Le « Petro » vénézuélien – Vers une nouvelle monnaie de réserve mondiale?

Chavez en avait rêvé, Maduro l’a fait. Dans la première moitié des années 2000, Hugo Chavez avait fait émettre des bons vénézuéliens basés, non pas sur des garanties de la Banque Centrale du pays qui subissait déjà des assauts destructeurs de la part du monde de la finance anglo-américain, mais sur les immenses réserves de pétrole du Venezuela. L’histoire nous montre que les forces hostiles avaient gagné la manche car les bons vénézuéliens ont vite fait long feu. Aujourd’hui, Nicolas Maduro remet ça pour une seconde manche, avec cette fois des moyens technologiques dont le contrôle échappe aux suspects habituels, la Fed, Wall Street et la City de Londres, entre autres. Ce n’est pas encore gagné, mais Maduro a cette fois plus de chances de réussir, et peut-être, espérons-le, d’être suivi. Souhaitons-lui bonne chance.  RI  


Alors que cet article est en cours de publication, Globovision TV cite le président vénézuélien Nicolas Maduro annonçant le lancement d’une nouvelle crypto-monnaie, le « Petro Oro ». Il sera soutenu par des métaux précieux. Le lancement de la nouvelle crypto-monnaie est prévu pour la semaine prochaine. Aucun détail sur les quantités mises en vente n’est disponible à ce stade.

« Je ne veux pas précipiter les choses, mais nous avons une surprise à propos du pétro et de l’or, qui aura la même dimension que celle du pétrole, mais c’est le thème de la semaine prochaine », a déclaré le président. Le premier appel public à l’épargne, la «prévente» de 38,4 millions de Petro le 20 février dernier, a permis d’obtenir un équivalent de 735 millions de dollars, ce qui est considéré comme un grand succès.

—-

Imaginez une monnaie internationale soutenue par l’énergie? Par une matière première dont le monde entier a besoin, pas l’or – qui n’a pratiquement aucun usage productif, mais dont la valeur est essentiellement spéculative -, pas du vent non plus comme le dollar américain. Il ne s’agit pas de monnaie fiduciaire comme le dollar américain et l’euro en grande partie fabriqués par des banques privées sans aucune substance économique et qui sont coercitives. Mais une monnaie basée sur la source même de la production économique – l’énergie.

Le 20 février 2018, le Venezuela a lancé le «Petro» (PTR), une crypto-monnaie fabriquée et contrôlée par le gouvernement, basée sur les énormes réserves pétrolières du Venezuela d’environ 301 milliards de barils de pétrole. La valeur du Petro fluctuera avec le prix du pétrole sur le marché, actuellement autour de 61 $ US le baril de pétrole brut. Le Petro a été essentiellement créé pour éviter et contourner les sanctions illégales américaines, les blocages du dollar, les confiscations de biens à l’étranger et échapper aux manipulations illégales à partir de la Floride de la monnaie locale de la République bolivarienne, le Bolívar, par le biais des dollars du marché noir inondant le Venezuela; et, surtout, pour faire du commerce international dans une monnaie non liée au dollar américain. Le Petro est une monnaie blockchain largement contrôlée par le gouvernement, totalement hors de portée de la Réserve fédérale américaine (FED) et de Wall Street – et elle est basée sur la valeur de l’énergie clé du monde, les hydrocarbures, dont le Venezuela a les plus grandes réserves prouvées du globe.

Dans un premier lot, le Venezuela a émis 100 millions de Petros, soutenus par 5342 milliards de barils de pétrole brut des champs pétrolifères d’Ayacucho de l’Orénoque; seulement 5% du total des réserves vénézuéliennes prouvées. Sur les 100 millions, 82,4% seront proposés au marché en deux étapes, une première prévente privée de 38,4% des «jetons» non-minables, suivie d’une offre publique de 44% de la crypto monnaie. Les 17,6 millions restants sont réservés au gouvernement, à savoir l’Autorité vénézuélienne pour la crypto monnaie et les activités connexes, SUPCACVEN.

Lors du lancement de la monnaie, le 20 février 2018, le vice-président Tareck El Aissami a déclaré: «Aujourd’hui, le Petro est né et nous allons lancer officiellement la première prévente du Petro vénézuélien. Le Venezuela s’est placé à l’avant-garde de l’avenir. Aujourd’hui est un jour historique. Le Venezuela est la première nation à lancer une crypto monnaie, entièrement soutenue par ses réserves et ses richesses naturelles. » Le président Maduro a affirmé plus tard que son pays avait déjà conclu des contrats avec d’importants partenaires commerciaux et les principales devises blockchain du monde.

Pouvez-vous imaginer ce que cela signifie? – Il établit un nouveau paradigme pour le commerce international, pour des systèmes de paiement sécurisés qui ne peuvent être altérés par la FED, Wall Street, SWIFT, les tribunaux de New York et d’autres marionnettes de Washington, comme la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne non élue (CE) et d’autres institutions bruxelloises associées à l’UE. Il permettra le développement économique en dehors des «sanctions» illégales. Le Petro est une lumière brillante pour la nouvelle liberté retrouvée d’une oppression du dollar hégémonique.

Ce qui est valable pour le Venezuela peut être valable pour d’autres pays désireux de se détacher du système financier tyrannique d’Anglo-Zion. – Imaginez, d’autres pays suivant l’exemple du Venezuela, d’autres producteurs d’énergie, dont beaucoup, sinon la plupart d’entre eux seraient heureux de sortir de sous la botte Yankee, qui inonde le monde de dollars de sang grâce aux guerres et aux conflits incalculables qu’ils financent – et des millions d’innocents qu’ils aident à tuer.

