Les dernières primaires présidentielles intensifient la crise du système bipartite américain

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Le magnat de l’immobilier et milliardaire Donald Trump et l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton, en tête des nominations présidentielles républicaine et démocrate, ont subi des revers inattendus dans les primaires des États et les caucus de samedi et dimanche.

Le Sénateur du Vermont Bernie Sanders a remporté trois des quatre duels démocrates, tandis que le Sénateur du Texas, Ted Cruz et celui de Floride, Marco Rubio, ont remporté trois des cinq duels républicains. Même dans les deux Etats gagnés par Trump, son vote était nettement inférieur aux prédictions, indiquant qu’une campagne anti-Trump des dirigeants du Parti républicain a eu un certain effet.

Les trois duels remportés par Sanders étaient des caucus dont la fréquentation a battu des records. Il a gagné dans le Kansas par 68 contre 32 pour cent, dans le Nebraska par 57 contre 43 pour cent et dans le Maine par près du double des voix de Clinton.

Clinton a largement remporté la seule primaire, celle de Louisiane le 5 mars, avec 73 contre 27 pour cent à Sanders, grâce au soutien parmi les électeurs afro-américains, comme cela avait été le cas lors de primaires précédentes. Le taux de participation était élevé, plus de gens votant à la primaire démocrate qu’à la républicaine, dans un Etat remporté par des candidats présidentiels républicains dans les quatre dernières élections.

Côté républicain, Cruz a remporté largement deux caucus, au Kansas et dans le Maine. La participation au Kansas était de plus de 73.000, plus du triple des 20.000 ayant voté dans un duel similaire en 2008, et la participation dans le Maine a montré une hausse similaire par rapport à 2012.

Trump a remporté les caucus du Kentucky et la primaire de Louisiane avec peu d’avance sur le second, Cruz. Des articles de presse ont noté que Trump avait effectivement perdu le vote en Louisiane chez ceux qui ont voté samedi, mais qu’il avait remporté le duel dans son ensemble, dû à son énorme avance dans les votes par anticipation entrés avant le débat républicain de jeudi dernier et la dénonciation de Trump par le candidat républicain à la présidentielle de 2012, Mitt Romney.

Le résultat du vote du week-end peut s’avérer n’être qu’un passage à vide pour Clinton et Trump qui sont encore largement favoris pour les sept primaires qui auront lieu les dix prochains jours: Michigan et Mississippi le mardi 8 mars et Floride, Illinois, Missouri, Caroline du Nord et Ohio, le mardi 15 mars.

Le caractère fascisant de la campagne Trump est apparu clairement dans ses appels répétés à l’emploi de méthodes de torture comme le simulacre de noyade « et bien plus encore », dans la soi-disant guerre contre le terrorisme. Trump a déclaré lors du débat du 3 mars à Detroit que, président, il ordonnerait à l’armée de pratiquer la torture, même après que plusieurs officiers à la retraite ont déclaré que les soldats devaient défier ces ordres, illégaux.

Le 4 mars, Trump a fait brusquement volte-face: il ne voulait pas ordonner aux soldats de faire des choses contre la loi. En quelques heures, cependant, il retournait à sa première position, déclarant qu’un président Trump veillerait à ce que le Congrès change les lois pour permettre la simulation de noyade et d’autres formes de torture. « Je voudrais modifier ces lois, » a-t-il dit. « Nous ne jouons pas sur le même terrain. Je ne fais pas volte-face du tout. Je respecte les lois, mais je dirai aussi que je voudrais voir ces lois élargies. »

Les penchants autoritaires du candidat étaient clairement visibles dans plusieurs rassemblements du week-end. A Orlando en Floride samedi, Trump a exigé que ses partisans lèvent la main droite et récitent avec lui une promesse qu’ils allaient voter pour lui à la prochaine primaire du 15 mars. Le résultat a été des photos de centaines de personnes qui lèvent le bras droit dans un salut style « Führer. »

À un autre meeting, le 4 mars à la Nouvelle-Orléans, Trump regardant la foule a montré du doigt des personnes qui faisaient du bruit. Quand il a repéré des manifestants de Black Lives Matter, il a fait signe aux policiers de les expulser, tout en faisant crier à la foule « USA! USA! » pour étouffer leurs voix. Trump exultait: « Ceci est tellement cool, qu’est-ce qu’on aime! » Dans le même temps, il a tancé les médias pour avoir montré la manifestation. Ces éjections, y compris des agressions violentes contre des manifestants, soit par la police soit par des partisans de Trump, sont devenues un phénomène régulier de sa campagne.

