Les États-Unis menacent la Chine d’une guerre commerciale

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Le gouvernement Trump a déclenché une guerre commerciale contre la Chine en annonçant que des droits de douane seraient imposés sur les exportations chinoises à destination des États-Unis pour une valeur pouvant atteindre 60 milliards de dollars. Il a également lancé une enquête par le département du Trésor afin de concevoir des mesures visant à empêcher les investissements chinois dans des industries dont les technologies sont considérées comme stratégiques par les États-Unis.

Le président Donald Trump a dévoilé ces mesures jeudi, à la suite d’une enquête de sept mois menée par l’administration, ciblant la Chine, en vertu de l’article 301 de la loi de 1974 sur le commerce des États-Unis.

L’administration a dressé une liste de plus de 1000 produits pouvant être ciblés. Les détails seront publiés dans les prochains jours, après quoi les entreprises auront 30 jours pour répondre avant qu’une décision finale ne soit prise.

Le Trésor a reçu l’ordre de rédiger des recommandations dans un délai de 60 jours pour établir des restrictions spécifiques sur les investissements des sociétés chinoises, des entreprises publiques et des fonds souverains aux États-Unis.

Les deux ensembles de mesures cibleront 10 industries que la Chine cherche à promouvoir dans sa politique industrielle Made in China 2025, notamment les technologies de l’informatique, l’aérospatiale, les véhicules économes en énergie et les dispositifs médicaux.

Les responsables de l’administration ont d’abord déclaré que la valeur annuelle des biens visés par les tarifs douaniers était de 50 milliards de dollars. Mais Trump a cité un chiffre de 60 milliards de dollars, soulignant pendant la cérémonie de signature de son décret que, « ce n’est qu’un début ». Il a qualifié le déficit commercial américain de 375 milliards de dollars avec la Chine du « plus grand de tout pays dans l’histoire du monde ». C’était « hors de contrôle » et il voulait qu’il soit réduit de 100 milliards de dollars « immédiatement ».

Lors d’une audience au Sénat hier, le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a déclaré que les produits chinois ciblés avaient été choisis au moyen d’un « algorithme » visant à minimiser les dommages répercutés sur les consommateurs américains, tout en maximisant l’effet sur la Chine.

« Nous ne pouvons pas être dans une position où la Chine peut acheter des technologies américaines d’une manière qui nous dérange », a-t-il déclaré. « Si ces choses sont accaparées par la Chine, c’est mauvais pour le monde. »

Peter Navarro, le chef du service de la politique commerciale et manufacturière de la Maison Blanche, et auteur d’un livre intitulé Death by China (La mort grâce à la Chine), a directement fait le lien entre les mesures et la préparation à la guerre. « C’est un événement historique », a-t-il déclaré au Financial Times. « Le président Trump devrait être applaudi pour son courage et sa vision à ce sujet. »

Selon le journal, Navarro a déclaré que la décision faisait partie de la stratégie de sécurité nationale présentée par l’administration en décembre, qualifiant la Chine de concurrent stratégique qui pratiquait « l’agression économique » contre les États-Unis.

En réponse, les groupes d’affaires américains ont soutenu l’action contre la Chine pour ses prétendues violations des règles commerciales et des transferts de technologie, mais ont mis en garde contre l’effet des tarifs douaniers généralisés sur l’économie américaine.

La Fédération nationale des détaillants a déclaré qu’il était important de « demander des comptes » à la Chine pour faire respecter les règles commerciales, « mais au lieu de cela, les tarifs imposés par l’administration puniront les Américains ordinaires pour les violations de la Chine ».

John Frisbie, président du Conseil d’affaires américano-chinois, qui représente des entreprises menant des affaires en Chine, a déclaré que les entreprises américaines souhaitaient trouver des solutions aux problèmes commerciaux avec la Chine, « pas seulement des sanctions tels les tarifs douaniers unilatéraux qui pourraient faire plus de mal que de bien. »

Mais Trump a reçu un soutien total des principaux démocrates américains qui, avec les syndicats américains, ont préconisé des mesures de guerre commerciale contre la Chine.

« Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le président Trump, mais aujourd’hui je veux lui donner une tape dans le dos », a déclaré Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat. « Il fait la bonne chose à propos de la Chine. »

À l’affût d’alliés internationaux pour la guerre commerciale contre la Chine, le gouvernement déposera un dossier devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les règles technologiques prétendument « biaisées » de la Chine, affirmant qu’elles empêchent les entreprises américaines de mener des affaires en Chine.

Dans le cadre de cette manœuvre, la Maison Blanche a annoncé que les tarifs sur l’acier et l’aluminium ayant une incidence sur l’Union européenne et les autres exportateurs vers les États-Unis, qui devraient être applicables dès aujourd’hui, seront suspendus le temps des négociations. L’administration a fait savoir qu’en échange d’exemptions, elle exigeait un soutien pour ses actions contre la Chine.

Le ministère chinois du Commerce a indiqué qu’il était prêt à riposter, ce qui a provoqué un avertissement de Lighthizer que toute action de ce genre provoquerait des mesures de rétorsion.

« La Chine ne restera pas les bras croisés lorsque ses droits et intérêts légitimes sont menacés, et prendra certainement toutes les mesures nécessaires pour défendre ses droits et intérêts légitimes », a déclaré le ministère du Commerce.

La déclaration chinoise accusait les États-Unis de violer les règles de l’OMC et d’abuser à plusieurs reprises des mesures correctives commerciales. De telles actions avaient « gravement porté atteinte à la nature juste et équitable de l’environnement commercial international et à la stabilité du système commercial multilatéral ».

L’ambassadeur de Chine aux États-Unis, Cui Tiankai, était un peu plus véhément. « Nous ne voulons pas de guerre commerciale mais nous n’en avons pas peur », a-t-il déclaré. « Si quelqu’un essaie de nous imposer une guerre commerciale, nous allons certainement riposter et nous défendre. Si les gens veulent jouer dur, nous jouerons dur avec eux et verrons qui tiendra le coup le plus longtemps. »

La Chine a déjà préparé des contre-mesures, telles que des restrictions sur les exportations américaines de produits agricoles, y compris le soja, le sorgho et les porcs vivants. La Chine achète un tiers de la production annuelle de soja aux États-Unis.

Les premières représailles chinoises ont été annoncées hier. Le ministère du Commerce a déclaré qu’il prévoyait d’imposer un droit de douane de 25 pour cent sur les exportations de porc américain et un droit de douane de 15 pour cent sur les tubes en acier, les fruits et le vin américains. Il a déclaré qu’il prendrait des mesures juridiques par le biais l’OMC et a exhorté les États-Unis à résoudre le différend par le dialogue.

Si cette approche échoue, des mesures plus ambitieuses pourraient être adoptées. Robert Manning, un expert des relations sino-américaines au Conseil atlantique basé à Washington, a déclaré à Bloomberg que la Chine adopterait initialement une réponse discrète et tenterait des négociations.

« Je m’inquiète juste que si cela devient vraiment moche, ils peuvent opter pour l’option nucléaire », a déclaré Manning. Cela comprendrait la vente de quelques centaines de milliards de dollars d’obligations du Trésor américain, une démarche qui ferait chuter les marchés américains et augmenterait les taux d’intérêt.

La nervosité des marchés financiers face à la perspective d’une guerre commerciale s’est reflétée dans la chute de 724 points du Dow Jones jeudi, soit une baisse de 2,9 pour cent. La liquidation s’est étendue à d’autres indices, le S & P 500 reculant de 2,5 pour cent.

Bien que les mesures et les contre-mesures découlant de la guerre commerciale déclenchée par les États-Unis ne puissent être prédites avec précision, les implications historiques plus importantes sont claires.

Les derniers mois ont vu les affirmations des principales institutions économiques mondiales et des groupes de réflexion indiquant que, près d’une décennie après la crise financière de 2008, le système capitaliste mondial connaît enfin une reprise économique soutenue.

Mais juste au moment où les agences des classes dirigeantes capitalistes prétendent qu’une fois de plus « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » une guerre commerciale a été lancée. Comme le montre l’histoire sanglante et violente des années 1930, cela mène inexorablement au désastre économique et finalement à la guerre mondiale.

Nick Beams

 

Article paru en anglais, WSWS, le 23 mars 2018



Articles Par : Nick Beams

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