Le scandale sur la fraude fiscale de Cahuzac et ses liens avec les néo-fascistes terrasse le Parti socialiste français

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Le scandale sur les comptes bancaires détenus à l’étranger et non déclarés de l’ex-ministre du budget Jérôme Cahuzac a fait vaciller le gouvernement du Parti socialiste (PS) de François Hollande.

Cahuzac – un des principaux architectes de la réduction de plusieurs milliards d’euros du budget en France l’an dernier, partisan des politiques d’austérité de l’Union européenne (UE) dirigées par Berlin, et le meneur de la prétendue campagne du PS contre l’évasion fiscale – cherchait apparemment lui-même à frauder le fisc.

Cahuzac a avoué mardi avoir détenu des comptes à l’étranger, et dans un message sur son blog, a annoncé qu’il rapatriait 600 000 euros détenus sur un compte à Singapour sur son compte à Paris.

Cahuzac a démissionné alors que le taux d’approbation d’Hollande atteignait de nouveaux records vers le bas, autour de 30 pour cent, dans un contexte de colère profonde dans la classe ouvrière contre ses politiques d’austérité massive et de guerre en Syrie et au Mali. Mercredi, Hollande a enregistré une courte allocution, proposant des exigences plus importantes sur la publication des avoirs financiers des responsables publics avant de s’envoler pour deux jours de négociations au Maroc.

L’affaire est restée à la une des journaux et des chaînes télévisées français toute la semaine, des responsables politiques et des journalistes se demandant ce que Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault savaient sur la question. Hollande aurait eu des informations corroborant les accusations de fraude fiscale contre Cahuzac dès décembre, peu après que l’affaire ne soit révélée par le site Web Médiapart. Néanmoins, le gouvernement d’Hollande et une grande partie de la presse l’a défendu jusqu’à cette semaine.

Ces révélations concernant les comptes secrets de Cahuzac ont mis en lumière ses liens avec le Front national (FN) néo-fasciste. Les fonds que Cahuzac détient à Singapour ont été d’abord déposés sur un compte en Suisse ouvert en 1992 pour Cahuzac par Philippe Péninque, un haut responsable du FN et conseiller de sa dirigeante Marine Le Pen.

À l’époque, d’après Le Monde, Cahuzac avait des liens financiers étroits et des relations personnelles avec des membres de l’organisation étudiante fasciste active dans les années 1970-1980, le Groupe union défense (GUD), y compris avec Péninque. Aujourd’hui, ces forces constituent la fraction dite des « rats noirs » du FN. Péninque aurait créé ce compte pour recevoir un paiement d’un membre du GUD Lionel Queudot, qui remboursait un investissement de Cahuzac dans une compagnie minière péruvienne qui avait fait faillite que Queudot avait créée.

Marine Le Pen a défendu Péninque, disant : « Il y a 25 ans, à l’époque où j’étais en licence de droit, quelqu’un qui est devenu mon ami a eu comme client M. Cahuzac et lui a ouvert un compte à l’étranger. Quelle est ma responsabilité ? »

Les cercles dirigeants craignent clairement que ce scandale ne discrédite tout le système politique, après une vague de scandales qui a frappé les prédécesseurs conservateurs de Hollande. Charles Pasqua et le président Jacques Chirac ont fait face à des accusations de corruption, Chirac étant déclaré coupable, et le ministre du Budget sous Sarkozy, Éric Woerth a dû démissionner au milieu d’accusations selon lesquelles il aurait transféré illégalement des fonds de la milliardaire Liliane Bettencourt à la campagne de Sarkozy.

L’éditeur de Médiapart, Edwy Plenel, anciennement au Monde et ex-membre du groupe petit-bourgeois Ligue communiste révolutionnaire (LCR), fait marche arrière sur l’affaire Cahuzac. Il a estimé qu’ « accabler Jérôme Cahuzac ne sert à rien » – un changement de sa part, après avoir attaqué Cahuzac pendant des mois – ajoutant que « ce qui fait le malheur de la démocratie ne rend pas heureux les journalistes ».