Les divisions dans le Parti républicain ont été mises en évidence par l’apparition de Mitt Romney le 6 mars lors de deux émissions où il a catégoriquement déclaré qu’il ne voterait pas pour Trump si celui-ci devait gagner l’investiture républicaine. Romney a réitéré l’argument déjà avancé le 3 mars dans son discours, que les républicains devaient soutenir Kasich à la primaire de l’Ohio, Rubio en Floride et Cruz dans les États où il a eu la meilleure chance de battre Trump. Le résultat d’un tel vote tactique serait de refuser à tous les candidats les 1.237 délégués nécessaires à la nomination, remettant la décision à la convention.

Romney a parlé chaleureusement de Cruz après ses victoires dans le Kansas et dans le Maine. Mais la politique de Cruz ne diffère de celle de Trump que dans certains détails: il propose une version chrétienne fondamentaliste des appels de Trump à la violence militaire et aux attaques tous azimuts des droits démocratiques des Américains et des immigrants musulmans. C’est Cruz qui a notoirement menacé d’ordonner un « bombardement à saturation » de l’Irak et de la Syrie à « faire brûler le sable. »

Comme le World Socialist Web Site l’a déjà souligné, le soutien à Trump parmi des sections de travailleurs blancs à faible revenu est dans une large mesure la responsabilité du Parti démocrate, des syndicats et du reste de ce qui passe pour la « gauche » dans la politique officielle aux États-Unis, qui n’ont que mépris pour la classe ouvrière et sont indifférents à la montée du chômage de masse et de la misère sociale.

La vérité de cette analyse est soulignée par un dossier spécial paru le 5 mars dans le New York Times sous le titre, « Ici, c’est la région de Trump. » Il détaille les conditions de vie dans quatre régions ayant voté pour Trump dans la primaire républicaine du « Super mardi », à plus de 60 pour cent dans certains cas.

Ces régions comprenaient le comté de Buchanan au sud-ouest de la Virginie, une zone des Appalaches dévastée par la fermeture des mines et le chômage de masse, avec un revenu médian de 22.213 dollars par an, moins de la moitié de la moyenne nationale; Fall River, dans le Massachusetts, vieille ville industrielle au revenu médian de 29.014 dollars, moins de la moitié de la moyenne de l’État; le comté d’Atkinson, en Géorgie et celui de Macon au Tennessee, des zones rurales fortement dominées par l’agriculture, le bois et la petite industrie, et tout aussi appauvries.

Trump est en mesure d’obtenir une audience dans ces régions seulement parce qu’il exploite la colère ressentie par des millions de gens, tout en lui donnant une expression réactionnaire, militariste et raciste.

Le succès de la campagne Trump n’indique pas un élan général vers la droite dans la population laborieuse des États-Unis. Au contraire, l’affirmation de Trump d’avoir apporté « des millions et des millions » de nouveaux électeurs au Parti républicain a été démolie à plusieurs reprises, plus récemment dans une analyse détaillée du Washington Post, qui démontrait qu’il y avait beaucoup plus de nouveaux électeurs soutenant Bernie Sanders, le prétendu « socialiste démocratique», que le milliardaire réactionnaire Trump.

La campagne Sanders sert cependant à contenir cette radicalisation parmi les travailleurs et de la garder piégée dans les limites du Parti démocratique, le Sénateur du Vermont cherchant à offrir ses partisans à Hillary Clinton si elle remporte la nomination.

Patrick Martin

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 7 mars 2016

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Articles Par : Patrick Martin

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