Le sommet du G20 à Hambourg : une ville en état de siège

La ville de Hambourg, en Allemagne, qui est l’hôte du sommet du G20, ayant lieu du 7 au 8 juillet, est une ville en état de siège. 15 000 officiers de police issus de chaque Land allemand s’exercent à mettre une grande ville en état de siège. Des dizaines de milliers de manifestants sont attendus pour participer à des manifestations durant le sommet.

Un aperçu des mesures prévues montre clairement qu’elles ne sont pas censées seulement protéger l’élite politique qui assiste au G20, mais sont une préparation ciblée pour un scénario de guerre civile qui ne saurait survenir dans des circonstances normales. Le nombre des agents de police et de sécurité impliqués est sans précédent, avec des camps mis en place pour incarcérer les adversaires du G20.

Ces mesures vont de pair avec des attaques massives contre les droits fondamentaux des manifestants et de la population de la ville. L’armée allemande (Bundeswehr) participe également à l’état de siège à Hambourg – en partie au grand jour, en partie clandestinement. Même des médias bourgeois tels le Huffington Post évoquent « une ville en état de guerre ».

Des officiers de police issus des 16 Länder d’Allemagne ont été rassemblés. Plusieurs Länder ayant dépêché des groupes spécialisés des forces de police. L’unité spéciale de la police fédérale, le GSG9 sera sur place.

Il s’agit de « la plus vaste opération de l’histoire de la police de Hambourg », a déclaré le président de la police Ralf Martin Meyer. L’opération est en cours depuis plusieurs semaines et des policiers en civil ont été postés aux endroits les plus importants du centre-ville afin d’exercer une surveillance.

C’est une opération sans précédent et pas seulement pour la police de Hambourg. Le responsable des opérations, Hartmut Dudde, a déclaré à la presse que « presque tout ce dont dispose la police allemande » sera à Hambourg.

Spiegel Online a rapporté que chaque agent de police sera équipé d’un pistolet, d’une matraque et de gaz lacrymogène. Les unités spéciales réparties dans tout le centre-ville sont dotées d’arme supplémentaire, y compris « une variété de pistolets et de revolvers, des grenades éblouissantes, des béliers et du fusil de précision PSG1 », l’une des armes les plus précises qui soit.

La nouvelle voiture de police « Survivor R » sera également utilisée pour la première fois. Ce véhicule lourd de 15 tonnes ressemble aux engins utilisés par l’armée américaine en Irak qui furent ensuite transformés en voitures de police et utilisés contre les manifestants lors du bouclage par la police en 2014 de Ferguson, dans le Missouri. Ce véhicule transporte dix policiers, dont un commandant, un tireur et deux personnes assignées au ciblage. Le système de lancement peut être utilisé pour les gaz lacrymogènes ou les grenades fumigènes. Une lame de déblayage pour lever les blocages fait aussi partie de l’équipement.

L’été dernier, lors de la présentation du véhicule, on avait dit que le « Survivor » était le seul véhicule de police capable de résister aux balles d’un AK-47. Il est également équipé de détecteurs signalant la présence d’armes nucléaires, biologiques et chimiques, et il possède son propre système de ventilation pour protéger ceux qui se trouvent à l’intérieur du véhicule. Suivant l’équipement, le prix d’un « Survivor » peut atteindre 500 000 euros.

La police de Hambourg dispose également du « WaWe 10 000 » – « le canon à eau le plus moderne au monde », écrit Spiegel on line. Le véhicule peut projeter en 60 secondes des jets de près de 3200 litres d’eau sur une distance de 65 mètres. Le WaWe est capable de créer une paroi d’eau artificielle permettant à la police et aux unités spéciales de progresser en direction des manifestants. Le véhicule est également équipé de réservoirs de gaz et de systèmes de dosage correspondants permettant de tirer des gaz lacrymogènes en même temps que l’eau.

Outre les véhicules mentionnés ci-dessus qui sont manifestement destinés à être utilisés contre la population dans une situation de type guerre civile, la police met en œuvre de nombreuses autres mesures. Celles-ci comprennent une présence permanente sur les eaux de la ville portuaire qui acheminent les marchandises le long de l’Elbe. Le fleuve et le port seront surveillés par une unité spéciale de la police néerlandaise.