Le quotidien stalinien L’Humanité a mis en garde contre une « marée brune » de néo-fascistes qui exploiterait la crise du PS et a appelé à « raviver les couleurs de la République. » Le Point a écrit que le gouvernement est « touché au cœur. »

Les politiciens PS se déclarent eux-mêmes « abasourdis » que Cahuzac ait pu cacher des comptes à l’étranger – une position rendue encore moins crédible par les révélations selon lesquelles Jean-Jacques Augier, l’ami et le financier de la campagne de Hollande, a des comptes aux îles Caïman. Hollande a été contraint de publier un communiqué hier, qui insiste sur le fait que ses comptes de campagne sont « parfaitement réguliers » et qui nie toute connaissance des investissements d’Augier.

Hollande a également répondu aux appels des conservateurs et des politiciens néo-fascistes à la démission du ministre des finances Pierre Moscovici ou du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il a dit, « En ce qui concerne le gouvernement, il n’y a pas de décisions à prendre », car sinon on penserait que c’est lui qui a « failli ».

En fait, si les finances de Cahuzac ont émergé comme une question politique majeure en France, ce n’est pas simplement en raison de sa fraude fiscale. Celle-ci est largement dépassée par les scandales de corruption du PS comme Péchiney ou les commissions pour la vente des frégates à Taiwan sous le président François Mitterrand à la fin des années 1980 et au début des années 1990, ou les enquêtes en cours sur le rôle de la mafia dans l’octroi des contrats de la région à Marseille.

Car les actions de Cahuzac sont symboliques de celles du gouvernement Hollande et du PS lui-même. Le ministre du budget qui échappe à ses taxes tout en dénonçant l’évasion fiscale est cohérent avec le PS, dont la rhétorique vaguement réformiste n’est qu’une couverture pour des politiques de droite, pro-patronales, qui contredisent ses promesses à chaque étape.

Hollande, qui est arrivé au pouvoir en disant que « l’austérité n’est pas une fatalité » et en jurant d’imposer une taxe à 75 pour cent sur les riches, devait sa victoire en premier lieu à l’opposition populaire à son prédécesseur, Sarkozy. Depuis son élection, il a imposé des dizaines de milliards d’euros de coupes dans les dépenses sociales, applaudi les mesures d’austérité de l’UE qui ont dévastées la Grèce lors de son voyage de février à Athènes, et vu sa proposition de taxe à 75 pour cent annulée par le Conseil constitutionnel.

Cette taxe était elle-même une fraude politique, car elle ne s’appliquait qu’aux salaires au-dessus de 1 million d’euros – épargnant ainsi les revenus du capital qui constituent la quasi-totalité des revenus de la classe dirigeante.

La déclaration de Cahuzac selon laquelle en tant que membre du PS, « Je n’ai jamais été marxiste et ne crois ni au grand soir ni à la grande réforme, » est une bien meilleure indication du caractère du PS. Hostile aux réformes pour améliorer le niveau de vie des travailleurs, et encore plus hostile à une révolution socialiste et à la classe ouvrière, c’est un parti bourgeois dont les membres peuvent facilement développer des liens personnels et d’affaire avec des fascistes, comme l’a fait Cahuzac;

Ces liens ne relèvent pas du hasard et sont profondément enracinés dans l’histoire du PS – qui a été formé après la grève générale de 1968 comme véhicule électoral pour François Mitterrand, un social-démocrate qui avait commencé sa carrière par un poste dans le régime de Vichy durant la seconde guerre mondiale. Il a commencé comme une coalition d’ex-étudiants radicaux qui cherchaient à faire carrière dans un parti bourgeois emmené par Mitterrand, beaucoup d’entre eux ex-trotskystes, et de jeunes bourgeois qui entraient en politique sur la base d’un attrait pour Mitterrand. Il apparaît que Cahuzac faisait partie du deuxième groupe.

Dans les années 1980, Mitterrand s’est servi de son ami l’avocat Roland Dumas, pour entrer en négociations avec un dirigeant du FN, Roland Gaucher, et obtenir une promesse du FN de diviser le vote de droite aux élections présidentielles de 1988. Cela a permis à Mitterrand et au PS de l’emporter, en dépit d’une opposition massive aux politiques d’austérité que le PS avait mené contre les travailleurs avec le « tournant de la rigueur » en 1983.

Comme le montre la carrière de Cahuzac, ces relations ont duré jusqu’à ce jour et continuent de définir la politique du PS.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 5 avril 2013



Articles Par : Alex Lantier

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