Le rush de Bush pour l’Armageddon

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George W. Bush s’est débarrassé des militaires de haut rang et des responsables du renseignement qui faisaient obstacle à une guerre plus vaste au Moyen-Orient, élargissant ainsi ses options pour l’escalade du conflit en Irak et la préparation du combat en Iran et en Syrie, avec l’aide d’Israël. 

Le 4 janvier, Bush évinçait les deux principaux commandants du Moyen-Orient, les généraux John Abizaid et George Casey, qui s’étaient opposés à l’escalade militaire en Irak, et obtenait également la démission de John Negroponte, le directeur du renseignement national, qui défendait les évaluations des services de renseignement minimisant la menace à court terme du programme nucléaire iranien. 

La plupart des observateurs à Washington ont traité le remaniement de Bush soit comme un acte de  routine, soit comme la manifestation de son désir qu’une nouvelle équipe prenne en main sa « montée » de troupes US planifiée pour l’Irak. Mais des sources du renseignement affirment que les changements de personnel seraient également adaptés à un scénario d’attaque des installations nucléaires de l’Iran et également à celui d’un brutal changement de régime en Syrie. 

Bush a nommé l’amiral William Fallon nouveau chef du Centre de Commandement au Moyen-Orient en dépit du fait que Fallon, ancien pilote de combat de la Navy et actuellement chef du Commandement du Pacifique, surveillera deux guerres sur le terrain, en Irak et en Afghanistan. 

Le choix de Fallon semble plus logique si Bush prévoit un plus grand rôle pour les deux groupes de porte-avions, maintenant à deux doigts du littoral iranien, tel que le soutien de possibles attaques aériennes israéliennes contre les cibles nucléaires en Iran ou comme force de dissuasion contre toute riposte manifeste iranienne. 

Bien qu’il ne soit pas considéré comme un expert du Moyen-Orient, Fallon s’est intégré dans les cercles néoconservateurs, par exemple en étant présent à une cérémonie honorifique en 2001 à l’Institut Juif pour des Affaires de Sécurité Nationale (Jewish Institute for National Security Affairs), un groupe d’experts qui se consacre à l’explication du « lien entre la politique de défense US et la sécurité d’Israël. »  

Le changement de personnel de Bush survient alors qu’Israël est soupçonné d’accélérer sa préparation d’attaques aériennes – qui incluraient peut-être l’utilisation de bombes nucléaires tactiques – afin de détruire les installations nucléaires de l’Iran, comme le réacteur d’Anton, au sud de Téhéran, qui produit de l’uranium enrichi. 

Le Sunday Times de Londres daté du 7 janvier rapporte que deux escadrons aériens israéliens s’entraînaient pour la mission et que « si les choses marchent selon les plans, un pilote lancera d’abord une bombe conventionnelle à guidage laser pour excaver un puits vertical à travers les couches de béton durci (à Natanz). D’autres pilotes seront ensuite prêts à laisser tomber des charges nucléaires à bas rendement d’une kilotonne dans le trou. » 

Le Sunday Times a écrit qu’Israël frapperait aussi deux autres installations — à Isphahan et à Arak — avec des bombes conventionnelles. Mais l’utilisation d’une bombe nucléaire à Natanz représenterait la première attaque nucléaire depuis que les USA ont détruit les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki à la fin de la deuxième guerre mondiale, il y a six décennies. 

Tandis que quelques observateurs croient qu’Israël pourrait laisser transpirer les détails de ses plans pour effrayer l’Iran afin qu’il accepte les contrôles internationaux sur son programme nucléaire, d’autres sources signalent qu’Israël et l’administration Bush se préparent sérieusement à une guerre plus large au Moyen-Orient. 

Ehoud Olmert, le premier ministre israélien, a qualifié la possibilité de la bombe nucléaire iranienne de « menace existentielle » pour Israël. 

Après la parution de l’article du Sunday Times, un porte-parole du gouvernement israélien a nié qu’Israël avait élaboré des plans secrets pour bombarder les installations nucléaires iraniennes. Pour sa part, l’Iran prétend vouloir seulement un programme nucléaire pour produire de l’énergie. 

