Le golpe blanc du Pentagone

Egyptian President Hosni Mubarak, right, meets with CIA Director Leon Panetta, at the Presidential palace in Cairo, Egypt, Thursday, Jan. 28, 2010. AP Photo logo AP Photo 

Le directeur de la Cia, Leon Panetta, avec l’ex-président égyptien, Hosni, Moubarack au Palais présidentiel le 28 janvier 2008.
Source :
Daylife.

Le fait que ce soit le directeur de la Cia, Leon Panetta, qui ait annoncé jeudi (10 février 2011) « la forte probabilité que Moubarak puisse s’en aller dès ce soir » indique que la décision a été prise à Washington avant le Caire.

Et la déclaration de ce même directeur de la Cia d’ « espérer en une transition ordonnée en Egypte » confirme que le feu vert a été donné pour le plan annoncé par le président Obama : la « transition ordonnée et pacifique » qui, mettant de côté le désormais insoutenable Moubarak emporté par la rébellion populaire, laisse intacts les piliers de la domination états-unienne sur le pays : et avant tout la structure portante des forces armées égyptiennes que les Etats-Unis ont financées, équipées et entraînées.

C’est donc le général Sami Anan, chef d’Etat-major, qui a annoncé place Tahir que ce seront les forces armées qui « sauvegarderont les requêtes du peuple et sa sécurité ». Celui-là même que le secrétaire de la défense, Robert Gates, avait convoqué au Pentagone au début de la crise et à qui il avait donné des instructions au jour le jour sur les mouvements que l’armée égyptienne devait accomplir. Cette armée que le président Obama avait félicitée pour son « patriotisme et professionnalisme », en la désignant comme garante de la « transition pacifique et ordonnée ». Cette armée qui, par l’intermédiaire du général Hassan al-Rouini, commandant de la place du Caire, a annoncé aux manifestants de place Tahir : « Toutes vos requêtes seront exaucées aujourd’hui ».

Le pouvoir passe au Conseil militaire suprême qui, réuni  sans le « commandant en chef » Moubarak, annonce « des mesures pour sauvegarder les conquêtes et les ambitions de notre grand peuple ».

En réalité, ce sont d’autres conquêtes et ambitions que l’armée égyptienne est appelée à sauvegarder : celles des Etats-Unis qui ont fourni à l’Egypte des aides militaires d’un montant de 60 milliards de dollars environ, selon des chiffres officiels, auxquels s’ajoutent d’autres financements, secrets ; qui ont fourni aux forces armées égyptiennes les armements les plus modernes, comme les chasseurs bombardiers F-16 et les chars M1A1 Abrams fabriqués en Egypte sur la base d’un accord de co-production, plus d’énormes quantités d’armes que le Pentagone a en excédent ou qui sont remplacées par d’autres de nouvelle génération ; qui ont entraîné des officiers et des soldats égyptiens, surtout dans les forces spéciales, en organisant l’opération « Bright Star », cette grande manœuvre biennale qui se déroule en Egypte avec la participation de 25mille militaires états-uniens.

On se souviendra aussi que, dans les commandements établis par le Pentagone à l’échelle mondiale, l’Egypte n’entre pas dans le Commandement Africa mais a été détachée du continent pour être annexée au Commandement Central (CentCom), dont la zone de responsabilité comprend le Moyen-Orient. L’Egypte, explique le CentCom, « joue un rôle clé dans l’exercice d’une influence stabilisante au Moyen-Orient », en particulier pour « affronter l’instabilité croissante à Gaza ». Le CentCom continue ainsi à opérer en contact étroit avec les forces égyptiennes pour « bloquer les envois illicites d’armes aux extrémistes de Gaza et pour empêcher que l’instabilité de Gaza ne se répande en Egypte et au-delà ».

Le gouvernement égyptien, en fait, « doit faire face à une menace extrémiste intérieure ». L’aide extérieure états-unienne, surtout militaire, est donc, « fondamentale pour renforcer le gouvernement égyptien ».

C’est cette armée, qui durant le régime Moubarak a été le vrai détenteur du pouvoir, qui l’exerce à présent ouvertement. Washington, qui pendant ces dernières années à élevé une nouvelle classe dirigeante égyptienne -en finançant des dizaines d’organisations non-gouvernementales formées de jeunes intellectuels et de professions libérales- entend en tous cas donner un visage « démocratique » à un pays où le pouvoir puisse continuer à prendre appui sur les forces armées et où, surtout, l’influence états-unienne puisse rester dominante.

Il manifesto, 11 février 2011
http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20110211/pagina/03/pezzo/296993/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe.



Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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