Les rumeurs disent que, dans un effort de dernier recours pour sauver le dollar chancelant, la FED pourrait ordonner au FMI de revenir à une sorte d’étalon-or, de l’or taché de sang. Sur les 2 300 à 3 400 tonnes d’or extraits chaque année dans le monde, on estime qu’environ un quart à un tiers est illégalement produit, c’est-à-dire de l’or dit « de sang », extrait dans les conditions les plus horribles de violence, de meurtre, de vie opaque (et de mort) de type mafia, le travail des enfants, l’esclavage sexuel des femmes, dont beaucoup sont mineures, l’empoisonnement abject des êtres humains par les métaux lourds, le mercure, la cyanite, l’arsenic et autres, la contamination des voies d’eau de surface et souterraines, la vaste déforestation illégale des forêts tropicales – et plus encore. C’est l’héritage de l’or, le MSM, bien sûr, n’en parle pas.

C’est sur cela que l’Occident a fondé son système monétaire jusqu’en 1971, quand Nixon a décidé de remplacer l’or par le dollar fiat qui est alors devenu de facto la principale monnaie de réserve du monde, bien qu’il ait diminué rapidement au cours des vingt dernières années. En désespoir de cause, Washington pourrait vouloir appliquer une autre norme internationale fondée sur l’or pour sauver le dollar en déclin. Bien sûr, une norme conçue pour favoriser les États-Unis, le reste du monde occidental et en développement étant destiné à absorber la dette astronomique des États-Unis.

Étant donné que la plus grande société minière aurifère du monde et les réseaux mafieux illégaux de prospection d’or travaillent main dans la main, l’or passé en contrebande se fraie un chemin complexe dans le dominium de commerçants louches, dont beaucoup traitent également de ce qu’on appelle l’or blanc (poudre de drogue), lavant simultanément l’or et l’argent de la drogue, confondant et obscurcissant ainsi les origines de l’un ou l’autre. Éventuellement, cet or illégal est acheté par les grandes sociétés minières ou de raffinage d’or mélangé avec de l’or « légal », de sorte que la partie illégale n’est plus traçable.

Par conséquent, chaque once d’or qui soutiendrait notre argent qui assure les achats de nos moyens de subsistance serait entaché de sang, d’abus et de mort d’enfants, de femmes et d’hommes assassinés et asservis, de voies d’eau empoisonnées et dans un environnement contaminé. Mais le monde ne l’accepterait pas. Il ne l’accepterait plus. Il existe des actifs physiques plus sains et plus transparents pour soutenir les devises internationales, à savoir le Petro, soutenu par l’énergie. Bien qu’il ne soit pas exempt de dommages socio-environnementaux, l’énergie pétrolière peut progressivement se convertir en sources d’énergie alternatives, comme l’énergie solaire, éolienne et aquatique ou une combinaison de toutes ces sources.

Ce que le monde doit viser, c’est un système monétaire basé sur la production économique de chaque nation ou groupe de nations ou sociétés. Aujourd’hui, c’est l’inverse: c’est l’argent fiduciaire, conçu par les maîtres financiers anglo-sionistes, qui définit les économies. Ainsi, les économies de notre monde occidental sont susceptibles d’être manipulées par les dirigeants et leurs institutions – FED, FMI, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce (OMC) – qui soutiennent les règles monétaires basées sur la dette et les intérêts – elles sont délibérément manipulées dans des mouvements de hausse et de baisse. À chaque crise, il y a plus de capital transféré du bas vers le haut, des pauvres vers une élite de plus en plus petite. Le Petro basé sur l’énergie est un premier pas pour se débarrasser de cette imposture.

Imaginez que le Petro devienne la nouvelle monnaie de l’OPEP! Le monde aurait besoin de Petros, car il avait besoin de dollars américains pour acheter de l’énergie à base d’hydrocarbures. Mais les Petros sont sécurisés par le blockchain, moins vulnérables à la manipulation. Ils ne sont pas coercitifs, ils ne sont pas faits pour faire chanter les pays «réticents» à la soumission; ce ne sont pas des outils pour la violence. Ce sont des instruments de production et de commerce équitables. Ce sont aussi des instruments de protection contre les abus de l’argent fiduciaire.

Source: TeleSUR / http://geab.eu/fr/top-10-countries-with-the-worlds-biggest-oil-reserves/

Les dix plus gros détenteurs de réserves d’hydrocarbures au monde ont une base de capital de 1,4 trillion de barils de pétrole brut. Pas mal pour démarrer une crypto-monnaie mondiale, basée sur l’énergie, contrôlée par l’énergie et par tous ceux qui utiliseront l’énergie – qui pourrait devenir une monnaie de réserve mondiale, au même titre que l’économie chinoise – et le Yuan, mais beaucoup plus sûre que les monnaies fiduciaires du dollar américain, de l’euro, de la livre sterling et du yen japonais.

Nous parlons d’un changement de paradigme sismique. Son potentiel est insondable. L’abandon de l’hégémonie du dollar américain pourrait entraîner une implosion de la structure monétaire occidentale telle que nous la connaissons. Cela peut arrêter l’empire des prédateurs des États-Unis, en décimant simplement son économie de fraude, fondée sur la puissance militaire, l’exploitation et la colonisation du monde, sur le racisme et sur une machine à tuer sans scrupules. Le Petro, une crypto-monnaie sécurisée basée sur l’énergie dont tout le monde a besoin, pourrait devenir le précurseur d’un système international de paiement et d’échange vers une approche plus équilibrée et équitable du développement socio-économique mondial.

Peter Koenig

 

Article original en anglais :

The Venezuelan “Petro” – Towards a New World Reserve Currency? Publié le 23 février 2018

Traduction : AvicRéseau International



Articles Par : Peter Koenig

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]