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Les États-Unis augmentent les menaces et tentent de diviser le chavisme après l’échec du coup d’État
Par Aram Aharonian
Mondialisation.ca, 07 mai 2019
Estrategia 3 mai 2019
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Calme nerveux au Venezuela. Le terrorisme médiatique international fait écho aux propos de Donald Trump – « les prochaines mesures contre Maduro seront dévastatrices » – alors que les bandes paramilitaires d’extrême droite menacent de revenir aux « guarimbas » de 2014 et 2017, créant déstabilisation et chaos, dans le seul but commun de renverser le gouvernement constitutionnel.

Lorsqu’il a été consulté par la journaliste Trish Regan, le président des États-Unis a déclaré mercredi que son gouvernement dispose encore d’un large arsenal qui peut être utilisé contre le gouvernement de Nicolas Maduro avant l’intervention militaire.

« Certaines de ces options… je ne veux même pas vous en parler, car elles sont très dures« .

Après l’échec de la tentative de coup d’État, le menteur coutumier Elliot Abrams a pris ses distances par rapport à l’échec. Il a insisté sur le fait que les États-Unis n’étaient pas intervenus dans le soulèvement raté et a répété que des hauts commandants chavistes, dont le ministre de la Défense Vladimir Padrino, étaient impliqués, essayant de semer la méfiance parmi les membres du haut gouvernement.

Il a assuré que les membres du gouvernement négociaient depuis un certain temps avec l’opposition une solution digne pour le président Nicolas Maduro et que les responsables gouvernementaux impliqués dans le complot « ont à un moment donné éteint leurs téléphones portables et cessé de répondre« , d’après ses déclarations, s’abstenant de donner des sources ou plus d’informations.

Immédiatement, la terreur médiatique internationale a fait circuler la version du renseignement américain à propos de « Zamuro », le « grand traître militaire » qui a conçu le plan avec les responsables du Conseil de sécurité américain (NSC) – plan qui dépend directement de Trump et guide John Bolton – qui s’est effondré quand ils se sont précipités pour libérer Leopoldo Lopez, un jour avant ce qui était prévu. Et la nouvelle, qui est reprise par les médias et les réseaux sociaux, implique évidemment les Russes et les Cubains.

Le ministre des Affaires Étrangères espagnol, Josep Borrell, semblait surpris par la tentative de coup d’État de Juan Guaidó (que l’Espagne avait reconnu comme « président en charge ») et peu après le gouvernement de Pedro Sánchez a clairement rejeté toute action militaire. Une preuve que le coup d’État a échoué et que personne ne veut prendre sa part de responsabilité. La mise en scène a généré des attentes, mais a donné des résultats beaucoup plus modestes que prévu.

Abrams a également déclaré que le président de la Cour suprême de justice, Maikel Moreno, et le commandant de la garde d’honneur présidentielle, Iván Rafael Hernández Dala, entretenaient des contacts pour renverser Maduro. Le conseiller de sécurité de Trump, a soutenu ses déclarations, en essayant de diviser les forces officielles, créant des doutes et des ressentiments entre les dirigeants et le peuple chaviste…

Pendant ce temps, le président intérimaire autoproclamé Juan Guidó, qui avait annoncé que son Opération Liberté était entrée dans sa phase finale, suit les instructions de Washington et appelle à des grèves et au vandalisme. Les services secrets vénézuéliens craignent qu’un attentat ne se produise contre le métro de Caracas, un moyen par lequel des millions de personnes se déplacent quotidiennement.

Guaidó a reconnu le manque de soutien des commandants militaires pour sa tentative de prise de contrôle de la base aérienne de La Carlota à Caracas le 30 avril, lorsqu’il a obtenu la désertion d’une trentaine d’officiers subalternes de la Garde Nationale et à libérer (de son assignation à résidence) son chef de son parti d’extrême-droite Volonté Populaire, Leopoldo López, responsable de la mort de dizaines de Vénézuéliens pendant les « guarimbas » de 2014, qui a fini « invité » de l’Ambassade espagnole.