L’hérésie de Negroponte

Quelle que soit l’intention de l’Iran, Negroponte a affirmé que les renseignements US ne croyaient pas que l’Iran puisse produire une arme nucléaire avant la décennie prochaine. 

L’estimation de Negroponte en avril 2006 a rendu furieux les néoconservateurs intransigeants qui voulaient un scénario catastrophe sur les capacités nucléaires de l’Iran, exactement comme ils ont exercé une pression pour une vue alarmiste sur les armes de destruction massive (ADM) de l’Irak avant l’invasion US en 2003. 

À la différence de George Tenet, l’ancien directeur de la CIA, qui s’est plié aux besoins politiques de Bush sur l’Irak, Negroponte a adopté la position des analystes du renseignement qui n’évoquaient que des progrès limités de l’Iran dans le raffinage de l’uranium. 

« Notre estimation est que la perspective d’une arme iranienne est encore éloignée d’un certain nombre d’années, sans doute dans la décennie suivante, » a dit Negroponte lors d’une entrevue avec NBC News. Exprimant une vue modérée similaire dans un discours au Club de la Presse Nationale, Negroponte déclarait « Je pense qu’il est important de garder cette question à l’esprit. » 

Quelques néoconservateurs se sont plaints que Negroponte trahissait le président. 

Frank J. Gaffney Jr, principal personnage néoconservateur du Projet pour le Nouveau Siècle US, a réclamé le limogeage de Negroponte à cause de ses déclarations sur l’Iran et de ses « décisions personnelles insondables » dans son choix d’experts du renseignement, qui étaient sceptiques au sujet des affirmations de Bush sur les ADM irakiennes. 

Dans un article du Washington Times sur le révérend Sun Myung Moon, Gaffney a accusé Negroponte de donner d’importants travaux analytiques à Thomas Fingar, qui avait servi de Secrétaire d’État auxiliaire pour le renseignement et la recherche, et à Kenneth Brill, qui était ambassadeur US à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Ces deux personnes ont discrédité certaines déclarations des USA et de la Grande-Bretagne au sujet de la recherche irakienne de minerai d’uranium en Afrique. 

Le bureau de renseignement et de recherche de Fingar avait mené la dissidence contre l’affaire des ADM irakiennes, particulièrement sur ce qui s’est avéré être de fausses déclarations de Bush, selon lesquelles l’Irak développait une bombe nucléaire. 

« Étant donné ce contexte historique, est-il étonnant que MM. Negroponte, Fingar et Brill… nous aient donné le spectacle de déclarations ridicules, affirmant que le régime iranien était à des années d’avoir des armes nucléaires ? » a écrit Gaffney, un officier supérieur du Pentagone durant l’administration Reagan. 

Gaffney accuse aussi Negroponte de donner des promotions aux « responsables du gouvernement occupant des postes sensibles et qui corrompent activement les politiques du président », une référence évidente à Fingar et à Brill. Les néoconservateurs ont longtemps éprouvé de l’amertume à l’égard des renseignements US dont les estimations étaient en conflit avec leurs vues politiques. (Voir Secret & Privilège de Robert Parry.) 

Dans son remaniement du personnel, Bush a fait passer Negroponte de sa position ministérielle de directeur du Renseignement National à un poste secondaire d’adjoint à la Secrétaire d’État Condoleezza Rice. Pour remplacer Negroponte, Bush a nommé John McConnell, un vice-amiral retraité de la Navy, considéré par les professionnels du renseignement comme un technocrate au profil bas, et non comme un personnage fort et indépendant. 

Une main plus libre 

Le départ de Negroponte devrait laisser les coudées franches à Bush s’il décide de soutenir les attaques sur les installations nucléaires de l’Iran. Les conseillers néoconservateurs de Bush craignent que s’il n’agit pas de manière décisive dans ses deux années restantes au pouvoir, son successeur pourrait ne pas avoir la volonté politique de lancer une frappe préventive contre l’Iran. 

À ce qu’on dit, Bush soupèse les options militaires de bombardement des installations nucléaires de l’Iran depuis début 2006. Mais il a rencontré une résistance de fer de la part des militaires de haut rang, tout comme celle à laquelle il a dû faire face en annonçant son plan d’envoi de renforts en Irak. 

