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Les Etats-Unis et Cuba se préparent-ils au départ de Maduro?
Par Germán Gorraiz López
Mondialisation.ca, 13 août 2021
Observateur continental
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La décision de Nicolás Maduro de confisquer l’usine de General Motors a été considérée par l’administration Trump comme une attaque contre les intérêts des multinationales américaines, un scénario qui a été exploité par le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, (ancien président-directeur général d’Exxon Mobil lorsqu’il a été nationalisé en 2007 par Hugo Chávez) pour déclarer Chavista Venezuela comme un «ennemi dangereux des Etats-Unis».

Par conséquent, l’administration Trump a mis en œuvre une intense campagne de déstabilisation basée sur des pénuries sélectives de produits de première nécessité, des spéculations obscènes: l’amplification dans les média d’une insécurité citoyenne croissante; la prise de la rue par l’opposition et l’application de sanctions au pétrole brut vénézuélien. Tout cela est pour provoquer le défaut ou la cessation des paiements. Et comme point culminant, nous avons assisté en octobre 2020 à la mise en œuvre de l’interdiction faite au Venezuela d’importer du diesel avec l’objectif avoué de paralyser le transport des secteurs primaires et de parvenir à la pénurie de nourriture et de fournitures de base services de santé vitaux qui ébranleraient le gouvernement Maduro.

Cependant, l’arrivée de Joe Biden à la présidence américaine pourrait provoquer un changement dans la stratégie américaine consistant à remplacer les «coups doux» par la stratégie dite de Kentian exposée par Sherman Kent dans son livre Strategic Intelligence for North American World Politique (1949) où il rappelle que les instruments de la guerre économique «consistent en la carotte et le bâton»: «le blocus, le gel des fonds, le boycott, l’embargo et la liste noire pour une partie; les subventions, prêts, traités bilatéraux, trocs et accords commerciaux pour un autre». Ainsi, l’administration Biden étudierait la mise en œuvre de la tactique de la carotte au Venezuela qui comprendrait l’assouplissement des restrictions actuellement en vigueur sur le pétrole vénézuélien pour revitaliser l’activité motrice de l’économie vénézuélienne ainsi que l’annulation de l’interdiction de Donald Trump d’importer le diesel nécessaire au maintien de la chaîne de transport de marchandises et de fournitures médicales.

Même si, les Etats-Unis auraient radié Juan Guaidó, ils déplaceront, donc, leurs pièces pour forcer un gouvernement de transition composé de personnalités consensuelles de l’opposition et du chavisme qui devra préparer de nouvelles élections législatives et présidentielles pour 2022 dont la feuille de route aurait été conçue par le jésuite Luis Ugalde, ancien recteur de l’université catholique de Caracas et qui aurait la bénédiction des Etats-Unis et de l’UE.

Cette feuille de route aurait été élaborée lors de réunions discrètes entre des représentants du gouvernement et des interlocuteurs de l’opposition avec la médiation de la délégation du Royaume de Norvège. Nous serions, ainsi, déjà en prélude à des négociations formelles entre le gouvernement de Maduro et les représentants de l’opposition qui pourrait se tenir fin août ou en début du mois de septembre au Mexique sous l’égide d’AMLO. Ces contacts préliminaires porteraient d’abord sur la libération des prisonniers politiques, la levée des sanctions contre les dirigeants, la reprise de l’aide humanitaire et l’élaboration d’un calendrier pour les futures élections qui se tiendront en 2022, mais la véritable négociation commencerait après les élections locales et gouverneurs du 21 novembre qui fixeront la radiographie de la nouvelle cartographie du pouvoir local au Venezuela, mais pour cristalliser ces négociations, le travail de médiation de Cuba semble indispensable.

Ainsi, l’ancien vice-président, Mike Pence, a annoncé la mise en œuvre de nouvelles mesures contre deux compagnies qui transportent du brut vénézuélien à Cuba ainsi que contre les 34 navires que PDVSA utilise à cette fin, avec l’objectif avoué de provoquer «l’asphyxie énergétique de Cuba» en moyen de l’amputation du cordon ombilical reliant le Venezuela et Cuba. L’objectif ultime des Etats-Unis serait de parvenir à une pénurie totale de pétrole, de nourriture et de fournitures médicales vitales pour ébranler le statu quo actuel de l’île, offrant ainsi une opportunité unique à Cuba en tant que médiateur entre Maduro et les Etats-Unis qui pourrait se terminer par la formation d’un gouvernement de salut national au Venezuela après l’exil des dirigeants chavistes actuels à Cuba en échange de l’assouplissement de l’embargo étouffant imposé par les Etats-Unis contre l’île. Des contacts secrets sont déjà en cours sur l’île entre le collaborateur de Barack Obama, Arturo Valenzuela et le commissaire du gouvernement cubain, Lopez-Levy. 

Germán Gorraiz López, analyste politique

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