Dangers et leçons à tirer de la sempiternelle guerre israélo-palestinienne: Une vue globale

L’article qui suit est une mise à jour du texte « Les leçons à tirer de l’éternelle guerre israélo-palestinienne » publié le 12 octobre 2023.

*

[Opérations sous fausse bannière] : « Les pouvoirs en place comprennent que pour créer l’atmosphère appropriée à une guerre, il est nécessaire de créer au sein de la population en général une haine, une peur ou une méfiance à l’égard des autres, que ces autres appartiennent ou non à un certain groupe de personnes ou à une religion ou à une nation.» James Morcan (1978- ), acteur, écrivain et producteur né en Nouvelle-Zélande et résidant en Australie, 2014.

« Je connais bien l’Amérique.L’Amérique est une chose que l’on peut très facilement déplacer dans la bonne direction. Il ne nous gêneront pas.» Benyamin Nétanyahou(1949- ), Premier ministre israélien (1996-1999), (2009-2021) et (2022- ), déclaration dans une vidéo en 2001, parlant à des colons israéliens en Cisjordanie, (cité dans « Netanyahu: ‘America is a thing you can move very easily’, The Washington Post, July 16, 2010).

« Nous devons nous rappeler qu’en temps de guerre, ce qui est dit du côté du front ennemi est toujours de la propagande, et ce qui est dit de notre côté du front est la vérité et la justice, la cause de l’humanité et une croisade pour la paix. » Walter Lippmann (1889-1974), journaliste americain, (tiré de son livre ‘Public Opinion’, 1922)

Introduction

De nos jours, presque toutes les guerres, impliquant des gouvernements qui ont accès à d’énormes moyens de propagande, sont soit délibérément provoquées, soit simplement le résultat d’opérations sous fausse bannière, dissimulées et camouflées sous un manteau de mensonges et de fausses nouvelles. — En temps de guerre, toutes les parties mentent. — Des médias passifs et complaisants aidant, il n’y a pas une personne distraite sur cent qui peut y voir clair. 

Les affrontements à coups de roquettes et de missiles entre le Hamas islamiste et Israël, et les atrocités et les crimes de guerre commis contre des civils, ne sont pas nouveaux. Cette flambée de violence est, en réalité, la continuation d’un conflit historique qui se poursuit et qui va même en empirant. 

En effet, il y a deux ans, en mai 2021, il s’est produit de sérieuses émeutes à l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem, lesquelles ont fait 520 blessés parmi les Palestiniens et 32 blessés parmi les policiers. Il s’en était suivi une escalade entre Israël et le Hamas. Ce dernier avait lancé plus de 1000 roquettes vers Israël, tandis que l’armée israélienne avait lancé un déluge de feu sur la bande de Gaza, causant plus de 150 morts palestiniens et 10 morts du côté israélien.

Il y a six mois, soit les 5 et 6 avril, 2023, de nouvelles émeutes se sont produites à la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem.

Il est donc surprenant que les attaques du Hamas à coups de roquettes, le samedi 7 octobre 2023, et baptisées ‘Déluge d’al-Aqsa par les Palestiniens, semblent avoir pris tellement d’observateurs par surprise. 

De même, on ne peut que demeurer perplexe quand le gouvernement israélien, lui même, dit avoir été pris par surprise, alors que ses relations avec les populations palestiniennes sont extrêmement tendues, tout particulèrement depuis 2021. 

Néanmoins, l’Agence France-Presse a publié la version officielle selon laquelle il y aurait eu un « échec des services de renseignement israéliens » à prédire l’offensive militaire du Hamas contre des villes israéliennes, laquelle offensive, dit-on, se préparait « depuis plus d’un an » et que certains qualifient maintenant de 11 septembre israélien !

Fait significatif, l’agence de nouvelles a aussi rapporté que le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant (1958- ) a déclaré : « Nous changerons la réalité sur le terrain à Gaza ». « Ce qui existait avant ne sera plus. »

Le même ministre a déclaré lundi le 9 octobre qu’il imposait « un siège complet » à la bande de Gaza : « Il n’y aura pas d’électricité, pas de nourriture, pas de carburant, tout est fermé. » Ajoutant, « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence » — oubliant que les nazis qualifiaient les Juifs allemands de ‘sous-hommes’ (Untermenschen), pour justifier un génocide.

Pour sa part, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (1949- ), un politicien ultra-orthodoxe partisan de « Eretz Israël », le « Grand Israël » de la Bible, a proclamé que « Israël et la bande de Gaza sont en guerre. »

Il faut souligner, par ailleurs, que la bande de Gaza est entourée par un mur de 64 kilomètres de long et d’une hauteur de six mètres, muni d’une barrière souterraine. De plus, cette enceinte est équipée de censeurs, de cameras et d’un système de surveillance automatique, lequel est relié à un centre de commandement sous la survellance de soldats.