L’hebdomadaire Stern rapporte que « 3000 véhicules de police, près de 200 chiens d’intervention, onze hélicoptères, une cinquantaine de policiers […] et des unités spéciales venus de plusieurs pays » seront déployés. Des véhicules spéciaux aux parois translucides et blindées doivent arriver de France. Ceux-ci ont déjà été déployés contre les manifestants qui avaient protesté contre la loi travail.

Selon un rapport du magazine Focus, la Bundeswehr envisage d’utiliser, dans le cadre du sommet du G20, un navire militaire dans le port de Hambourg. L’utilisation secrète du navire, qui est destiné à mettre en sécurité les chefs d’État et de gouvernement en cas d’attentat terroriste, est de toute évidence inconstitutionnelle.

Ce navire, qui a à son bord des blocs opératoires, pourrait être déployé à tout moment vers la mer du Nord. Pour le camouflage, les soldats porteront des vêtements civils. Le prétexte servant à la présence du navire dans le port est officiellement la fourniture de pièces de rechange manquantes. L’Office fédéral de la police criminelle et le ministère de la Défense ont réfuté les informations des médias. Des navires de guerre « ne font pas partie de notre concept opérationnel », a déclaré un policier au journal Hamburger Morgenpost.

En fait, conformément au Morgenpost, la Bundeswehr utilise le bâtiment de débarquement multi-usage « Lachs » (saumon) pour une « assistance administrative ». Il sera doté de personnel pour l’exécution de diverses tâches de « sauvegarde », ainsi que des spécialistes de la médecine de la plongée. Enfin, l’armée allemande déploie un drone sous-marin pour inspecter le bassin portuaire de Hambourg en vue de détecter des charges explosives.

Le siège de la ville s’accompagne d’une attaque massive contre les droits démocratiques fondamentaux de ses habitants et des manifestants.

Un « décret général de la police » permet aux forces de sécurité de contrôler les entrées et les sorties des participants au sommet. Le décret interdit toute manifestation dans un secteur de 38 kilomètres carrés entre l’aéroport de la ville-État sur l’Elbe, et les routes peuvent être bloquées à tout moment. Un autre secteur du parc des expositions de Hambourg où se tient le sommet n’est accessible qu’aux résidents locaux.

La police a réagi à la vingtaine ou plus de manifestations et de protestations d’ores et déjà notifiées en mettant en place un centre de détention qu’il serait plus approprié de qualifier de camp de concentration temporaire.

Jusqu’à 400 personnes pourront être détenues sur le site de cet ancien marché de produits agro-alimentaires qui couvre une superficie de 11 000 mètres carrés. Il y aura également des conteneurs abritant des avocats et un système d’identification d’empreintes digitales et d’identification des personnes. Au total, 70 cellules collectives et 50 cellules individuelles seraient disponibles, selon Spiegel Online.

La tentative de la ville de Hambourg d’interdire le Antikapitalistische Camp(Camp anticapitaliste) organisé dans le parc de la ville a momentanément échoué. Suite à une interdiction générale prononcée par le Tribunal administratif supérieur de Hambourg, la Cour constitutionnelle fédérale a jugé mercredi qu’une telle interdiction était irrecevable parce qu’elle empêchait les participants d’exercer leur droit à la liberté de réunion.

Le tribunal a toutefois accordé à la ville et à la police de vastes possibilités d’aller à l’encontre du camp par d’autres moyens. La police peut limiter la taille du camp, imposer diverses réglementations et même le transférer à un autre endroit de la ville.

Jeudi soir, le sénateur aux Affaires intérieures de Hambourg, Andy Grote (SPD), a annoncé que des mesures prohibitives seraient prises contre les organisateurs du camp s’ils l’organisaient illégalement. Alors que la Cour constitutionnelle a levé l’interdiction contre le camp, le conseil municipal n’a pas accordé son autorisation à la mise en place du camp.

Sven Heymanns

Article original, WSWS, paru le 4 juillet 2017

Source de la photo :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/07/06/allemagne-la-police-met-fin-a-la-manifestation-anti-g20-a-hambourg-apres-des-affrontements_5156968_3214.html



Articles Par : Sven Heymanns

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