Les États-Unis tissent la toile d’une OTAN planétaire

Alliance atlantique . Washington veut imposer un dispositif militaire accompagnant la mondialisation libérale. Michèle Alliot-Marie leur envoie l’Europe de la défense à la rescousse.

Interventions militaires tous azimuts, intégration des forces des pays membres de l’OTAN dans le dispositif US et subordination des Européens à la stratégie d’hégémonie états-unienne sur la planète ont été les thèmes profondément consensuels de la session de printemps de l’Assemblée parlementaire de l’Alliance atlantique qui s’est achevée mardi soir à Paris (voir également l’Humanité du 26 mai).

L’illusion d’une indépendance, ou du moins d’une autonomie de la défense et de la diplomatie européennes, a été balayée par la ministre de la Défense française, Michèle Alliot-Marie. « Cessons de regarder les relations de l’OTAN et de l’Union européenne (UE) en termes de concurrence car nous ne sommes pas aujourd’hui, et nous ne serons pas demain, dans une situation où nous nous disputerons la gloire et la possibilité de régler un conflit. »

Dans le domaine de l’implication pratique, on a assisté à un véritable jeu de dominos entre le secrétaire général de l’OTAN et la ministre française. Cette dernière, vantant « la complémentarité entre l’OTAN et l’Europe de la défense », s’est félicitée de la « relève de l’Alliance par l’UE » en Bosnie et en Macédoine qui permet, a-t-elle dit, à l’OTAN « de concentrer ses efforts sur l’Afghanistan ». Le corps expéditionnaire de l’OTAN dans ce pays prendra de son côté, sans doute d’ici la fin de l’année, le relais du corps expéditionnaire US, permettant ainsi à Washington de concentrer ses forces sur l’occupation de l’Irak et, si les conditions s’y prêtent, sur une agression contre l’Iran. La troisième étape sera-t-elle la relève de l’OTAN par « l’Europe de la Défense » aussi en Afghanistan, comme semble le sous-entendre Michèle Alliot-Marie ?

Aveu d’impuissance

Cela étant, la réalité sur le terrain est bien moins idyllique que ne le laisse entendre la ministre française. « L’Afghanistan reste notre priorité numéro un, il est absolument vital pour le peuple afghan et pour l’OTAN que nous réussissions », a déclaré mardi le secrétaire général de l’Alliance, Jaap De Hoop Scheffer. Pour ne laisser aucune illusion sur le caractère temporaire de l’expédition – un aveu d’impuissance en quelque sorte – ce dernier a expliqué que l’intervention des troupes de l’OTAN durera des « années plutôt que des mois ».

Les seules différences – essentiellement tactiques – entre les intentions états-uniennes et les préférences européennes ont porté sur la manière de traiter la question des projets nucléaires militaires prêtés à Téhéran. Pour le conservateur britannique président de la commission scientifique Michael Mates – qui s’est fait l’interprète de la majorité des parlementaires – l’importance d’une solution pacifique est primordiale. De son côté, la députée slovaque Dania Strofova a regretté que la conférence de réexamen du traité de non-prolifération nucléaire de juin 2005 n’ait « hélas donné aucun résultat » (du fait du refus US de tout engagement en vue de la dénucléarisation effective du Moyen-Orient – NDLR).

L’un des rapports les plus importants soumis à l’Assemblée parlementaire portait sur la « nécessité d’une cohésion transatlantique pour une meilleure interopérabilité en matière de technologie ». Sous ce titre ronflant se cache une doctrine brutale dans sa simplicité. « Le déplacement du centre d’attention de défense territoriale (qui est celui du traité originel – NDLR) vers des missions expéditionnaires multinationales constitue pour l’OTAN un défi considérable », affirme d’emblée ce document. En d’autres termes, la nouvelle stratégie et les « nouvelles formes » de la guerre dite « réseau centré » (c’est-à-dire, contrôlée centralement), nécessitent une « compatibilité » des systèmes d’armements, et, donc, une intégration selon les normes du fabricant dominant, à savoir le conglomérat militaro-industriel états-unien.



Articles Par : Michel Muller

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