Les leçons immediates du coronavirus

Dans les articles précédents, concernant la crise sociale et les revendications des Gilets jaunes, nous avions plusieurs fois évoqué ce qui serait une possibilité à envisager dans un avenir devenu proche: face à la surdité des « élites » refusant de changer quoi que ce soit à leur délire de toute-puissance, dans un entêtement idéologique à défendre la « cause ultralibérale », nous conduisant à la catastrophe déjà visible sur bien des plans et à bien des endroits de la Planète, il faudrait se faire à l’idée que la nature pourrait bien se mêler de venir elle-même faire le ménage sur Terre. Compte tenu du désastre dans lequel le capitalisme ultra libéral nous conduit depuis 40 ans, nous voilà aujourd’hui, confrontés au passage à l’acte de la nature qui s’est invitée inopinément dans ce bel Ordre Mondial pour le bouleverser de fond en combles par la pandémie du SARS-CoV-2 dit Covid-19 ou plus couramment Coronavirus.

Ce trouble-fête nous impose un risque systémique évident qui prépare « naturellement » un désastre économique de grande ampleur. Le système bancaire est directement dans le collimateur des effets collatéraux de la pandémie (l’OMS a déclaré que le Covid-19 était une pandémie). Si le système bancaire s’effondre, il va de soi, qu’il s’effondrera dans son ensemble, étant donné les interconnexions qui existent en lui-même…

Concrètement, cela va probablement se traduire par une absence de liquidité aux distributeurs ; pour chaque personne, il n’y aura plus d’accès à ses comptes ; il ne sera plus possible de faire des paiements par chèque et comble de malheur, toute l’épargne individuelle sera absorbée par le choc financier de cette crise absolue… Il faudra retourner aux principes de la survie : potager, réserves autosuffisantes de nourriture, purification de l’eau, chauffage par des moyens naturels comme le bois, recours aux soins par naturopathie…

On voit déjà que les grands défavorisés seront bien entendu les gens vivant dans les villes et en particulier dans les mégapoles qui sont des organisations « contre nature », générant des problèmes en cascades, lorsque la vie naturelle décide de remettre les pendules à l’heure, comme c’est le cas maintenant, par un moyen inattendu. Les pouvoirs ont été pris au dépourvu : non seulement rien n’était prêt, mais rien n’était conçu en prévision d’une telle éventualité, puisque le critère de rentabilité, de profit marchand était incompatible avec une telle prévision. Le dépeçage du système de santé, non rentable pour le capitalisme ultra libéral, a conduit toute l’organisation de la société dans cette impasse, y compris ce qui était « rentable ».

A l’occasion de cette crise, chacun peut constater maintenant que tout dépend en priorité des prérogatives concernant les intérêts directs de la personne humaine non rentable, sa santé, sa vie tout court, son équilibre naturel, et non pas des prérogatives de la finance et du profit pour le système bancaire faisant la pluie et le beau temps, sur la vie humaine comme sur la société dans son ensemble, prises en otage …

Les pendules sont remises à l’heure : l’humain d’abord et la finance après au service de l’humain et non l’inverse ! Les « élites » de l’ultra libéralisme ont été tout à fait prêtes à ignorer les leçons de l’histoire, si évidentes pourtant, simplement pour aller jusqu’au bout d’une logique de profit. Elles ont été capables d’ignorer le désastre écologique tout comme le désastre financier qui est revenu, qui est déjà là, et qui va plonger une multitude de personnes dans le malheur. Pourquoi faudrait-il se leurrer et fermer les yeux sur cette vérité qui nous frappe ? Regardons la réalité en face et affrontons-la courageusement.

Les mesures qui avaient été prises à la suite de la crise des « Subprimes » en 2007-2008, sont incapables de faire face à ce qui est là aujourd’hui. La loi de « séparation bancaire » de François Hollande, comme chacun le sait, n’a rien séparé du tout (cloisonnement entre banque d’investissement et banque de dépôts). Quant à « l’union bancaire européenne », elle était évidemment faite pour les utopistes européistes puisque le « fonds de garantie » des dépôts n’a levé que quelques dizaines de milliards d’euros alors qu’il s’agit de garantir des montants de l’ordre d’un millier de milliards d’euros… La multitude des crises liées à la finance opère aujourd’hui une synthèse, ou fusion globale de tous les secteurs de l’économie, provoquée par les effets collatéraux de la pandémie du Covid-19.

