Le président somalien a dénoncé le soutien américain aux clans et l’alimentation de la guerre

Cela faisait près de dix ans que Mogadiscio n’avait pas connu pareilles violences. Depuis dimanche, des clans réunis au sein de l’« Alliance pour le rétablissement de la paix et contre le terrorisme » (ARPCT) s’opposent à l’« Union des tribunaux islamiques », qui regroupe plusieurs milices islamistes. Depuis le début des hostilités, qui auraient éclaté après la tentative d’assassinat d’un chef de l’ARPCT, près de 80 morts ont été comptabilisés par la Croix Rouge internationale, essentiellement dans la population civile.

François Lonseny Fall, le représentant spécial pour la Somalie du secrétaire général des Nations Unies, a dénoncé mercredi l’« utilisation systématique de mitrailleuses, mortiers et lance grenades dans les zones urbaines » et appelé les « deux parties [à] faire preuve de retenue et [à] considérer les dégâts qu’ils infligent à la population ». Des affrontements entre les deux groupes avaient déjà fait près de 70 morts en mars 2006. Malmenée les premiers jours, l’« Union des tribunaux islamiques », qui contrôle le nord de la ville, aurait regagné du terrain mercredi et pris possession de quartiers autrefois sous l’autorité de l’ARPCT, selon des experts de l’Onu.

Les forces américaines alimentent la guerre civile

Vendredi dernier, le Président somalien, Abdelahi Yusuf Ahmed, a dénoncé, par la voix de son porte-parole, le soutien américain apporté à l’ARPCT. « Les chefs de guerre, avec le soutien américain, ont causé tant de morts de civils innocents depuis les récents affrontements à Mogadiscio… », s’est plaint Abdirahman Dinari. « Or, les Américains devraient dire aux chefs de guerre – parfois en même temps députés – qu’ils doivent soutenir et coopérer avec le gouvernement (…). Nous sommes le gouvernement légitime », a poursuivi le porte-parole.

« Le terrorisme qui prend racine dans la Corne de l’Afrique est une réelle préoccupation pour nous. Nous ne voulons pas voir un autre paradis des terroristes s’y créer », a répondu Sean McCormack, le porte-parole du Département d’Etat américain, précisant qu’il n’était pas certain d’avoir compris la sortie du Président somalien. Lui-même soutenu par l’Ethiopie et les Etats-Unis, Abdelahi Yusuf Ahmed est la première haute autorité à officiellement dénoncer l’assistance américaine aux chefs de guerre. Il a été élu président le 10 octobre 2004 par les députés siégeant à Nairobi, au Kenya, le parlement de transition ayant été inauguré en août de la même année.

Chasse à Al Qaeda

Abdelahi Yusuf a lui-même combattu des groupes islamiques, parmi lesquels Al Ittihad al Islamiya, dans le Puntland, au nord de la Somalie, une région dont il a été le Président et où il a contribué à ramener un semblant de paix. « Quand il était Président du Puntland, je me souviens m’être fait arrêter par les services de sécurité et emmené dans une baraque où le drapeau américain s’étalait sur tout le mur », se souvient [Philippe Buffon], grand reporter qui a réalisé depuis 2001 de nombreux reportages sur la Somalie.

Les Etats-Unis ont renforcé leur présence dans la Corne de l’Afrique après les attentats du 11 septembre 2001 et entretiennent, depuis septembre 2002, une base d’environ mille hommes à Djibouti. En mai 2005, c’est à partir de l’un de leurs navires de guerre, qui croisent dans le Golfe d’Aden, qu’ils ont lancé des opérations dans le Puntland et l’état non reconnu du Somaliland pour y dénicher Fazul Abdullah Mohamed, l’un des présumés terroristes les plus recherchés au monde. Le Comoro-kenyan est soupçonné d’avoir été l’un des planificateurs des attentats du 7 août 1998, contre l’ambassade américaine de Nairobi, ainsi que des attaques contre un hôtel de Mombasa, où résidaient de nombreux touristes israéliens, le 28 novembre 2002.



Articles Par : Saïd Aït-Hatrit

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