Le scénario préconçu d’Obama et la menace de guerre nucléaire en Asie

Au cours du mois passé, le gouvernement Obama s’est livré à des provocations téméraires contre la Corée du Nord, envenimant les tensions en Asie du Nord-Est et accentuant les risques de guerre. Sa campagne s’est accompagnée d’une diabolisation incessante du régime nord-coréen et d’affirmations selon lesquelles le renforcement militaire américain était purement « défensif ».

Le Wall Street Journal et CNN ont toutefois révélé hier, jeudi 4 mars, que le Pentagone suivait à la lettre un plan du nom de playbook (scénario préconçu), qui a été élaboré il y des mois et approuvé par le gouvernement Obama au début de l’année. Les vols à destination de la Corée du Sud effectués les 8 et 26 mars par les bombardiers nucléaires B-52, le 28 mars par les bombardiers B-2 et le 31 mars par les avions de chasse furtifs F-22 Raptor faisaient tous partie de ce scénario.

Il n’y a bien sûr rien de « défensif » en ce qui concerne les bombardiers stratégiques B-52 et B-2 porteurs d’armes nucléaires. Ces vols étaient, en premier lieu, censés prouver à la Corée du Nord la capacité de l’armée américaine à perpétrer des frappes nucléaires à volonté n’importe où en Asie du Nord-Est. Le Pentagone a aussi profité de l’occasion pour annoncer le renforcement des systèmes de défense antimissile balistique en Asie-Pacifique et le stationnement de deux bâtiments de guerre américains dotés d’équipement antimissile au large des côtes de la Corée.

Selon CNN, le playbook a été élaboré par l’ancien secrétaire à la Défense Leon Panetta et « expressément soutenu » par son remplaçant, Chuck Hagel. Le projet se fonde sur des évaluations du renseignement américain disant qu’il « n’y a qu’une faible probabilité de réponse militaire de la Corée du Nord » – en d’autres termes, que Pyongyang ne pose pas de menace sérieuse. Des responsables américains non nommés ont affirmé que Washington était actuellement en train de faire marche arrière, sur fond d’inquiétudes selon lesquelles les provocations américaines « pourraient entraîner une erreur d’appréciation » de la part de la Corée du Nord.

Cependant, après avoir délibérément mis le feu à l’une des plus dangereuses poudrières d’Asie, rien n’indique que le gouvernement Obama est en train de reculer. En effet, mercredi le secrétaire à la Défense Hagel a souligné la menace militaire posée par la Corée du Nord en déclarant que le pays représentait « un danger grave et immédiat. » Le choix des mots était délibéré et menaçant – une reprise de la phrase « un danger grave et présent » utilisée pour justifier les guerres d’agression américaines passées.

Le régime nord coréen instable et divisé a directement fait le jeu de Washington. Ses déclarations belliqueuses et ses menaces militaires creuses n’ont rien à voir avec une lutte authentique contre l’impérialisme et sont hostiles aux intérêts de la classe ouvrière internationale. Loin de s’opposer à l’impérialisme, ses dirigeants staliniens recherchent un accord avec les Etats-Unis et leurs alliés afin de mettre un terme à leur blocus économique qui dure depuis des décennies et d’ouvrir le pays aux entreprises internationales comme nouvelle plateforme de main-d’œuvre bon marché.

Comme le montre la présente confrontation, l’acquisition de quelques armes nucléaires rudimentaires par Pyongyang n’a en aucune manière accru sa défense face à une attaque américaine. Les deux bombardiers B-2 stealth qui ont été déployés en Corée du Sud pourraient déchaîner suffisamment d’armes nucléaires pour détruire l’ensemble des capacités industrielles et militaires du pays et faire bien plus de victimes que les deux millions de civils tués durant les trois années de guerre menées par les Etats-Unis en Corée dans les années 1950.

