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Le Massachusetts élit un républicain
Par Patrick Martin
Mondialisation.ca, 29 janvier 2010
WSWS 29 janvier 2010
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/le-massachusetts-lit-un-r-publicain/17286

Le républicain Scott Brown a remporté mardi l’élection partielle américaine pour le siège de sénateur devenu vacant dans le Massachusetts après la mort d’Edward Kennedy qui l’avait occupé depuis 47 ans. La démocrate Martha Coakley l’a perdu peu avant 21 heures 30 après que 80 pour cent des bulletins dépouillés ont montré qu’elle traînait derrière avec 47 contre 52 pour cent. La défaite au Massachusetts est un coup dur pour le Parti démocrate et la conséquence d’une désillusion grandissante de la population face au gouvernement Obama. Brown a gagné 5 pour cent de points sur Coakley dans un Etat où Obama avait remporté l’élection présidentielle avec 26 points d’avance il y a tout juste un an.

Lors de l’élection de 2008, Obama avait obtenu 1.891.083 votes au Massachusetts contre 1.104.284 pour son adversaire républicain, John McCain. Il semblerait qu’une fois le décompte des voix terminé, Brown pourrait égaliser ou même dépasser le score total de McCain tandis que le score de Coakley représenterait une perte de 50 pour cent des voix par rapport à Obama il y a 14 mois.

Il faut dire que le Parti démocrate a rendu possible cette défaite qui est pleinement méritée. La politique droitière d’Obama quant au sauvetage des banques, la réforme pour réduire les coûts du système de couverture santé, la poursuite et l’extension des guerres du gouvernement Bush ont contrarié des millions qui l’avaient soutenu en 2008 et ont déçu les électeurs de base du Parti démocrate.

Des rapports ont signalé une participation faible des Afro-Américains ainsi que dans d’autres districts peuplés de minorités, à Boston, Springfield et d’autres villes, mais une participation relativement forte dans des banlieues habitées par une classe moyenne plus aisée, notamment dans les environs de Boston où Brown l’a emporté haut la main. Dans les sondages réalisés avant l’élection, Brown était donné gagnant parmi les travailleurs syndiqués en partie parce que le gouvernement Obama entend prélever un impôt sur les polices d’assurances maladie de haute qualité et subventionnées par le patronat.

Le gouvernement Obama et le Congrès dominé par les démocrates ont été indifférents à la détresse économique de la grande masse des travailleurs et des couches moyennes tout en distribuant des milliers de millions en argent du contribuable pour soutenir les banques en leur permettant de retrouver la profitabilité et de verser des bonus gargantuesques à leurs directeurs et leurs opérateurs en bourse.

Le taux de chômage au Massachusetts a dépassé les 9 pour cent l’été dernier et il demeure au-dessus de 8,5 pour cent, soit le double du niveau de 2007. Ce chiffre ne comprend pas les dizaines de milliers de travailleurs qui ne sont plus activement à la recherche d’un emploi ou qui ne travaillent plus qu’à mi-temps.

Il est difficile de dépasser le cynisme de la visite d’Obama dimanche au Massachusetts où il s’était rendu pour soutenir la campagne de Coakley lors d’un rallye à la Northeastern University de Boston et où il a dit qu’elle était se battait contre Wall Street et où il a dénoncé Brown comme « une voix de plus pour les banques. » Au regard du bilan gouvernemental de l’année dernière, Obama n’a aucune crédibilité en s’affichant comme un adversaire populiste des intérêts du grand capital et c’est ce qui s’est traduit mardi dans les urnes.

La défaite au Massachusetts est une débâcle à la fois pour Obama et le Parti démocrate en général. Le siège était détenu par un démocrate depuis 58 ans, depuis que John F. Kennedy l’avait remporté en 1952. Pas un seul républicain ne siège au Congrès du Massachusetts, les démocrates disposent d’une avance de 3 contre 1 en ce qui concerne les électeurs enregistrés et ils contrôlent les deux chambres au niveau de l’Etat tout comme le gouverneur.

Dans le même temps, la victoire des républicains est un avertissement à la classe ouvrière. Dans le cadre du système américain bipartite dans lequel les deux partis traditionnels sont contrôlés par le patronat et servent leurs intérêts, l’hostilité croissante à l’égard d’Obama et des démocrates est exploitée par le Parti républicain dans le but de poursuivre son propre programme.

Brown avait placé au centre de sa campagne la promesse d’être la « 41e voix » contre le projet de réforme de la santé d’Obama, car 41 voix sont nécessaires pour pouvoir engager une obstruction parlementaire et bloquer une loi. Il a été en mesure d’exploiter l’opposition à la fois de droite comme de gauche contre la politique de santé d’Obama, en appelant à la fois à la base ultra-droite du Parti républicain qui considère comme socialisme tout rôle joué par le gouvernement dans le système de santé et à la défiance justifiée de la population laborieuse et des personnes âgées qui voient que les projets d’Obama créent les conditions pour des réductions majeures aussi bien dans le système de santé financé par les employeurs que dans le programme fédéral d’assurance Medicare (pour personnes âgées ou invalides).

Durant les derniers jours de l’élection partielle, les sondages avaient donné une nette avance à Brown et la valeur des actions des compagnies d’assurances et des groupes pharmaceutiques avait grimpé en flèche en montrant que Wall Street compte sur le fait que la perte de la majorité des 60 voix des démocrates au Sénat facilitera l’adoption d’une loi encore plus favorable aux intérêts des grandes entreprises.

L’inévitable résultat politique du vote au Massachusetts sera un plus grand virage à droite d’Obama, du Parti démocrate et de la politique bourgeoise en général. Les médias qui sont sous contrôle des groupes industriels ont déjà tiré la conclusion que l’élection partielle a montré qu’Obama a été trop à gauche et doit « modérer » son soi-disant libéralisme dépensier.

Le Wall Street Journal a publié mardi un éditorial disant : « Comme à chaque fois au cours de ces 40 dernières années lorsqu’ils contrôlaient Washington, les démocrates ont prouvé une fois de plus que l’Amérique ne pouvait pas être gouvernée avec succès de la gauche. Si telle est la leçon que M. Obama tirera des élections aux Massachusetts, alors il pourra peut-être encore sauver son mandat présidentiel. »

Le Journal a sans aucun doute raison de dire qu’Obama tirera la leçon des élections aux Massachusetts en accentuant un virage vers la droite. Mais les rédacteurs ont tout à fait tort de croire que, deux ans après le plus grand effondrement économique depuis les années 1930 et qui a été déclenché par la manie spéculative de Wall Street, la population américaine est en train de se déplacer vers la droite.

Le Parti républicain a profité au Massachusetts d’une désillusion grandissante de la population et d’une opposition croissante au gouvernement d’Obama et il espère pouvoir faire de même lors des élections au Congrès américain en fin d’année. Mais les dizaines de millions de travailleurs qui risquent de perdre leur emploi, leur maison et leurs revenus et qui sont confrontés à la destruction de l’avenir de leurs enfants, ne sont pas disposés à suivre les panacées de « libre marché » de l’ultra-droite.

Les travailleurs et les jeunes doivent concentrer leurs efforts à la construction d’un mouvement politique de masse, indépendant, pour s’opposer à l’ensemble de l’establishment politique et à l’aristocratie financière capitaliste.

Article original, WSWS, paru le 20 janvier 2010.

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