Qu’est-ce qui retourne de tout cela ?

Comment expliquer que le gouvernement israélien de Netanyahu n’ait eu aucune idée que le Hamas préparait une attaque ?

La question centrale est de savoir pourquoi et comment l’armée et la marine israéliennes, qui imposent depuis 2007 un blocus terrestre et maritime strict à tout ce qui entre dans la bande de Gaza, ainsi que les services secrets du Mossad, n’étaient pas au courant de ce qui allait arriver ?

Est-ce probable ? Quelqu’un a-t-il délibérément fermé les yeux ? Il semble crucial pour l’avenir d’élucider un tel mystère.

L’explication alternative serait que nous soyons possiblement en présence d’un choix de laisser-faire plus ou moins volontaire de la part de certaines autorités, à commencer par le Premier ministre Benjamin Nétanyahou lui-même, en ne prenant pas les précautions nécessaires pour contrer le déclenchement d’attaques militaires par le Hamas.

Pourquoi les avertissements répétés d’une attaque imminente ont-ils été ignorés ?

Plus fondamentalement, peut-être, comment interpréter le reportage que le ministre égyptien des renseignements, le général Abbas Kamel, aurait appelé Nétanyahou quelques jours avant les attaques du Hamas, l’informant que les militants islamistes à Gaza préparaient « quelque chose d’inhabituel, une opération terrible » ?

Les Égyptiens furent consternés devant l’indifférence de Nétanyahou après qu’on lui ait transmise une information fiable. « Nous avons prévenus à plusieurs reprises les Israéliens que la situation atteingnait un niveau explosif et que cela pouvait être fort grave. Mais ils ont pris le tout à la légère », a déclaré un responsable des services égyptiens, rapporté par le Times of Israel.

Ces avertissements semblent avoir été ignorés et rejetés par le bureau de Nétanyahou comme étant de ‘fausses nouvelles’ ! Mais pourquoi n’ont-ils pas enquêté et ne se sont-ils pas préparés à y faire face, par simple précaution ?

De plus, fait important, la nouvelle que le gouvernement Nétanyahou avait été prévenu, des jours avant les attaques du Hamas, a été confirmée par le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, Michael McCaul (R-Tex), ce dernier étant en possession de renseignements classifiés.

La question se pose donc : le gouvernement Nétanyahou a-t-il réellement été confronté à une attaque imprévue de la part du Hamas, ou sommes-nous plutôt en présence d’une guerre qui a été possiblement facilitée, par omission ou autrement ? Dans ce dernier cas, cela pourrait être politiquement explosif pour le gouvernement Nétanyahou. Ce serait en fait bien plus qu’une simple négligence.

Beaucoup d’Israéliens croient que ce soit effectivement le cas. Selon un sondage réalisé jeudi, le 12 octobre, une écrasante majorité de 86 pourcent des Israéliens estiment que leur gouvernement et Nétanyahou en tête sont responsables des attaques et du massacre qui se sont produits en Israël. En outre, plus de la moitié des Israéliens pensent que Nétanyahou devrait démissionner.

Cela semble également être l’avis du célèbre journaliste d’investigation américain Seymour Hersh, qui estime que M. Nétanyahou devra répondre de sa gouvernance, devant la population israélienne, et que ses jours au pouvoir pourraient être comptés. Hersh explique également un plan du gouvernement Nétanyahou pour éradiquer le Hamas, raser Gaza et expulser la population palestinienne.

Comme dans tout autre conflit, il importe de poser la question Cui bono ? ou, à qui le crime profite en bout de ligne ?

Cette ‘nouvelle’ guerre israélo-palestinienne, présentée comme une ‘surprise’, pourrait bien arriver à point donné pour Benyamin Nétanyahou et pour Joe Biden (1946- ).

D’une part, le nouveau gouvernement de coalition du Premier ministre Nétanyahou, élu à la fin de 2022, est le plus à droite de l’histoire d’Israël. 

En effet, il s’est allié à des formatons sionistes d’extrême droite et anti-palestiniennes, lesquelles proposent l’annexion d’une partie de la Cisjordanie (West Bank), un territoire occupé par Israël depuis 1967.

D’autre part, Nétanyahou a provoqué des manifestations monstres anti-gouvernement dans son pays, quand il a fait adopter un projet de refonte judiciaire pour favoriser les extrémistes religieux qui font partie de son gouvernement.