Comme le journaliste investigateur Seymour Hersh l’a écrit dans The New Yorker, un certain nombre d’officiers supérieurs US ont été préoccupés par les planificateurs de guerre de l’administration qui pensaient que les armes nucléaires tactiques « brise bunker », connues sous le nom de B61-11s, étaient la seule manière de détruire les installations nucléaires iraniennes, profondément enterrées. 

Un ancien responsable supérieur du renseignement a dit à Hersh que la Maison Blanche refusait d’éliminer l’option nucléaire des plans en dépit des objections des chefs d’état-major. « Chaque fois que quelqu’un essayait de l’enlever, ils hurlaient, » a dit l’ex-fonctionnaire. (New Yorker, 17 avril 2006)  

Cependant, selon Hersh, les chefs d’état-major ont finalement obtenu début avril 2006 que la Maison Blanche convienne que l’usage d’armes nucléaires pour détruire l’installation iranienne d’enrichissement de l’uranium à Natanz, à moins de 320 kilomètres au sud de Téhéran, était politiquement inacceptable. 

D’après un ancien officier supérieur du renseignement, « Bush et le vice-président Dick Cheney étaient pleinement sérieux au sujet de la planification nucléaire ». (New Yorker, 10 juillet 2006)  

Mais une manière de venir à bout de l’opposition des chefs d’ état-major serait de déléguer l’opération de bombardement aux Israéliens. Étant donné la capacité de lobbying d’Israël à Washington et ses forts liens avec les principaux démocrates, une attaque menée par les Israéliens pourrait être politiquement plus acceptable pour le Congrès. 

Les attaques sur l’Iran et la Syrie s’accorderaient aussi au désir de Bush de contrer l’influence chiite croissante à travers le Moyen-Orient ; influence qui a donné un coup de pouce inattendu à Bush dans l’éviction du gouvernement de Saddam Hussein, dominé par les sunnites. 

À l’origine, le plan néoconservateur d’invasion de l’Irak était d’utiliser l’Irak comme base pour forcer le changement de régime en Syrie et en Iran, et ainsi ébranler le Hezbollah au Liban et le Hamas dans les territoires palestiniens. 

Cette transformation régionale aurait soi-disant protégé la frontière nord d’Israël tout en renforçant son jeu pour dicter des conditions définitives de paix aux Palestiniens. Mais l’invasion US en Irak a provoqué un retour de flamme et a déclenché une guerre civile sectaire, la majorité chiite pro-iranienne de l’Irak prenant le dessus. 

En conséquence, en évinçant Saddam Hussein, Bush avait éliminé le principal intermédiaire qui faisait barrage aux chiites radicaux iraniens depuis 1979. En déséquilibrant l’équilibre stratégique en faveur des chiites, Bush a aussi affaibli la monarchie sunnite de l’Arabie Saoudite. 

Un cauchemar 

En 2006, le rêve des USA – la transformation orchestrée du Moyen-Orient – avait viré au cauchemar avec la montée du radicalisme chiite. Pour s’attaquer à cette évolution imprévue, Bush a commencé à étudier la meilleure façon de contrer l’expansionnisme chiite. 

En été 2006, Robin Wright, analyste en politique étrangère du Washington Post, a écrit que les fonctionnaires US lui avait affirmé ceci : « Pour les Etats-Unis, l’objectif le plus large est d’étrangler l’axe Hezbollah, Hamas, Syrie et Iran, soupçonnés par l’administration Bush de mettre leurs ressources en commun pour changer la donne stratégique au Moyen-Orient. » (Washington Post, 16 juillet 2006) 

Les conseillers de Bush ont aussi rendu responsables les gouvernements syrien et iranien de soutenir les combattants anti-US en Irak. 

Déjà en manque de capacité militaire et politique pour étendre le conflit au delà de l’Irak, l’administration Bush s’est tournée vers Israël et son nouveau premier ministre Ehoud Olmert. Durant l’été 2006, des sources israéliennes exposaient l’intérêt qu’avait Bush à trouver un prétexte pour acculer la Syrie et l’Iran au fond d’un cul-de-sac. 

Cette occasion est survenue quand les tensions frontalières avec le Hamas à Gaza et avec le Hezbollah au Liban ont mené à la capture de trois soldats israéliens et à une rapide escalade du conflit par une campagne terrestre et aérienne israélienne contre le Liban. 

