Les chrétiens de Gaza souffrent aussi

Mgr Shomali,  évêque auxiliaire et vicaire général du Patriarcat Latin de Jérusalem  et  vicaire patriarcal pour Jérusalem et la Palestine » lance un appel urgent pour le cessez-le feu à Gaza.

« Aujourd’hui, la priorité, c’est l’arrêt de la guerre, un cessez-le-feu, une trêve, l’échange des otages et des détenus. Tout cela pour faire entrer beaucoup d’aide. En effet, le moyen le plus sûr de faire entrer des camions de nourriture en plus grand nombre, est l’arrêt de la guerre. C’est donc cela le plus important.

Les individus peuvent agir en faisant pression sur leurs gouvernements, afin qu’ils fassent à leur tour pression sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour qu’il arrête la guerre. Que celui qui peut avoir une influence l’exerce pour l’arrêt de cette guerre et le plus vite possible. C’est cela que nous voulons pour permettre l’entrée de l’aide humanitaire en plus grande quantité à Gaza. C’est notre demande. »

Dans un entretien réalisé fin février par Marie Duhamel – Cité du Vatican, Mgr William Shomali, souligne que « les chrétiens déterminés à rester dans le Nord de Gaza, privé de toute aide, n’ échappent pas pas à la catastrophe humanitaire. Ils sont en proie à la peur, à la panique et à la faim ».

« A Gaza-ville, la situation des chrétiens est à l’image des autres civils restés sur place, mauvaise. Les centaines de personnes réfugiées dans les paroisses latine et orthodoxe sont dans la survie. «J’ai entendu aujourd’hui qu’un homme de 30/40 ans est content s’il obtient un quart de pain par jour», rapporte Mgr Shomali.

 » Mais malgré le manque «extraordinaire de nourriture», la peur de l’avenir et la perte de trente des leurs dans des combats mais également de mort naturelle, la communauté reste déterminée à mourir «dans leur maison, près de l’autel» pour reprendre les mots de sœur Nabila Saleh, religieuse de la Congrégation du Rosaire de Jérusalem qui se trouve à l’intérieur de l’église de la Sainte-Famille dans le quartier de Zeitoun à Gaza.

Ensuite, ce que disait sœur Nabila est vrai et les gens insistent. Combien de fois les Israéliens ont donné l’ordre, à tout le monde sans exception, d’évacuer le Nord? Les nôtres ont dit: «Nous restons ici, nous préférons mourir ici». Et ils ne sont pas partis.

Au début de la guerre, les deux paroisses avaient récupéré beaucoup de vivres stockés dans les magasins encore ouverts. On leur avait fait parvenir beaucoup d’argent et ils pouvaient acheter dans ces dépôts situés au Nord. On a acheté beaucoup de riz, de sucre, de farine. On faisait la cuisine chaque jour. Maintenant, on la fait trois fois par semaine, parfois deux fois… ou, parfois, une seule fois par semaine. Et les gens doivent s’arranger. Parfois les gens se rendent dans leurs maisons si elles n’ont pas été détruites pour chercher un peu de riz, un peu de farine qui y restait. Alors, on «vivote». Mais chaque jour, la situation devient de plus en plus difficile car les dépôts de nourriture, les magasins, les petits magasins, les grands magasins, ça n’existe plus.

Au Nord, il y a de la famine au sens littéral. J’ai entendu aujourd’hui qu’un homme de 30 ans, 40 ans, est content s’il obtient un quart de pain par jour, ce qui ne suffit pas pour un petit déjeuner. Il doit remercier le Seigneur pour avoir eu un quart de pain. Il y a un manque de nourriture extraordinaire.

Cela ne suffit pas pour avoir de la force et de l’immunité contre les maladies. Dans la paroisse orthodoxe, il y a des gens qui sont malades d’hépatite. Ça pourrait venir de l’eau qui n’est pas propre, du manque de bonne nourriture, du manque d’hygiène. Ils n’ont pas assez d’eau pour se laver, ou même pour boire. Donc on peut prévoir beaucoup de maladies.

Le Carême a commencé le 14 février, jour du Mercredi des Cendres. Nous avons reçu des photos de la célébration qui s’est tenue à la paroisse latine. On voit que les gens ont un visage de Mercredi de Cendres, un visage crispé, triste, peu optimiste. Ça a changé depuis cinq mois. Ce ne sont plus les gens que nous avons connus il y a par exemple un an, et qui étaient alors plutôt optimistes, contents, souriants. Là, ils étaient vraiment dans la panique, la peur de ce qui va arriver. Ils sont passés par plusieurs situations et ils continuent d’avancer avec la peur, la panique, mais aussi la famine.