Quant au président étasunien Joe Biden, il a déjà dit, à de multiples occasions, ici et ici, qu’il se considérait un ‘sioniste’. Il a aussi affirmé que Nétanyahou était un « ami depuis des décennies » en plus d’affirmer que le soutien des États-Unis à Israël était « gravé dans le marbre et inébranlable ». Or, Biden fait présentement face à de mauvais sondages, tant pour sa gestion que pour son âge avancé.

En effet, à un an des élections présidentielles américaines, le candidat démocrate présomptif a peu de chance d’être réélu, malgré les frasques de son adversaire républicain présumé, Donald Trump, ou qui que ce soit d’autre que les républicains choisissent comme candidat.

En effet, les sondages montrent qu’une majorité d’Américains ordinaires s’opposent à ce que leurs taxes et impôts s’en aillent en Ukraine alors qu’il existe des besoins criants au pays.

Seule une guerre de grande ampleur et impliquant les États-Unis serait de nature à changer la donne et à renflouer Biden politiquement.

Une guerre très médiatisée en Israël, par contre, serait de nature à renforcer l’attrait de Joe Biden, auprès des électeurs et des donateurs favorables à Israël, aux États-Unis. D’ailleurs, Joe Biden s’est immédiatement empressé, dès le début du nouveau conflit israélo-palestinien, de promettre une nouvelle aide militaire américaine à Israël de $14,3 milliards, allant bien au-delà des $3,8 milliards d’aide versé annuellement à ce pays.

Une complication supplémentaire : la présence d’un important gisement de gaz naturel sous la mer au large de la bande de Gaza

Pour souligner à quel point la situation est complexe dans cette partie du monde, il existe un important gisement de gaz naturel au large de la bande de Gaza, lequel pourrait grandement être profitable aux Palestiniens.

L’exploitation de ce champ gazier, baptisé Gaza Marine, fait l’objet de négociations entre le gouvernement israélien, l’Autorité palestinienne et l’Égypte. Tout cela implique nécessairement aussi le groupe du Hamas, concurrent de l’Autorité palestinienne sous le contrôle du parti Fatah. 

Qui a le plus intérêt à faire échouer pareilles négociations ? Il est bien connu que le projet d’une occupation militaire de la bande de Gaza a, pour un de ses objectifs, de transférer la souveraineté des gisements de gaz naturel à Israël, en violation du droit international.

Les évènements à venir apporteront plus d’éclairage sur les dessous de cette nième guerre israélo-palestinienne, cette dernière semblant resurgir à tous les dix ans, quand le pourrissement atteint un niveau d’explosion.

Conclusions

Une première grande leçon géopolitique et morale se dégage du désastre humain des guerres à répétition entre Israéliens et Palestiniens : lorsque des dirigeants malavisés, sans vision, incompétents ou malhonnêtes laissent pourrir un problème politique, ce sont des personnes innocentes qui paient pour leur incurie.

Une deuxième grande constatation est bien celle que certains dirigeants en position pour le faire, ne font présentement rien pour renforcer les institutions internationales de paix, mais semblent plutôt attiser les conflits à travers le monde.

En troisième lieu, il faut dire que ce n’est pas seulement là où il y a des journalistes et des photographes qu’il y a des atrocités et des crimes de guerre de commis. Les agressions qui consistent à lancer des missiles ou à larguer des bombes sur des populations tuent et massacrent tout autant des personnes (hommes, femmes et enfants), l’une que l’autre. Elles sont toutes les deux immorales.

Quatrièmement, les atrocités barbares et aveugles, perpétrées avec des armes modernes contre les populations civiles, sont non seulement illégales en regard du droit international, mais également inacceptables en vertu des principes humanitaires élémentaires.

Cinquièmement, on constate que les pires et insolubles conflits humains sont ceux qui reposent sur un fond de guerre de religion.

Finalement, les États qui ne respectent pas le droit international se créent des problèmes à eux-mêmes et sont une menace à la paix mondiale.

Prof. Rodrigue Tremblay

 

Image en vedette : Capture d’écran, vidéo CBS News, le 12 octobre 2023. Les forces israéliennes à la frontière (Israël-Gaza)

 

*

Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et lauréat du Prix Richard-Arès pour le meilleur essai en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, (Fides). Il est titulaire d’un doctorat en finance internationale de l’Université Stanford.

On peut le contacter à l’adresse suivante : [email protected]

Il est l’auteur du livre de géopolitique  Le nouvel empire américain et du livre de moralité Le Code pour une éthique globale, de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé La régression tranquille du Québec, 1980-2018.

Site internet de l’auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com



Articles Par : Prof Rodrigue Tremblay

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]