Selon des sources israéliennes, Bush et ses conseillers néoconservateurs ont vu le conflit israélo-libanais comme une occasion pour étendre le combat en Syrie et réaliser le « changement de régime » recherché depuis longtemps à Damas. 

Une source israélienne m’a affirmé que le penchant de Bush à vouloir propager la guerre en Syrie était considéré comme « dingue » par quelques officiers supérieurs israéliens, bien que le premier ministre Olmert partage dans l’ensemble la stratégie intransigeante de Bush envers les militants islamiques. (Voir sur Consortiumnews.com « Bush veut une guerre plus étendue. ») 

Dans un article du 30 juillet 2006, le Jerusalem Post rapportait la suggestion de Bush pour l’élargissement de la guerre en Syrie. « Des responsables de la Défense ont dit au Post… qu’ils recevaient des indications de la part des USA selon lesquelles ces derniers seraient intéressés de voir Israël attaquer la Syrie, » a rapporté le journal. 

En août 2006, Inter-Press Service a ajouté plus de détails, signalant que le message avait été passé en Israël par Elliott Abrams, le conseiller adjoint de Bush à la sécurité nationale, un personnage central de l’affaire Iran-Contras, le scandale des années 80. 

« Lors d’une réunion avec un officier israélien de très haut rang, Abrams a fait savoir que Washington n’aurait aucune objection si Israël choisissait d’étendre la guerre chez son autre voisin du nord, ne permettant à son interlocuteur de douter que la cible désirée était bien la Syrie, » a déclaré une source d’Inter-Press Service

En décembre 2006, Meyray Wurmser, une figure de proue des néoconservateurs US dont l’épouse est conseillère pour le Moyen-Orient du vice-président Cheney, a confirmé que les néoconservateurs à l’intérieur et en dehors de l’administration Bush espéraient qu’Israël attaque la Syrie, afin d’affaiblir les insurgés en Irak. 

« Si la Syrie avait été vaincue, la rébellion en Irak serait terminée, » a dit Wurmser lors d’une entrevue avec Yitzhak Benhorin du site Internet Ynet. « Une grande partie d’entre eux pensait qu’Israël devrait se battre contre le véritable ennemi, celui qui soutient le Hezbollah …. Si Israël avait frappé la Syrie, cela aurait été un coup si dur pour l’Iran qu’il aurait été affaibli et que la carte stratégique du Moyen-Orient aurait été changée. » 

Mais les offensives israéliennes de l’été à Gaza et au Liban ont manqué les objectifs d’Olmert et provoqué à la place la condamnation internationale de Tel Aviv pour le grand nombre de victimes civiles causées par les bombardements israéliens. 

Dirigeants blessés 

Maintenant, comme deux dirigeants froissés politiquement, Bush et Olmert partagent le même intérêt : tenter de faire ressortir quelques succès de leurs échecs militaires. Ils étudient  donc de possibles manœuvres, beaucoup plus radicales que des ajustements mineurs au status quo. 

Les démocrates et quelques républicains mettent en question la volonté de Bush d’envoyer 20.000 soldats supplémentaires en Irak et offrir aux Irakiens quelques programmes pour favoriser l’emploi, alors qu’une tactique semblable a été tentée sans succès dans le passé. 

Selon une source connaissant bien le sentiment présent dans les cercles dirigeants de Washington et de Tel Aviv, « une raison inavouée de Bush pour l’augmentation des troupes est d’appuyer les défenses de la Zone Verte de Bagdad, au cas où une attaque israélienne sur l’Iran inciterait les Irakiens chiites à se soulever. 

Les deux porte-avions des forces de frappe US au large de l’Iran pourraient fournir davantage de dissuasion contre une riposte iranienne. Mais de toute façon, le conflit se propagera de manière quasi certaine. 

Selon cette source, les tirs de missiles du Hezbollah contre Israël fourniraient un autre prétexte à Israël pour envahir la Syrie, afin d’évincer enfin les alliés du Hezbollah à Damas, comme les néoconservateurs US l’espéraient en été 2006. 