Jeudi, la Justice Pénale de la Région Métropolitaine de Caracas a révoqué la mesure d’assignation à résidence de López « pour l’avoir violée de manière flagrante, en plus de la violation de la mesure portant sur la condition relative aux déclarations politiques par voies conventionnelles et non conventionnelles nationales et internationales, démontrant son non-respect de ces mesures« . Le tribunal a émis un mandat d’arrêt à l’encontre du fugitif, pour qu’il purge sa peine de plus de dix ans au Centre National de Procédures Militaires.

« Nous faisons tout ce qui peut être fait avant d’arriver à la dernière étape. Il y a des gens qui veulent qu’on fasse le dernier pas. Mais nous avons beaucoup d’options qui s’offrent à nous« , a déclaré Trump, reconnaissant qu’il était à l’avant-garde des actions de Guiadó et de ses complices. Interrogé par Trish Regan sur l’éventualité d’une guerre civile, Guaidó a répondu que le risque était moindre aujourd’hui qu’il y a quelques années parce que Maduro a perdu le soutien total de la population.

Washington se retrouve avec deux options : une intervention militaire directe ou par l’intermédiaire d’une armée mercenaire (évitant la mort d’Américains, surtout en période préélectorale), ou le dialogue et la négociation proposés par le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, avec l’Uruguay et quelques pays européens……

Et une fois de plus, la thèse de l’assassinat de faux drapeau du leader autoproclamé de l’opposition émerge :

« Maintenant il vaut plus mort que vivant, non seulement pour la CIA mais aussi pour son propre mouvement de l’opposition » a souligné Daniel McAdams, directeur exécutif de l’Institut Ron Paul.

« S’il y a une opération de faux drapeau ou s’ils tuent un fonctionnaire important n’importe où, vous ne pouvez pas prédire ce qui pourrait arriver« , a averti l’homme politique républicain.

L’important, ce sont les séquelles. Maduro a dit qu’il n’y aurait pas d’impunité et la vérité est que Guaidó était l’instigateur et le principal responsable. La tentative de coup d’État pourrait conduire à une confrontation entre les militaires, avec effusion de sang, grave si les partisans de Guaidó étaient venus à La Carlota. Le calcul de Volonté Populaire était que certains des morts pouvaient servir de campagne publicitaire contre « la dictature », mais surtout influencer la rupture tant attendue des forces militaires.

Il est évident que depuis son autoproclamation le 23 janvier, Guaidó a été télécommandé par l’équipe vénézuélienne de faucons de la Maison Blanche Bolton, Pompeo, Abrams, Marco Rubio et le vice-président Mike Pence. Cette opposition vénézuélienne a été celle qui a demandé les sanctions, le blocus et la piraterie des États-Unis, qui causent tant de souffrances à la population. Guaidó a poursuivi en soulignant que l’intervention militaire américaine est une option, mais où sont les autres chefs de l’opposition, pourquoi ne se manifestent-ils pas ?

C’était le coup d’Etat ?

L’idée d’un coup d’État militaire raté ou évité, exécuté par l’un des secteurs les plus radicaux de la bourgeoisie vénézuélienne et de certaines troupes militaires, s’est répandue, une situation qui a rapidement été contrôlée par les forces gouvernementales en utilisant peu de bombes lacrymogènes qui ont provoqué la dispersion des insurgés, par différentes routes, surtout celles qui menaient au refuge de quelque ambassade.

Pendant ce temps, des milliers et des milliers de personnes se sont immédiatement mobilisées pour défendre le gouvernement constitutionnel, marchant vers le palais de Miraflores, attendant leurs dirigeants et des explications sur les personnes impliquées dans le complot.

Le 1er mai, Maduro a ratifié que justice sera faite contre ceux qui ont promu la tentative de coup d’État « qui ont tenté de s’imposer avec tromperie, mensonge et manipulation à un groupe réduit de jeunes officiers et militaires de la Force Armée pour attaquer l’ordre constitutionnel » et a affirmé que dans les prochains jours, il présentera les preuves des personnes impliquées.

