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Le Nord, la gare et le ticket du Congolais
Par Fatima CdesC
Mondialisation.ca, 11 avril 2007
Convergence des causes 30 mars 2007
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/le-nord-la-gare-et-le-ticket-du-congolais/5344

Estimate of territory held by factions in June 2003
source de la carte: Wikipédia

1 milliard de dollars de revenus pétroliers se sont évaporés entre 2003 et 2005 privant de ressources le Trésor public du Congo- Brazzaville. La preuve en a été donnée par des fonds de pension « vautour » étasuniens qui avaient racheté sur le marché secondaire auprès de banques, BNP Parisbas, Société générale, Banco di Brazil, des créances jugées irrécouvrables de la République du Congo à très vil prix. Depuis 1985 le Congo ne remboursait pas ses dettes et avec les arriérés, celles-ci atteignaient 9,2 milliards en 2005.

Avec la flambée des cours du pétrole, en raison de l’invasion de l’Irak et de la tension artificielle maintenue sur le cours, soudain le Congo est redevenu solvable.

Eliott International, FG Hemisphere, AF CAP et Walker ayant acquis pour une fraction seulement de leur valeur faciale de vieilles dettes congolaises vont faire reconnaître la validité des créances détenues, obtenir un titre exécutoire et effectuer des saisies.

BNP et Parisbas vont trouver alors les parades pour éviter les saisies à l’État congolais ami filleul. Parisbas préfinancera les ventes du pétrole congolais. La banque avance une partie du prix d’une cargaison. Une fois le pétrole livré à l’acheteur final, la société qui a assuré la livraison reverse à la banque le produit de la vente moins sa commission. BNP Paribas se rembourse des frais et commissions liés au préfinancement, de la couverture liée aux fluctuations du cours du pétrole, des intérêts et du principal préfinancement, enfin le solde est reversé sur un compte désigné par la Société Nationale du Pétrole Congolais.

Le montant du préfinancement est toujours inférieur à la valeur des cargaisons, une partie du solde est alors facilement détournée sur différents comptes personnels.

Le deuxième principal mécanisme du détournement de la rente pétrolière consiste à vendre le pétrole congolais très en dessous de sa valeur à des sociétés contrôlées par des proches du président Denis Sassou Nguesso ami de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. Ces transactions qui constituent une véritable rapine du patrimoine du peuple congolais est assurée par une chaîne de transactions contrôlée par la BNP Parisbas.

Par exemple en juin 2004, une cargaison vendue à Trafigura société de trading néerlandaise impliquée dans le trafic des dessous de table « pétrole contre nourriture » irakiens a été payée 5,94 dollars le baril, bien en dessous de son prix fiscal établi à cette époque à 29,706 dollars. Le Congo Brazzaville a connu trois guerres civiles. La première en 1993 au cours de laquelle se sont formées les milices ethniques (Cobras, Cocoyes et Ninjas). La seconde en 1997 a opposé les prétendants à la Présidence Denis Sassou Nguesso et Patrice Lissouba. La guerre des milices a fait alors plusieurs milliers de morts. En 1998, le nouveau pouvoir qui avait été épaulé par les forces angolaises de José Eduardo Dos Santos se livre à une véritable épuration ethnique dans le Sud du pays. Toutes ces guerres nécessitent des armes, livrées par la France. La vente du pétrole et celle des armes ont un point au moins en commun, le nombre élevé d’intermédiaires et l’opacité totale des transactions. Un procès va s’ouvrir en 2008 où Pasqua et le fils du président Mitterrand seront à la place des accusés dans des ventes d’armes illégales à l’Angola donnant un faible indice de la prédation de l’ancien empire colonial sur l’Afrique.

Les échauffourées de la Gare du Nord ce lundi 26 mars démontrent avec une particulière intensité la transformation des forces de Sécurité en France en milices quasi-privatisées lors de l’exercice de la fonction de ministre de l’Intérieur par le prétendant à la Présidence Nicolas Sarkozy. Ce dernier mandat de Jacques Chirac n’aura été que le théâtre de la mise en ordre de la campagne Sarkozy. Sarkozy, l’homme des néoconservateurs étasuniens a mis en branle une dynamique qui a mobilisé des faux penseurs zélotes néolibéraux décadentistes ou déclinistes qui n’ont cessé de déprécier le rang de la France dans le monde, des faux théoriciens de l’identité nationale française.

Il prétend à la rupture mais entend continuer la marche forcée dans le laisser faire, le marché et la globalisation. Il revendique un retour impossible à une France anté-médiévale en puisant dans l’inquiétude légitime des citoyens privés de repères en raison même de la suprématie du Marché. Ces cinq années à la tête du ministère de la répression ont été mises à profit pour faire muer une force au service la République et de ses citoyens en machine à usurper le pouvoir, à estomper les frontières en principe étanches entre Justice, magistrats et forces de police, à refonder un Code Pénal qui ne va plus juger des individus mais des délits.

Les Congolais se retrouvent à Paris sans papiers et sans ticket chassés de leur pays par l’ordre impérial et ses prédations, vérité impossible à occulter. Tant que le Centre pillera la périphérie, les populations affamées déferleront et un jour demanderont que justice soit faite.

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