser des gestes concrets susceptibles de venir en aide à une personne, à une cause, à son pays. Il n’a pas hésité à prendre position dans la guerre des Balkans.

Le Général Pierre-Marie Gallois aimait parler, mais rien de ce qu’il disait n’était vain. Des repas à sa cantine, le Hilton, rue de Courcelles, une coupe de champagne chez lui, un entretien dans son bureau (impressionnant par les livres et documents innombrables où il retrouvait un papier en deux secondes), une rencontre lors du lancement de mon roman en 2007, autant de moments d’une richesse inoubliable. Il savait allier sérieux et humour comme personne d’autre. Parfois impatient, car pour lui rien ne devait être négligé, tout méritait qu’on s’y consacre entièrement. Lorsque je lui ai dit, «  faisons un film ». Il m’a répondu « Pourquoi pas! ». Il avait 97 ans.

La dernière fois que je l’ai vu, c’est au mois de juin dernier, à son domicile. Fatigué, il passait ses journées installé dans son fauteuil dans son bureau, le téléphone à portée de main. Il lisait le monde et veillait jalousement au bien-être de ses visiteurs.

Le Général me manquera, et je ne suis pas la seule. Il me manquera car j’aimais lui parler, lire ses textes et lui faire lire les miens. Il me manquera car j’apprenais toujours quelque chose avec lui. Quand je l’ai connu, il y a une dizaine d’années, j’étais une militante pour la paix. Je suis toujours pacifiste, mais avec le Général Pierre-Marie Gallois, j’ai compris que la paix ne se fait pas avec de beaux sentiments ou des émotions. Elle se fait avec la tête et non avec le cœur. Paradoxalement, la paix est un combat. L’Homme naît guerrier. Il faut le civiliser. C’est pourquoi un enfant subit un « élevage » intensif, au sein de la famille et à l’école. Le petit d’homme est une brute et il faut en tirer le diamant qui se cache en lui. Parfois, la qualité du diamant est décevante, d’autres fois elle dépasse toute nos attentes.

Le Général Pierre-Marie Gallois faisait partie de ces derniers. Né le 11 juin 1911, à Turin, dans une famille de la haute bourgeoisie, aisée et cultivée, il a grandi à Paris. Son père est mort au champ d’honneur en 1915 et sa mère s’est remariée avec un grand peintre décorateur en 1921.

Pierre-Marie Gallois a démontré très jeune de nombreux dons intellectuels et artistiques.

Attiré par les arts, il a fait des études aux beaux-arts et n’a jamais cessé de peindre. En Angleterre, durant la guerre, il a décoré les murs du mess des officiers et, des décennies plus tard, la cours de l’immeuble où il habitait à Paris.

Mais le jeune Pierre-Marie Gallois était fasciné par l’aviation et son entrée dans l’armée de l’Air a tenu à la fois de l’admiration qu’il avait pour son beau-frère capitaine d’avion qu’à un ultimatum de sa mère, un matin où il revenait de fêter… avec ses amis des beaux-arts.

En 1930, il a obtenu une bourse de l’État et a appris à piloter. En 1931, il était élève-officier de réserve et entrait dans l’armée de l’air fin 1936.

Fasciné par le désert, il a demandé le Sahara et a été affecté successivement à Blida, Oran et Colomb-Bechar. Il y a rencontré nombre de personnalité et a passé une nuit à discuter avec Saint-Exupéry, au bord d’une piscine. Il a connu les grands de ce monde, a travaillé avec eux et les combattus. Artisan de la dissuasion nucléaire, il a toujours travaillé dans le même objectif : se battre pour la justice et la vérité. Après sa carrière militaire, il a été directeur commercial chez Dassault et n’a jamais cessé de se mettre au service de la France. Il me manquera.

 

Claude Jacqueline Herdhuin est auteure et cinéaste.

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