« En est-il fini de la politique ? Allons-nous vers la guerre civile ? C’est ce qu’ils veulent, une guerre civile. C’est ainsi que doit être la politique au Venezuela ? Avec des coups de feu, des blessés et des morts ? Y a-t-il besoin d’un coup d’État ? Nous venons de déjouer un nouveau complot de la droite. Ils ont essayé de s’imposer par la trahison. J’ai les preuves entre les mains et la justice les recherche et, tôt ou tard, ils iront en prison pour payer leur trahison et leur crime« , a-t-il déclaré.

Plusieurs questions sont restées sans réponse dans l’environnement politique. Peut-être Guaidó et López se sont-ils lancés dans cette aventure, brûlant leurs cartouches, sans le soutien des partis d’opposition et même sans la présence et/ou le soutien des leaders historiques de Volonté Populaire et de Justice D’abord ; sans une base massive d’opposition mobilisée. Guaidó est même apparu « seul », appelant la population à une mobilisation « définitive » pour le lendemain, jour de la fête du travail. Il savait que son soutien n’était pas le peuple, mais Washington.

D’autres questions se posent : pourquoi les insurgés n’ont-ils pas utilisé leur puissance de feu à l’échangeur Altamira (six chars blindés) et pourquoi le gouvernement a-t-il réprimé les insurgés avec seulement des gaz lacrymogènes et des méthodes non létales ? Il n’y a pas non plus de réponse au fait que le président Maduro est à peine apparu à 21 heures (douze heures après la fin de la tentative), devant une population en attente, malgré le fait qu’il soit régulièrement surexposé à la télévision.

De l’étranger, les services de renseignements américains insistent pour qu’un gouvernement de transition soit négocié et prévoient que l’homme à sacrifier – s’il s’y oppose – sera Diosdado Cabello, un ex-militaire qui commande non seulement le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) mais aussi l’Assemblée Nationale Constituante. Le lundi 30, ce dernier a démontré sa grande influence sur la FANB en donnant des instructions pour contrecarrer le coup d’État et en appelant les gens à Miraflores où il a atténué la tension en réduisant la tentative de coup d’État à un simple accrochage.

Antécédent

Deux mois avant le renversement du président chilien Salvador Allende, il y a eu une petite tentative de coup d’État militaire, facilement démantelée par les Forces Armées « loyales » à Allende. L’un de ces généraux « loyaux » était le commandant de l’armée, Augusto Pinochet.

Des années plus tard, dans un livre de ses mémoires, Pinochet déclare qu’il a lui-même pensé et dirigé le Tanquetazo (tentative de coup d’État menée, le 29 juin 1973, par des militaires contre le gouvernement socialiste du président Salvador Allende), afin de recueillir des renseignements, répétant un scénario simulé.

Ils ont créé le Tanquetazo pour mesurer la capacité de réaction réelle de l’Unité Populaire, la réaction de Allende, et pour observer jusqu’où le président était prêt à aller, ainsi que pour mesurer les capacités de communication entre les dirigeants, les bases et les citoyens et comment les loyautés des structures évoluent.

Improvisation ?

Pour une opération politique et militaire de ce type, un commandement politique structuré et affilié est nécessaire, avec une stratégie et une tactique à développer ; un appareil militaire et paramilitaire avec leurs commandements et canaux de renseignement respectifs ; un appareil d’agitation et de propagande et de diffusion des médias ; une logistique militaire et financière ; et un plan de communication complexe, tant civil que militaire.

Au-delà de tout cela, la réalité est qu’ils n’ont aucun soutien militaire ou populaire, ce qui montre clairement qu’il ne s’agit pas d’un coup d’État militaire, mais plutôt d’escarmouches qui alimentent « socialement » une action terroriste majeure comme l’attaque des casernes, des attentats en tous genres, des assassinats ou la tentative de meurtre contre Nicolás Maduro.