Les hôpitaux démantelés, vendus, vidés, abandonnés ; le nombre des lits réduits dans ceux qui ont été conservés ; le personnel lui aussi réduit au minimum ; les budgets de la santé réduits à outrance, sous prétexte de rentabilité, d’économie et de dette fictive, pour le plus grand bien du système financier mondialisé ; la recherche, l’éducation, toutes ces choses non rentables dans l’immédiat, tenaient en réalité la première place dans l’ordre de ce qui était important. Voilà ce que le choc de la pandémie est entrain de révéler à ceux qui se croyaient dans « la vérité ultralibérale » indiscutable et souveraine ! Nos « élites » découvrent aujourd’hui, à cette occasion providentielle, que tout avait été « méthodiquement » détruit par la logique ultralibérale qui était leur « credo » depuis si longtemps. La désorganisation est totale et pitoyable. Les « élites » au pouvoir s’aperçoivent que sans les prérogatives humaines mises en avant, tout le reste est menacé d’effondrement immédiat ! Agnès Buzyn, triomphante, faisait récemment l’éloge du « bed management » de l’hôpital ! Aujourd’hui elle est dans ses petits souliers.

On se souvient que les soignants avec tout le secteur de la santé, hurlaient encore récemment leur détresse, le manque de moyens, le manque de personnel, les privatisations forcées et la disparition programmée d’une santé pour tous avec l’accès aux soins universalisé, la menace d’un effondrement imminent… Il est certain qu’on ne peut surtout pas compter sur cette « élite » de financiers qui ne fera rien pour rétablir l’ISF et qui ne puisera pas dans le CICE pour refinancer l’hôpital. On peut déjà prédire, que dès la pandémie passée, la course au profit pour le système bancaire reprendra aussitôt avec acharnement, car c’est le propre de tout fanatisme idéologique se moquant de la raison et de l’expérience de la réalité.

On peut déjà se dire que la recherche va se focaliser sur le coronavirus en abandonnant tout le reste, car il faudra fabriquer coûte que coûte un vaccin qui sera obligatoire et vendu une fortune avec l’aide bienfaisante de la pandémie…

On peut également se poser sérieusement la question de la cohérence, après avoir écouté Macron s’adressant solennellement à la Nation le jeudi 12 mars dernier à 20h00: il ferme les crèches, toutes les écoles ainsi que les universités. La visite des anciens dans les EHPAD (7000 établissements) est strictement interdite sur toute la France. Les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits sur tout le territoire à cause du danger important de contamination… De ce fait, les manifestations sont bien entendu interdites. Puis, l’affluence dans les bureaux de vote reste cependant autorisée, pour tout le monde, car les élections du 15 mars et du 22 mars sont maintenues coûte que coûte ! Les transports en commun ne sont pas non plus à l’arrêt pour des motifs franchement discutables.  On se demande où est le sens et de qui se moque-t-on vraiment ? Il fallait évidemment que Laurent Fabius, le héros du sang contaminé, avec ce Larcher de sénateur, participent par leur conseil, à l’édification de cette solide confusion dans les esprits. 

Face aux injonctions médiatiques sur le lavage des mains, et la protection de son système respiratoire, il y a de quoi rester perplexe quand on constate que le gel hydro-alcoolique est introuvable ou que les masques FFP2 ou FFP3 sont des articles radicalement absents dans n’importe quelle pharmacie de France et de Navarre ! Il va donc falloir comme d’habitude que le peuple adopte le système de la « démerde » pour s’en sortir : pour se laver les mains il y a du savon de Marseille ou du savon d’Alep qui contiennent des cristaux de soude leur donnant une forte propriété aseptisante. L’eau de Cologne qui est vendue en litre fait parfaitement l’affaire également… Pour les masques FFP2 il est peut-être possible d’en trouver au Brico-Marché…

Le désastre engagé dans tous les secteurs par le capitalisme sauvage sous sa forme ultra libérale, a préparé les conditions de l’effondrement économique que nous voyons venir brutalement en ce moment, car tous les domaines vont être impactés violemment. Macron a voulu être rassurant en disant qu’il allait soutenir la vie économique du pays en finançant même le chômage partiel et en suspendant les cotisations sociales assurées par les entreprises. La pandémie est le coup de pouce qui allait faire tomber ce château de cartes ultra libéral.