Les individus peuvent agir en faisant pression sur leurs gouvernements, afin qu’ils fassent à leur tour pression sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour qu’il arrête la guerre. Vous savez, beaucoup, beaucoup d’Israéliens, plus que nous ne pouvons penser, veulent la fin de la guerre. Les soldats envoyés à Gaza ont des parents, des familles. Les parents des soldats ont peur pour leurs enfants. Ensuite, les colonies du Sud ne sont pas habitées aujourd’hui à cause de la guerre , et il en va de même au Nord à cause de la guerre avec le Hezbollah. Même l’économie israélienne souffre. Plus de 100 milliards de shekels ont été dépensés pour cette guerre. Et même la bonne réputation d’Israël a souffert de ce conflit de par le monde. Donc l’arrêt de la guerre est une demande, pas seulement palestinienne ou européenne, mais c’est aussi une demande de la part de la moitié de la société israélienne.

Destruction d’une église à Gaza par l’armée israélienne

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L’ADRESSE DU PRÊTRE JAMAL KHADER À EMMANUEL MACRON LORS DE SA VISITE EN ISRAEL LE 22 JANVIER DERNIER

Le 22 janvier dernier, lors d’une visite d’Emmanuel Macron, Invité en Israël pour commémorer la libération du camp d’Auschwitz avec une quarantaine de chefs d’Etats, le prêtre Jamal Khader, l’a accueilli par ces mots :

  Je suis un prêtre Palestinien, du Patriarcat Latin de Jérusalem. Je vis depuis 53 ans sous occupation militaire israélienne. Le sort des chrétiens est lié à celui des autres palestiniens qui continuent à attendre le jour où ils pourront vivre librement dans leur état indépendant.

Le déclin du nombre des chrétiens est un souci constant. L’émigration des chrétiens est un vrai danger, pas seulement pour l’Eglise, mais pour tout le peuple palestinien. L’Eglise fait tout le possible pour maintenir la présence chrétienne, surtout par l’éducation. En Palestine, nous avons 70 écoles chrétiennes et d’autres institutions éducatives, un réseau de centres pour les plus vulnérables de la société (orphelins, handicapés, vieillards…), des hôpitaux, et d’autres associations pour l’aide économiques des chrétiens.

 Nonobstant le travail énorme de l’Eglise, qui dépasse le petit pourcentage que représentent les chrétiens, il reste difficile de convaincre les jeunes de rester dans le pays. L’occupation militaire israélienne rend la vie des Palestiniens intolérable. Le mur de séparation sépare les palestiniens de leur terre et des autres palestiniens, la colonisation illégale des territoires palestiniens continue, le siège sur la bande de Gaza dure depuis 12 ans avec un désastre humanitaire (et personne n’en parle !). M. le Président, ce siège fait de Gaza la plus grande prison au monde à ciel ouvert ! Le nombre des chrétiens à Gaza a décliné de 3500 personnes à moins de 1000 en ces 12 ans. La vie devient impossible à Gaza.

Jérusalem, ville sainte pour trois religions, et centre national pour deux peuples, souffre l’exclusion : les Palestiniens chrétiens et musulmans n’ont plus le droit de venir prier dans les lieux saints. Nous avons besoin d’un permis des autorités militaires pour exercer notre droit d’arriver aux lieux saints. Quand la ville est considérée par un seul peuple comme sa capitale, les autres deviennent des étrangers dans leur propre ville.

M. le Président, quand l’état est déclaré un état juif, les chrétiens qui vivent sur cette terre depuis 2000 ans deviennent une minorité insignifiante, et non pas des citoyens à pied d’égalité avec les autres. Le futur des chrétiens en Terre Sainte dépend de l’application des principes du droit international et des valeurs de liberté et d’égalité.

 En ces jours où on commémore les événements horribles de l’holocauste, on questionne la responsabilité de ceux qui sont restés muets en face des horreurs de l’holocauste. J’espère que cette commémoration nous fera réaliser l’importance de dénoncer toutes les injustices commises. Le silence pourrait être coupable.   Après l’holocauste, tout le monde dit, et doit dire : Jamais plus ! Oui, Jamais plus… pour personne. Merci.

 



Articles Par : CAPJPO-EuroPalestine

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