Les menaces téméraires lancées par la Corée du Nord d’attaquer des villes américaines, japonaises et sud-coréennes ne font qu’aggraver le climat de crainte que les classes dirigeantes utilisent pour diviser la classe ouvrière internationale – l’unique force sociale capable d’empêcher la guerre.

Les commentateurs des médias internationaux n’arrêtent pas de spéculer sur les raisons du comportement du régime nord-coréen. Mais, la véritable question qui n’est jamais posée devrait être : pourquoi le gouvernement Obama s’est-il livré à une dangereuse escalade des tensions en Asie du Nord-Est ? Les toutes récentes décisions prises par l’armée américaine vont bien au-delà des démarches entreprises en décembre 2010 lorsque les forces navales américaines et sud-coréennes avaient mené des exercices conjoints dans les eaux adjacentes à la fois à la Corée du Nord et à la Chine.

Le playbook d’Obama pour la Corée du Nord n’est qu’un des aspects du soi-disant « pivot vers l’Asie », une stratégie diplomatique, économique et militaire complète visant à garantir l’hégémonie américaine continue en Asie. Les Etats-Unis ont attisé des points névralgiques partout dans la région et en ont créé de nouveaux, tel le conflit entre le Japon et la Chine sur les îles contestées de Senkaku/Diaoyu en Mer de Chine orientale. La principale cible d’Obama n’est pas la Corée du Nord qui est économiquement en faillite, mais son alliée, la Chine que Washington considère être un rival potentiel dangereux. Poussé par l’aggravation de la crise économique mondiale, l’impérialisme américain recourt à sa puissance militaire pour asseoir son hégémonie sur l’Asie et l’ensemble de la planète.

Les Etats-Unis ont déclaré que leurs préparatifs militaires contre la Corée du Nord visent à « rassurer » leurs alliés, le Japon et la Corée du Sud, qu’ils les protègeront. Des figures éminentes de ces deux pays ont réclamé le développement de leurs propres armes nucléaires. Les « garanties » américaines visent à empêcher une course aux armes nucléaires en Asie du Nord-Est, non pas pour garantir la paix mais pour consolider le monopole nucléaire américain.

Le durcissement progressif des tensions au sujet de la Corée du Nord exerce d’énormes pressions sur la Chine et la direction nouvellement sélectionnée du Parti communiste chinois. Un débat public sans précédent a débuté à Beijing pour savoir si oui ou non il fallait continuer de soutenir Pyongyang. La direction chinoise a toujours considéré le régime nord-coréen comme une importante zone tampon à ses frontières au Nord-Est mais elle craint maintenant que les tensions constantes sur la péninsule coréenne ne soient exploitées par les Etats-Unis et leurs alliés pour lancer un énorme renforcement militaire.

Toutes les démarches entreprises par le Pentagone au cours de ces derniers mois, à savoir l’amélioration des systèmes antimissiles et les vols d’entraînement des bombardiers nucléaires, ont renforcé la capacité des Etats-Unis à mener une guerre nucléaire contre la Chine. De plus, il est possible que les Etats-Unis ne veuillent pas provoquer de guerre, mais leurs provocations risquent à tout moment d’échapper dangereusement à tout contrôle. Le playbook d’Obama pour la guerre en Asie contient certainement beaucoup d’autres mesures, en plus de la poignée qui a été divulguée à la presse. Le Pentagone prépare toutes les éventualités, y compris la possibilité que la crise coréenne débouche sur une catastrophe nucléaire dans un affrontement entre les Etats-Unis et la Chine.

La seule solution face au danger de guerre nucléaire est l’abolition de ce qui provoque la guerre, à savoir le système capitaliste en faillite et sa division dépassée du monde en Etat-nations rivaux. Les travailleurs en Chine, aux Etats-Unis, en Corée et dans le monde entier doivent rejeter toutes les formes de nationalisme et de chauvinisme pour s’unir dans une lutte commune pour mettre fin à la barbarie de la guerre.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 5 avril 2013



Articles Par : Peter Symonds

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