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Le Hamas et le Fatah – instrumentalisés par l’alliance de guerre américo-israélienne
Par Robert Dreyfuss
Mondialisation.ca, 05 juillet 2007
Horizons et débats 5 juillet 2007
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Le Hamas et le Fatah émanent tous deux des Frères musulmans, une création de l’Occident. Les Britanniques avaient construit les Frères musulmans dans leur empire et plus tard les USA et Israël ont toujours joué (et jouent jusqu’à aujourd’hui) cette carte pour combattre toute tentative séculière, sociale et aspirant au droit à l’autodétermination à l’intérieur de l’espace arabe. L’Américain Robert Dreyfuss montre ceci dans son ouvrage fondamental «Devil’s Game – how the United States helped unleash fundamentalist Islam».

Les racines du Hamas, un acronyme pour «Mouvement de résistance islamique» (p. 191), remontent selon Dreyfuss aux années trente. Les Frères musulmans, conduits par les Britanniques, rassemblaient des musulmans farouchement anticommunistes et hostiles à tout panarabisme.

Ces Frères musulmans proposèrent en 1957 dans un papier de position que des Frères palestiniens fondent une organisation spéciale, pour ainsi dire une organisation parallèle, à côté de la leur, laquelle ne montrerait pas de coloration ou de programme islamique visible et aurait un seul but déclaré: délivrer la Palestine. (p. 194) Les Frères fondèrent alors l’Union générale des étudiants palestiniens, dont quelques dirigeants se détournèrent bientôt de l’Islam et formèrent le noyau de la future OLP autour de Yasser Arafat. (p. 194)

Division du mouvement palestinien: Les Frères musulmans versus Fatah

Le mouvement palestinien était donc divisé. D’un côté il y avait les Nationalistes aspirant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui créèrent en 1958-59 le Fatah, mouvement national de libération. Et de l’autre côté les Islamiques, qui ­restèrent fidèles aux Frères musulmans et s’opposèrent explicitement au Fatah dès 1960. (p. 194)

A partir de 1965, le Fatah commença à lancer ses attaques de guérilla contre Israël et obtint grâce à sa politique d’autodétermination une énorme affluence. Les Frères musulmans perdirent alors des partisans et comptaient à peine 2000 membres en Cisjordanie et à Gaza avant la guerre des Six Jours de 1967. Alors qu’en Cisjordanie, le royaume de Jordanie tolérait les Frères mulsumans, ils étaient opprimés à Gaza par le président égyptien Nasser.

Après la guerre des Six Jours, Israël misa entièrement sur les Frères, libéra Ahmed Yassin de son incarcération par l’Egypte et le forma, lui et les Frères, comme fer de lance contre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) fondée en 1964, à l’intérieur de laquelle le Fatah formait la plus forte fraction (p. 195), et cela en Cisjordanie occupée maintenant par Israël et dans la bande de Gaza. La population palestinienne fut ainsi fortement islamisée: le nombre de mosquées crût sous le patronage israélien dans la bande de Gaza de 1967 jusqu’à 1987 de 200 à 600 et en Cisjordanie de 400 à 750. (p. 195)

En 1973, Yassin fonda alors le Centre islamique, prémisse du Hamas, sous les yeux vigilants et bienveillants du service de renseignements israélien de l’intérieur Shin Bet. (p. 196)

En 1978, le gouvernement de droite mené par Begin reconnut ladite organisation de Yassin devenue alors l’Association islamiste. Le fait qu’Israël soutenait expressément les Islamistes financièrement contre l’OLP, a été publié en 1987 par un ancien journaliste du «New York Times» aux USA. (p. 196) Bien que les USA per­cèrent le jeu des Israéliens, ils n’entreprirent rien à son encontre.

En 1987, Israël suivit la fondation du Hamas de près et avec indulgence. (p. 206) Ainsi, dans les années 80, les Frères musulmans combattirent avant tout l’OLP, pas Israël. (p. 207) Pour l’OLP dirigée par Arafat, il était clair que le Hamas était une création israélienne. (p. 209) Pendant la deuxième Intifada, Arafat se trouva alors entre Sharon et le Hamas comme entre marteau et enclume: les Islamistes commirent des attentats horribles, Sharon riposta contre l’OLP et rendit Arafat responsable des attentats du Hamas. (p. 211)

Bush et Sharon marginalisèrent alors Arafat, offrant ainsi au Hamas du champ pour son expansion. En 1996, selon des sondages, seulement 15% des Palestiniens étaient favorables au Hamas, en 2000 à peine plus: 17%. Mais en 2001 27% et en 2002 42%! (p. 211ss)

Lorsqu’en 2001, l’OLP et le Hamas s’accordèrent pour un arrêt des attentats, Sharon donna l’ordre d’assassiner un leader du Hamas. Dans le quotidien juif «Yediot Achronot», il est écrit de manière pertinente: celui qui donna l’ordre de tuer, était complètement conscient que cela détruirait le Gentlemen’s Agreement entre le Hamas et l’OLP. (p. 212)

Quand en 2004 Yassin fut victime d’un «targeted killing» (assassinat ciblé), l’affluence vers le Hamas s’amplifia. Et lorsque Sharon décida le retrait de la Bande de Gaza, l’OLP était après la mort d’Arafat si affaiblie que c’est vers le Hamas qu’affluèrent les opposants à Isrtaël. (p. 212) Dreyfuss conclut dans son étude instructive qu’ainsi, le Hamas était devenu, après avoir été une création israélienne et l’ennemi acharné de l’OLP, l’adversaire ­principal d’Israël en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. (p. 212) 

Echange de rôle entre le Hamas et le Fatah?

Ce n’est plus un secret que l’appareil de sécurité du Fatah palestinien est équipé et formé depuis des années par la CIA, les services de renseignements américains.

Le fait que les livraisons d’armes et la formation d’unités spéciales, c’est-à-dire les escadrons de la mort, par les USA n’ont pas cessé a fait la une de la presse mondiale. Mohammad Dahlan joue ici un rôle central. Il est apparemment une sorte de Ahmad Jalabi, (président du congrès national irakien mené par les USA et futur vice-premier ministre irakien), qui selon Arjan El Fassed (Electronic Intifada du 20 décembre 2006) avait négocié avec les USA et Israël la prise de contrôle sur Gaza après le retrait des Israéliens. Déjà en 2002, le ministre de la défense israélienne Benjamin Ben-Eliezer avait déclaré devant la Knesset qu’il avait offert à Dahlan le contrôle de Gaza. Une affaire qui apparemment s’est développée de manière imprévue si l’on sait qu’en 1994 déjà, Dahlan avait convenu à Rome avec du personnel de l’armée israélienne et du service des renseignements un accord pour l’enrayement du Hamas!

Source: Robert Dreyfuss. Devil’s Game – how the United States helped unleash fundamentalist Islam.New York 2005. ISBN 0-8050-8137-2

 

Traduction: Horizons et débats.

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