Le Marché des Massacres

Comment des armées privées sont devenues une industrie mondiale valant 120 milliards de dollars.

« Actuellement le commerce du mercenariat se développe avec son propre jargon d’affaires. Des fusils à louer, cela fait partie de la terminologie englobante des sociétés militaires privatisées, avec leur propre acronyme PMF (Privatised Military Firms). L’industrie elle-même, a fait tout son possible pour dissimuler le terme de « mercenaire » et la plupart des compagnies évitent le mot « militaire » et préfère celui de « sécurité ».

Le Marché des Massacres : Comment des Armées Privées sont devenues une Industrie Mondiale valant 120 Milliards de Dollars.

Au Nigeria des compagnies de commandos échangent des tirs avec des rebelles locaux attaquant une plate forme pétrolière. En Afghanistan des gardes du corps privés aident à déjouer une nième tentative d’assassinat du président Hamid Karzai. En Colombie, un pilote sous contrat est pris sous le feu des guérilleros tandis qu’il asperge de pesticides des champs de coca. Sur la frontière entre l’Irak et l’Iran, des hélicoptères privés Apache déposent des forces spéciales pour une opération clandestine.

Ceci est un aperçu d’une journée d’activité dans le monde en plein essor des sociétés militaires privées, sans doute l’industrie qui se développe le plus rapidement dans l’économie mondiale. Le secteur vaut actuellement jusqu’à 120 milliards de dollars par an avec des opérations dans au moins 50 pays, selon Peter Singer, un analyste dans le domaine de la sécurité à l’institut Brookings à Washington ;

« Le taux de développement dans l’industrie de la sécurité est phénoménal » dit Deborah Avant, professeur de sciences politiques à l’UCLA. La seule raison majeure pour ce boom c’est la guerre en Irak.

Les activités de cette industrie ont été placées sous le feu des projecteurs cette semaine avec la colère qu’a suscitée le massacre de civils irakiens par la société américaine Blackwater à Bagdad. Le gouvernement irakien a demandé que la compagnie basée en Caroline du Nord soit renvoyée. Mais Blackwater est responsable de la protection de centaines de hauts fonctionnaires US et irakiens, de l’ambassadeur US aux délégations du Congres en visite, et c’est certain, selon les milieux diplomatiques et militaires, que ce retrait n’aura pas lieu.

L’origine de ses armées de l’ombre remonte au début des années 90 et la fin de la guerre froide, explique Bob Ayers un expert dans le domaine de la sécurité à Chatham house à Londres explique : « au bon vieux temps de la Guerre Froide, il y avait deux superpuissances qui contrôlaient leurs zones respectives du monde. »

Il compare l’effondrement de l’Union Soviétique au fait d’ « enlever le couvercle d’une cocotte minute . Ce que nous avons vu depuis », dit-il, ic’est la montée de groupes dissidents internationaux, d’ultranationalistes et de multiples menaces à la sécurité mondiale. »

La nouvelle époque a aussi vu une réduction significative de la taille des armées d’état, en même temps qu’une augmentation de l’insécurité mondiale ce qui accroît à la fois l’expertise militaire disponible et la demande pour celle-ci. C’était une opportunité de bizness qui ne pouvait pas être ignorée.

Actuellement le commerce du mercenariat se développe avec son propre jargon d’affaires. Des fusils à louer, cela fait partie de la terminologie englobante des sociétés militaires privatisées, avec leur propre acronyme PMF (Privatised Military Firms). L’industrie elle-même, a fait tout son possible pour dissimuler le terme de « mercenaire » et la plupart des compagnies évitent le mot « militaire » et préfère celui de « sécurité ». « Le terme mercenaire n’est pas adéquat » dit Mr Ayers, qui argumente en disant qu’on devrait distinguer le personnel militaire utilisé dans des rôles défensifs, des soldats cherchant à faire fortune.

Il n’y a rien de nouveau en ce qui concerne les soldats à louer, les compagnies privées représentent seulement ce commerce sous une nouvelle forme. « Organisées comme des entités d’affaires et structurées comme des entreprises elles témoignent de la transformation du commerce du mercenariat en entreprise », selon Mr Singer, qui a été parmi les premiers à relever l’explosion mondiale de l’utilisation de sociétés d’armées privées.

De bien des façons cela reflète des tendances plus larges dans le monde de l’économie alors que les pays passent de l’industrie à celle de services et sous traitent des fonctions autrefois considérées comme de l’exclusivité de l’état. l’Irak est devenu une zone de test pour cette industrie en pleine expansion, créant des opportunités financières extraordinaires en même temps que des dilemmes moraux.

Aucun des 48 000 (au total c’est 160 000 mercenaires qui sont impliqués selon des chiffres accrédités soit plus que le nombre de soldats US ndlt) agents militaires privés n’a été reconnue coupable de crime et personne ne sait combien d’irakiens ont été tués par ces forces militaires privées, parce que les US ne tiennent pas de registre là-dessus.

Selon certaines estimations, plus de 800 employés militaires privés ont été tués dans la guerre jusqu’à maintenant, et au moins 3300 ont été blessés.

Ces chiffres sont plus importants que les pertes subies par une seule division de l’armée US et plus élevés que les pertes du reste de la coalition prise dans son ensemble.

Un commandant US de haut rang en Irak a dit : « ces types se déchaînent dans ce pays et font des choses stupides. Il n’y a aucune autorité qui les contrôle on ne peut pas les restreindre quand ils accroissent l’utilisation de la force. Ils tirent sur les gens. »

A Abu Ghraib, il a été rapporté que tous les traducteurs et jusqu’à la moitié des interrogateurs étaient des sous traitants privés.

Des soldats privés sont impliqués dans toutes les étapes de la guerre, de l’entraînement et jeux de guerre avant l’invasion au transport de ravitaillement. Le Camp Doha au Koweït d’où a été lancée l’invasion a été construit par des sous traitants privés.

Ce n’est pas que l’armée qui s’est tournée vers le secteur privé, les agences humanitaires dépendent des PMF dans presque toutes les zones de guerre de la Bosnie à la République Démocratique du Congo. Ce qui met en évidence un nouveau marché que le monde des affaires aimerait voir s’ouvrir : celui du maintien de la paix. Et le lobbying a déjà commencé. 

Article original en anglais, The Independant, 21 septembre 2007: .ece  

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org, 22 septembre 2007. 



Articles Par : Daniel Howden et Leonard Doyle

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