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Le plan Irak
Par Manlio Dinucci
Mondialisation.ca, 20 novembre 2008
Il manifesto 20 novembre 2008
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/le-plan-irak/11073

Le « pacte de sécurité avec les Etats-Unis », approuvé par le gouvernement irakien, a été défini par la Maison Blanche comme « un pas important et positif » : il autorise les forces USA à rester en Irak trois années de plus après 2008. Après 2011, a précisé le porte-parole irakien « il appartiendra au gouvernement de conclure un autre accord ». En même temps, le président élu B. Obama a déclaré dans une interview à CBS News que, dès son investiture, il « commencera à mettre opérer un plan de réduction des troupes en Irak, à la lumière, en particulier, des problèmes que nous avons en Afghanistan, où la situation continue à empirer ». Obama confirme ainsi son programme. « Il est temps de tourner la page », a-t-il déclaré dans le discours prononcé à Washington le 1er août 2007 : « quand je serai  président, je mènerai la guerre qui doit être gagnée, avec une stratégie générale : sortir d’Irak et passer au juste champ de bataille en Afghanistan et au Pakistan ; développer les capacités et le partenariat dont nous avons besoin pour détruire les terroristes ».

Le problème, que l’administration Bush passe à celle d’Obama, est « comment sortir d’Irak », où les USA se sont embourbés en dépensant jusqu’à présent pour la guerre environ 700 milliards de dollars au rythme de plus de 10 mois (plus de dix milliards de dollars par mois, vous avez bien lu, NdT). C’est là qu’entre en jeu le futur vice-président, Joe Biden, l’influent sénateur démocrate qui a cependant jusqu’à présent gardé profil bas. Le 26 septembre 2007, il a fait passer au Sénat, avec un vote bipartisan (47 démocrates et 26 républicains), un amendement en faveur  d’ « une solution politique en Irak fondée sur le fédéralisme ». Cela prévoit « le décentrement de l’Irak en trois régions semi-autonomes : chiite, kurde et sunnite » avec un « gouvernement central limité, à Bagdad ». Le plan, auquel l’administration Bush  s’est opposée, a suscité en Irak un fort contentieux, car la majeure partie des réserves pétrolifères se trouve dans les régions chiite et kurde.

 
Cette carte montre les principaux champs pétrolifères en Irak.

L’administration Obama va-t-elle suivre la voie ouverte par l’amendement Biden ? Un pays avec un « gouvernement central limité », pratiquement démembré en trois « régions semi-autonomes », permettrait aux Etats-Unis de maintenir cette zone stratégique sous son contrôle, en passant des accords avec des groupes de pouvoir locaux et en en exploitant les rivalités.  Cela leur permettrait aussi de stipuler des accords séparés pour maintenir une présence militaire, directe ou indirecte, dans les zones clés, surtout celles pétrolifères. Les compagnies  sont déjà en train de s’accaparer de lucratifs contrats par des accords, plus qu’avec le gouvernement central, avec des groupes de pouvoir régionaux : Shell a conclu, le 22 septembre, un accord de joint-venture qui devrait exploiter le gaz produit par l’extraction pétrolifère de Bassora. Tout cela devrait fonctionner, sur le papier. La désastreuse expérience  de l’administration Bush a pourtant démontré que les soucis ont justement commencé quand le président avait annoncé, triomphalement, en 2003, « mission accomplie ».

Ce qui vient ensuite compliquer le cadre est le fait que l’administration Bush, bien qu’ayant ses jours comptés, ne reste pas les bras croisés. Au Barhein, siège du commandement central des forces navales Us et de la Cinquième flotte, est arrivé dans la zone de la Sixième flotte, (basée à Gaeta) le navire d’assaut amphibie Iwo Jima, qui conduit un groupe expéditionnaire d’attaque de sept unités, ayant à bord 6.000 marines et marins. Une des unités de débarquement du groupe Iwo Jima, le Carter Hall, en mission dans le Golfe arabique, joue le rôle de « base d’entraînement flottante » de marines et de marins irakiens, pour qu’un jour «  ils assument éventuellement la tâche, aujourd’hui accomplie par la coalition, de protéger les infrastructures maritimes ».  Quant à l’Afghanistan, c’est par contre le porte-avions Theodore Roosevelt qui s’en occupe, accompagné de quatre navires de guerre, déployés dans le Golfe d’Oman : c’est de là que les avions bombardent l’Afghanistan pour appuyer les forces de la coalition. Ils interviennent ainsi sur le « juste champ de bataille ».

 

Edition de mardi 18 novembre 2008 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/18-Novembre-2008/art45.html

Traduit de l’itlalien par Marie-Ange Patrizio.

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