Les États-Unis se déclarent au-dessus des lois

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Le gouvernement US n’a pas le monopole de l’hypocrisie, mais aucun autre gouvernement ne lui arrive à la cheville.

Il est à présent parfaitement établi et connu du monde entier que le gouvernement US a torturé des détenus à Abu Ghraib et à Guantanamo et a enlevé puis « remis » des personnes, c’est-à-dire qu’il les a envoyées dans des pays du tiers monde, notamment en Égypte, pour y être torturées.

Il est aussi parfaitement établi et documenté que le Ministère de la Justice a rédigé des mémos pour justifier la torture des détenus. Un promoteur de la torture, et auteur de ces mémos autorisant le régime de Bush à y recourir, s’appelle John Yoo, un immigré d’origine vietnamienne qui, d’une manière ou d’une autre, a réussi à entrer au Ministère de la Justice et à trouver un poste de professeur à l’université de Californie, Berkeley, au Boalt Hall School of Law. John Yoo est un des meilleurs arguments contre l’immigration que je connaisse.

Certains membres du Conseil Municipal de la ville de Berkeley pensent que Yoo devrait être inculpé pour crimes de guerre. Le gouvernement US a déjà inculpé pour crimes de guerre des personnes bien moins coupables que Yoo. Yoo a aidé le régime de Bush à contourner les interdictions de torture formulées aussi bien dans notre propre loi et dans les Conventions de Genève.

Le contournement de la loi, imaginé par Yoo pour le régime sadique de Bush, a été interrompu par la Cour Suprême des États-Unis qui a rejeté les arguments de Yoo, et le mémo de Yoo fut annulé par le Ministère de la Justice. Néanmoins, l’incompétence manifeste de Yoo en matière de droit constitutionnel, qui dans ce cas précis est total, n’a eu aucun effet sur son poste de professeur de droit constitutionnel à Berkeley. On peut imaginer les dégâts qu’il est en train de provoquer en enseignant à de futurs cadres et fonctionnaires que la torture est compatible avec la Constitution. Combien souffriront des conséquences de l’enseignement de cet ignare ?

Mais je m’égare. Au moment même où le gouvernement des États-Unis pratiquait la torture, le même gouvernement des États-Unis poursuivait le fils de Charles Taylor, ancien dirigeant du Libéria, pour torture sur des opposants politiques. Le gouvernement US n’a pas invoqué le mémo de Yoo pour justifier la torture pratiquée par le Libéria contre tous ceux qui cherchaient à renverser le régime ou bien à commettre des actes de terrorisme contre lui. Pour le gouvernement des États-Unis, le gouvernement libérien n’a pas le droit de pratiquer la torture pour se défendre. Seule une « nation indispensable » comme les États-Unis a le droit de torturer ceux qu’elle imagine être une menace.

J’utilise le terme « imagine » parce qu’environ 99 % des détenus torturés par l’Amérique étaient totalement innocents et avaient été raflés au hasard ou vendus par des chefs de guerre comme des « terroristes » aux « stupides Américains ». (Le gouvernement US offrait des récompenses, comme au temps du Far-West. Le résultat fut que les chefs de guerre en Afghanistan et au Pakistan ramassaient n’importe qui dont la tête ne leur revenait pas et les vendaient aux Américains comme des « terroristes ».)

Selon Carrie Johnson, journaliste au Washington Post, le 30 octobre 2008, un jury fédéral de Miami a déclaré le fils de Charles Taylor, Chuckie, coupable de torture. Chuckie sera condamné en janvier par les indispensables américains pour torture, conspiration et infraction à la législation sur les armes. Il pourrait passer le reste de sa vie en prison.

Au moment même où se déroulait le procès de Chickie, le régime de Bush était en train de pratiquer la torture.

Le Washington Post écrit que la condamnation de Chuckie constitue « le premier test pour la loi américaine qui autorise les procureurs à poursuivre ceux coupables de torture commise à l’étranger. » En d’autres termes, la loi US contre la torture s’applique au monde entier, à tous les autres pays à l’exception des États-Unis. La démesure de la chose est inimaginable : aucun pays n’a le droit de torturer, sauf les États-Unis.

Tous ceux qui torturent écoperont d’une peine de prison à vie ou, comme pour Saddam Hussein, seront pendus jusqu’à ce que mort s’ensuive.

C’est super d’être Américain. Nos lois ne s’appliquent qu’aux autres. C’est ça, lorsqu’on est le phare du monde, la puissance par excellence, le sel de la terre.

La pauvre Carrie Johnson et ses chefs du Washington Post n’y voient aucune ironie ou contradiction. Johnson écrit dans le Washington Post que les procureurs US « ont accusé Taylor d’avoir pris part à des atrocités et d’avoir ordonné à des subordonnés de torturer leurs victimes avec… des appareillages électriques, entre 1999 et 2002. » Cette accusation recouvre pratiquement exactement l’époque où des instructions ont été données par Bush, ou Cheney, ou Yoo, ou le Ministère de la Défense, ou par je ne sais qui, à des subordonnés pour torturer ceux détendus par les États-Unis à Abou Ghraib, Guantanamo, et différents sites de détention de la CIA. Mais tout le monde connait la photo de l’Irakien encagoulé debout sur une caisse en bois et attaché à des fils électriques.

Si seulement les lois américaines s’appliquaient au gouvernement américain ! Alors, les criminels qui ont dirigé ce pays pendant 8 ans seraient poursuivis pour leurs violations ouvertes des lois en vigueur dans ce pays. Évidemment, ce gouvernement hautement moral est très au-dessus des lois. Les lois US ne s’appliquent qu’aux Nations « dispensables ». Les États-Unis n’ont pas à répondre devant la loi, pas à leurs propres lois, encore moins aux lois internationales. Le ministre de la Justice, Michael Mukasey, a confirmé que le gouvernement des États-Unis était au-dessus des lois lorsqu’il a déclaré, devant la Commission judiciaire du Sénat, qu’il n’y aurait aucune enquête ou poursuite contre les officiels du régime de Bush qui ont autorisé la torture ni contre ceux qui se sont livrés à ces actes sadiques.

Le gouvernement US, le gouvernement de cette grande nation indispensable, n’a pas de comptes à rendre. Les puissants agissent selon leur volonté. Les faibles souffrent selon la nécessité.

Article original en anglais: Bush Regime Declares Itself Above the Law, Information Clearing House, le 5 décembre 2008.

Traduction Traduction VD pour Le Grand Soir



Articles Par : Dr. Paul Craig Roberts

A propos :

Paul Craig Roberts, former Assistant Secretary of the US Treasury and Associate Editor of the Wall Street Journal, has held numerous university appointments. He is a frequent contributor to Global Research. Dr. Roberts can be reached at http://paulcraigroberts.org

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