Les affluences massives en réanimation ne seront pas assumées, faute de respirateurs suffisants, car l’ultra libéralisme encombrant le cerveau de nos « élites » et la logique marchande du profit, trouvaient que tout cela était trop « coûteux et si peu rentable » ! De plus, avec l’effet « domino » que va avoir cette pandémie sur toute l’économie nationale et mondiale, il va falloir penser à un nouveau « sauvetage des banques » à douze ans du précédent sauvetage par l’argent public ! Faudra-t-il encore aller plus loin dans la bêtise humaine pour que les « élites » s’aperçoivent du malheur et de l’erreur tragique que représente le fanatisme sectaire d’une croyance en un capitalisme sauvage ultra libéral ?

Comme le disait si bien Frédéric Lordon dans Le Monde Diplomatique du 11 mars 2020 :

 « le coronavirus est un accusateur… Il accuse — révèle, souligne — les effets des politiques néolibérales, leur nuisance désorganisatrice, leur toxicité générale. Mais il accuse également, au sens plus courant du terme, tous ceux qui les ont conduites, et spécialement ceux qui les conduisent aujourd’hui… »

Ce qu’il faut enfin souligner, au-delà de tout ce que nous avons pointé dans cette affaire de pandémie et de ses conséquences, c’est que le « Régime communiste chinois » s’est montré bien plus soucieux et au service du peuple chinois que nos théoriques « démocraties » occidentales donneuses de leçons de morale au reste du monde. Le président du Parti communiste chinois n’a pas hésité à paralyser l’économie de son pays pendant plusieurs semaines, en faveur des populations menacées par la pandémie. 

Des journaux occidentaux n’ont pas manqué de commenter « avec quelle barbarie, les autorités chinoises traitaient les gens en les forçant au confinement » !

Cette propagande de « l’axe du bien » par les médias inféodés, finit par nous saouler et elle aura eu finalement pour effet essentiel d’avoir décrédibilisé et sabordé son potentiel devenu inaudible dans le champ de l’information… A force de dénoncer le grain de sable qui est dans l’œil de « l’axe du mal », « l’axe du bien » finit par ne plus voir le rocher qui est dans le sien !

En Chine, on travaille et la richesse du pays provient du travail. Une fois le mal passé, les Chinois retourneront tout simplement au travail.

En revanche, dans notre système occidental au service pur et dur du capitalisme ultra libéral, celui de « l’axe du bien », la richesse essentielle vient de la finance spéculative et du jeu pervers de la bourse qui précède et donne le ton à toute l’économie. Chez nous, l’économie se trouve au service exclusif de la spéculation financière pour le profit exorbitant du système bancaire : ce n’est pas l’argent qui est au service de l’économie ! Voilà pourquoi une pandémie, venant subitement impacter toute l’organisation économique du pays, ne pouvait que provoquer l’affolement des bourses occidentales et l’écroulement du système intrinsèquement condamné par sa propre logique aberrante.

Faut-il remercier le Coronavirus pour ce service qu’il nous rend, en tant que « accusateur » général et « exécuteur » de la sentence pour une remise à l’heure des pendules de la vie sur Terre ? Nous pouvons, en attendant de le savoir, tirer les leçons de cette pandémie inattendue qui a surpris nos « élites » dans leurs certitudes et dans le complexe de toute-puissance qui les possède depuis 40 ans.

Jean-Yves Jézéquel



Articles Par : Jean-Yves Jézéquel

A propos :

Jean-Yves Jézéquel, philosophe et psychanalyste, diplômé du troisième cycle en sciences humaines, est l’auteur d’une vingtaine d’essais en philosophie, spiritualité, religion, psychologie. Il publie également depuis 2014, une série d’analyses sur les grandes questions actuelles de société.

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