Les cartes changeantes d’une discipline aux prises avec le globe

Livre de Manlio Dinucci et Carla Pellegrini :

Geografia del ventunesimo secolo

(Zanichelli Editore)

GUGLIELMO RAGOZZINO

La photo de couverture du volume de Manlio Dinucci et Carla Pellegrini montre en premier plan une femme orientale souriante, chinoise peut-être. Elle est pieds nus, habillée pauvrement, assise devant une cabane de fortune, sans doute sa maison. Autour d’elle, d’autres  abris similaires, couverts de paille et de morceaux de plastique. En fond, mais de toute évidence pas très loin, domine un gratte-ciel de trente étages. Volontairement, ou peut-être inconsciemment, il n’y a pas d’indication géographique, pas de référence : peut-être en Chine, ou en Malaisie, ou au Vietnam ou ailleurs ? Ce pourrait être n’importe où, dans la frénétique Asie du sud-est. « C’est le monde, ma belle », disent sans paroles, avec seulement une photo, les auteurs et l’éditeur Zanichelli. La géographie est là, la ville est là : et dedans, si on sait la lire, il y a aussi beaucoup d’histoire de l’avenir.

Si on sait la lire, si on veut l’enseigner. Le domaine scolaire de la géographie italienne s’est considérablement restreint, avec les nouveaux programmes ministériels. Une page du manifesto du 7 février a amplement traité du sujet. Dinucci et Pellegrini accomplissent cependant une fois de plus leur propre devoir de géographes à jour et d’enseignants consciencieux.  Le livre est prêt. Ils ne peuvent pas faire plus.

L’immense géographie est ici résumée en 400 pages : la première moitié consiste en cinq chapitres qui couvrent le « cadre global » : la mosaïque du monde, la globalisation économique, les questions sociales, le problème énergétique, les défis environnementaux. La seconde partie traite des régions et des principaux états du monde. Chaque chapitre –chaque continent- est assorti d’une base historique : ce ne sont pas seulement les montagnes et les fleuves, les déserts et les plaines qui font la géographie du monde. Entre les deux parties, un insert réfère la « géohistoire de la globalisation ». C’est un rapide travelling de 500 ans d’histoire, commerces, conquêtes, inventions, colonies, assauts, abus, esclavages, migrations de masse. Ce sont les années où prend forme le monde contemporain, dans toutes les façons.
 

Si l’on donne un regard moins rapide aux deux chapitres de la première partie : celui sur la globalisation économique et celui sur les questions sociales, nous trouvons des descriptions attentives de la richesse et de la pauvreté des humains : développement, marché, finance transports, télécommunications qui donnent la signification de la globalisation, et dans le chapitre suivant, les dégâts et les choses qui restent à faire : pauvreté, faim, maladies, analphabétisme, condition de la femme et de l’enfance, diffusion de la drogue, dépense militaire, lutte pour les droits humains.
 

Si tu as lu attentivement, si tu as suffisamment discuté, si tu as compris, tu peux, du haut de tes treize ans, répondre aux questions que les auteurs te posent dans la section « activités ». Par exemple, à la dixième question : « les mouvements illicites du capital sont-ils favorisés par l’existence de : a) fonds souverains, b) organisations criminelles, c) bulles spéculatives, d) paradis fiscaux ? ». Ou bien répondre à la septième du chapitre sur les questions sociales : « Quelle est l’espérance de vie dans les pays à faible revenu : a) 80 ans, b) 40 ans, c) 60 ans, d) 57 ans  ? »

« Pour lire une carte géographique en transformation continue » comme écrivent Manlio Dinucci et Carla Pellegrini, il faut des instruments de connaissance qui étaient auparavant confiés toujours et seulement à des spécialistes. Aujourd’hui par contre il est nécessaire que tout le monde en sache plus ; et le livre permet d’en cueillir la portée, fut-ce en grandes lignes, mais avec une extrême attention.

La géographie comme histoire du monde.

Ceux qui vont étudier la géographie, dans les écoles secondaires italiennes (collèges, NdT) des prochaines années, seront les garçons et les filles dont les familles proviennent de nombreux pays différents, de continents lointains. Il est possible que cela veuille dire quelque chose en savoir plus sur soi et sur son camarade de classe, et sur ce que les livres de l’école commune enseignent sur le sujet. Par exemple, savoir ce que les auteurs publient en préface, un texte de Steve Olson, extrait des « Cartes de l’histoire de l’homme » (Einaudi, Les sciences, 2008) : « Notre origine commune ». Nous arrivons tous d’Afrique, nous sommes partis, qui avant qui après, de cette base commune d’il y a cent mille ans. Nous sommes tous migrants, tous venus de loin.

Edition du 1er mai 2010 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Global Research

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