Le terroriste qui (devrait) embarrasser l’Amérique

Luis Posada Carriles. Ce nom vous dit quelque chose ? Non ? Et pourtant. D’origine cubaine, Carriles est aussi appelé le « Ben Laden » de l’Amérique latine. Voilà qui vous campe un personnage. Et dans quelle jungle se cache ce Ben Laden latin ? Pas très loin de la Maison Blanche.

Un sacré personnage. Ex-instructeur de la CIA, membre du corps des rangers des Etats-Unis, expert en explosifs, Carriles est doté d’une solide formation paramilitaire. Et on le retrouve partout : à la fin des années 60, au Venezuela aux ordres de la CIA, il occupe un poste à la direction des services du renseignement et pratique la torture ; dans les années 70, il travaille pour l’équipe qui a cambriolé le Watergate ; dans les années 80, en Amérique centrale, il coordonne les guerres illégales de basse intensité. Et, selon un ancien agent de la CIA, on le trouve même sur le Dealey Plaza, le jour de l’assassinat de Kennedy…

En mai 2005, sans doute lassé par une vie agitée, et probablement aussi par crainte d’être discrètement éliminé, Carriles se rend « clandestinement » aux Etats-Unis où il accorde aussitôt… une conférence de presse, pour annoncer son retour au bercail. Il est finalement arrêté par les services d’immigration pour possession de faux papiers (en a-t-il jamais eu de vrais ?) et entrée illégale sur le territoire.

Selon certains, Luis Posada Carriles serait un grand protégé de la famille Bush, recherché par plusieurs pays, Carriles est notamment un des auteurs présumés de l’attentat (le premier du genre) contre un avion civil cubain qui provoqua la mort des 73 passagers au cours d’un vol entre Caracas (Venezuela) et l’île de la Barbade en 1976. Selon l’avocat étasunien José Pertierra, « Il n’est nul besoin d’enquêter longuement pour conclure que Luis Posada Carriles est un terroriste. Il suffit de lire son livre, Los Caminos del Guerrero, dans lequel il raconte avec fierté certaines des actions terroristes qu’il a organisées. Il suffit de lire l’interview qu’il a accordée au New York Times en 1998, dans laquelle il admet être l’auteur intellectuel des attentats à la bombe (…) dans plusieurs hôtels et restaurants de La Havane en 1997 (…). Il suffit de lire le rapport du Tribunal au Panama, qui l’a condamné pour la tentative d’attentat contre un amphithéâtre plein d’étudiants (…) Dès le début, l’administration Bush a voulu protéger et ne pas mettre en examen ce terroriste ».

Dans sa prison pour VIP, Carriles observe sereinement la justice américaine rejeter toutes les demandes d’extradition. Parmi les motifs de rejet, on trouve la cocasse « risque de mauvais traitement ».

On se souvient que le 26 août 2003, George W. Bush, coutumier des déclarations creuses, avait martelé que « celui qui hébergent un terroriste, celui qui soutient un terroriste (…) est aussi coupable qu’un terroriste ». Le député démocrate Jim McDermott, dans une lettre ouverte, s’en est ému au point d’écrire « alors que les États Unis combattent le terrorisme à l’étranger, nous ne devons pas accueillir de terroristes chez nous ». Bien parlé. Mais aux dernières nouvelles, Posada Carriles, toujours aussi sûr de lui, a demandé la nationalité étasunienne. Apparemment, il pense l’avoir bien méritée.



Articles Par : Viktor Dedaj

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