Dans la vision néo-conservatrice, cet élargissement de la guerre offrirait peut-être une dernière chance pour réaliser la transformation régionale au cœur de la stratégie de Bush au Moyen-Orient : la « démocratisation », au besoin par la violence. 

Cependant, peu d’experts sur le Moyen-Orient pensent que Bush veuille organiser des élections véritablement démocratiques dans la région. En effet, les militants islamiques gagneraient pratiquement à coup sûr de manière fracassante, dans un climat d’anti-américanisme qui se développe bien plus vite depuis la pendaison de Saddam Hussein, fin décembre [2006]. 

De plus, un assaut israélien sur l’Iran pourrait mettre les autres dictateurs pro-étasuniens de la région en péril. Au Pakistan, par exemple, les militants islamiques proches d’Al-Qaeda ont gagné en force et pourraient tenter de renverser le général Pervez Musharraf, donnant peut-être aux terroristes islamistes le contrôle de l’arsenal nucléaire du Pakistan. 

Pour certains experts en politique étrangère US, ce possible désastre provoqué par une attaque aérienne israélienne contre l’Iran et soutenue par les Etats-Unis est si terrifiant qu’en fin de compte, ils ne croient pas que Bush et Olmert oseront appliquer un tel le plan. 

Mais les actions de Bush dans les deux mois passés – qui réaffirment sa détermination à obtenir la « victoire » en Irak – suggèrent qu’il est loin de vouloir une « sortie cordiale » provenant d’une désescalade de la guerre. 

La perte de la foi 

Bush s’est entêté même pendant que quelques responsables de hauts rangs de l’administration perdaient foi en sa stratégie. 

Le 6 novembre, Donald Rumsfeld, le secrétaire de la Défense, a envoyé à Bush une note suggérant « un ajustement majeur » dans la politique de guerre en Irak qui inclurait « une diminution précipitée du nombre de bases US », de 55 à 5 pour juillet 2007, avec les forces US restantes investies seulement dans les régions qui en auraient fait la demande. 

« À moins que les gouvernements irakiens locaux coopèrent pleinement, les forces US quitteront leur province, » écrivait Rumsfeld. 

Proposant une option similaire au plan présenté par le représentant démocrate John Murtha, Rumsfeld a proposé que les commandants « retirent les forces US des positions vulnérables – villes, patrouille, etc. –  et transforment les forces US en force de réaction rapide, qui opérerait depuis l’Irak et le Koweït, afin d’être disponible quand les forces de sécurité irakiennes auraient besoin d’aide. » 

Et dans ce qui pourraient être compris comme une critique implicite de la rhétorique hautaine de Bush à propos de la transformation de l’Irak et du Moyen-Orient, Rumsfeld a déclaré que l’administration devrait « redéfinir la mission militaire et les objectifs des USA (la façon dont nous en parlons), pour les minimiser. » (New York Times, 3 déc. 2006)  

Le 8 novembre, deux jours après la note [de Rumsfeld] et un jour après que les votants étasuniens ont élu une majorité démocrate à la Chambre et au Sénat, Bush virait Rumsfeld. Le limogeage fut communément interprété comme le signe que Bush était prêt à modérer sa position sur l’Irak, mais l’évidence suggère maintenant que Bush s’est débarrassé de Rumsfeld pour avoir amolli sa position sur la guerre. 

Le 6 décembre, quand James Baker, avocat de longue date de la famille Bush, a publié un rapport du groupe d’étude bipartite sur l’Irak poussant à la diminution du niveau des troupes US en Irak, Bush a gaspillé peu de temps en le rejetant. 

Au lieu de cela, Bush a parlé de faire une longue guerre contre les « radicaux et les extrémistes islamiques », une escalade par rapport à ses objectifs annoncés après le 11 septembre et qui visaient une défaite des « terroristes à travers le monde. » 

Lors de sa conférence de presse le 20 décembre, Bush a annoncé cette lutte élargie contre les islamistes comme une preuve de la virilité de et la persévérance étasunienne, qui démontrent à l’ennemi « qu’il ne peut nous faire quitter le Moyen-Orient, qu’il ne peut intimider les USA. » 

Bush a aussi suggéré que des décisions douloureuses étaient à venir dans la nouvelle année. 