Il ne s’agissait pas seulement d’établir un périmètre de sécurité pour la libération et la libre circulation subséquente de Léopoldo López, mais aussi d’aider certains militaires, comme le général Manuel Cristopher Figueroa, directeur du Service bolivarien de renseignement (Sebin), qui conspiraient et avaient été exposés après la capture de Marrero et autres conspirateurs, à chercher refuge dans une représentation diplomatique étrangère (Espagne, Chili et Brésil).

Il ne s’agissait pas du « délire d’un fou », puisque tant le gouvernement américain que celui d’autres pays de la région ont soutenu et ont été directement impliqués dans cette action terroriste. Il faut aussi supposer que tous les militaires compromis n’ont pas déserté ou ne se sont pas rebellés, que tous ceux qui conspirent ne sont pas apparus au grand jour et qu’il y a un centre de commandement supérieur.

Le problème est qu’ils croient à leurs propres mensonges. Par exemple, que les proclamations incendiaires des réseaux sociaux se sont matérialisées dans le fait que la population (ou du moins les partisans du président intérimaire autoproclamé) se sacrifie dans un combat possible sans une fin garantie.

Et qu’en voyant leurs collègues levés et soutenus par des centaines de milliers de personnes, les officiers et les soldats de la base aérienne leur ouvrent les portes pour qu’ils puissent s’y retrancher et générer un effet domino dans la Force Armée Nationale Bolivarienne. Rien de tout cela ne s’est produit. La plupart des participants militaires se sont rapidement échappés de là et ont dit qu’ils avaient été trompés par certains de leurs supérieurs avec une soi-disant opération dans un établissement pénal.

Personne ne veut parler de lâcheté, mais ni López ni Guaidó ne sont entrés dans la base de La Carlota. Leopoldo López, au lieu de se mettre à l’avant-garde de « l’Opération Liberté », s’est introduit dans l’ambassade du Chili comme « invité ». Certains pensent que toute cette opération n’avait d’autre but que de sauver López et de lui faire reprendre la direction de l’extrême droite, où Guaidó avait commencé à prendre au sérieux son rôle de président imaginaire.

L’opération Liberté était la liberté de Lopez, disent les réseaux sociaux chavistes avec une certaine dérision

La presse internationale n’a pas voulu connaître la réalité et a continué à répéter les slogans de Guaidó sur la phase finale de l’Opération Liberté, que dans tout le pays le peuple se mobilisait, que 90% des Forces Armées répudiaient la « dictature » et que leur victoire était une question d’heures, que dans la majorité des états du pays les casernes soutenaient Guaidó, tout en diffusant des vidéos dépoussiérées des années précédentes pour tromper l’opinion publique.

Les médias militants ne font pas grand-chose pour aider à comprendre la situation, dirigeant leurs messages et leurs analyses vers ceux qui sont convaincus des similitudes inexistantes entre le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez et celui de 2019. En 2002, le peuple, constitution en main, est monté sur les chars et a revendiqué avec colère dans les rues le retour de son président constitutionnel, renversé pendant 47 heures par un coup d’État militaire et commercial, avec la droite vernaculaire et le soutien des gouvernements des États-Unis, d’Espagne et de Colombie. Ah, et le sacro-saint État du Vatican.

Plusieurs questions demeurent. D’abord, face à l’attitude des militaires colombiens et brésiliens devant leur participation à une aventure d’invasion, Trump va-t-il faire appel à une armée mercenaire, évitant les victimes américaines, à la veille des élections ? D’autre part, l’offensive discursive visant à détériorer la cohésion du commandement chaviste, impliquant de nouveaux acteurs internationaux dans l’équation, comme Cuba et la Russie, entraînera-t-elle une confrontation majeure ?

Et la dernière : le gouvernement de Maduro aura-t-il la capacité de prendre des mesures concrètes pour combattre l’hyperinflation et les pénuries, au-delà de blâmer les sanctions américaines pour la situation critique du pays ?

 

 

Article original en espagnol : Tras el fallido golpe, EEUU incrementa amenazas e intenta dividir al chavismo, Estrategia, le 3 mai 2019.

Traduit par Réseau International

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