« Je ne vais pas faire de prévision sur l’apparence qu’aura l’Irak en 2007, sauf que cela va exiger des choix difficiles et des sacrifices supplémentaires, parce que l’ennemi est sans merci et violent, » a dit Bush. 

Plutôt que de renoncer à son rêve néoconservateur de transformation du Moyen-Orient, Bush a soutenu un élargissement des forces armées US afin de mener à bien cette longue guerre. 

« Nous devons nous assurer que nos forces armées puissent rester au combat pendant une longue période », a déclaré Bush. « Je ne prévois aucun théâtre particulier, mais je prévois qu’il faudra du temps avant que l’idéologie de la liberté triomphe définitivement de l’idéologie de la haine….  » 

« Nous sommes au début d’un conflit entre idéologies concurrentes — un conflit qui déterminera si vos enfants pourront vivre en paix. Un échec au Moyen-Orient, par exemple, ou un échec en Irak, ou l’isolationnisme, condamnera une génération de jeunes étasuniens à une menace permanente venue d’outre-mer. » 

L’escalade 

Depuis lors, Bush a fait planer l’idée d’une augmentation des troupes et remplacé les commandants qui étaient en désaccord avec lui. Bush a aussi destitué l’ambassadeur US en Irak, Zalmay Khalilzad, un musulman sunnite, généralement considéré comme une voix modérée de la politique US, qui s’est en privé opposé à la décision de Bush de presser la pendaison de Saddam Hussein. 

Il y a même des indices de tension entre Bush et Cheney qui, comme son vieil ami Rumsfeld, semble avoir développé une certaine forme de désenchantement pour la guerre. 

Dans un petit commentaire relevé le 4 janvier, le Sénateur Joseph Biden, nouveau président du Comité des Relations Étrangères du Sénat, affirmait que Cheney et Rumsfeld « étaient des types vraiment futés qui ont fait un très, très, très mauvais pari, qui leur a explosé à la figure. Maintenant, que font-ils avec lui ? Je pense qu’ils en ont conclu qu’ils ne pouvaient pas réparer leur erreur, alors comment garder le tout cousu ensemble sans qu’il ne s’effiloche complètement ? » (Washington Post, 5 janvier 2007) 

Mais Bush ne semble pas partager l’objectif de limiter les dommages. Au lieu de cela, il recherche des manières « truquer » son jeu en Irak en se joignant à Olmert – et probablement au premier ministre britannique sortant Tony Blair – pour étendre le conflit. 

Depuis les élections du Congrès du 7 novembre, les trois dirigeants ont conduit des réunions de pétitions [dont les signatures sont disposées en cercle pour ne pas révéler le premier signataire, NDT] qui en apparence ne semblent guère avoir de but. Olmert a rencontré Bush en privé le 13 novembre ; Blair a visité la Maison Blanche le 7 décembre ; et Blair s’est entretenu avec Olmert en Israël. 

Des sources affirment que ces trois dirigeants cherchent frénétiquement des options pour retourner leur destinée politique, alors que l’Histoire leur réserve un jugement sans bienveillance pour leurs aventures sanglantes et risquées au Moyen-Orient. 

Mais il y a aussi le tic-tac de l’horloge. Blair, qui s’attend maintenant à sombrer dans les annales de l’histoire britannique comme le « larbin de Bush », s’approche de la fin de son mandat, ayant accepté sous la pression de son parti, le Labour, de céder sa place au printemps 2007. 

Ainsi, si le triumvirat Bush-Blair-Olmert a quelque espoir d’accomplir la réfection néoconservatrice du Moyen-Orient, il ne reste plus beaucoup de temps. Quelque chose de spectaculaire devra bientôt se produire. 

Et on dirait que ce quelque chose pourrait inclure une course vers Armageddon.


Robert Parry, le 8 janvier 2007 — Robert Parry a révélé de nombreuses histoires sur l’affaire Iran-Contras dans les années 80 pour Associated Press et Newsweek. Son dernier livre est « Secrecy & Privilege : Rise of the dynasty from Watergate to Iraq » (Secret & Privilège : La montée de la dynastie Bush du Watergate à l’Irak).

 

Original : http://www.consortiumnews.com/2007/010807.html

Traduction de Pétrus Lombard



Articles Par : Robert Parry

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