Les USA appelés au secours du criminel Gotovina I

« Globus » : « George Tenet (CIA) rencontra le général croate et coordonna l’Opération Tempête en Krajina »

L’Amérique sauve Gotovina. C’est le titre d’un reportage de l’hebdomadaire croate Globus sur l’ex général Ante Gotovina, le « héros » capturé le 7 décembre dernier à Tenerife après 1613 jours de cavale dorée, enfermé à présent dans la prison de Scheveningen du Tribunal de La Haye. Globus se base sur un document du Département d’Etat, « The Road to Dayton », où on livre la version Usa de la guerre 1991-1995 dans les Balkans sur la base des informations de Peter Galbraith, ambassadeur de l’époque à Zagreb, des agences CIA, NSA et DIA (Defense Intelligence Agency), le service militaire d’espionnage.

Bien que les USA se soient initialement opposés à l’Opération Tempête qui mena en août 1995 à l’expulsion des Serbes de la Krajina, avec le massacre de milliers de Serbes, et la succession de tueries des civils restés, ce furent justement les services militaires de renseignements américains qui donnèrent un coup de main à cette opération. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le gouvernement de Zagreb, qui finance les avocats défenseurs (dont l’un est américain) mise justement sur le document Usa – qui a été déclassifié, et ce n’est pas un hasard, depuis le 21 novembre, 18 jours avant l’arrêt de Gotovina – pour sauver le « héros » d’une lourde condamnation.

Le gouvernement de Washington connaissait-il le refuge de l’ex-général? Savait-il aussi qu’il serait bientôt arrêté? Du même document on déduit que les Usa ne donnèrent jamais officiellement le feu vert à l’Opération Tempête, mais en même temps on y assouplit la responsabilité du défunt Tudjman et de ses généraux quant aux crimes dans les territoires « libérés », en affirmant que, de toute façon, par cette opération la fin de la guerre en Bosnie fut accélérée et « l’équilibre des forces » entre Serbes, Musulmans et Croates » fut instauré, selon les plans américains. De plus, on dévoile que les Usa connaissaient la décision de la Croatie d’engager aussi ses forces en Bosnie contre les Serbes, qui furent en effet chassés – comme les Musulmans – par les milices de Tudjman de l’enclave de Bihac, des régions côtoyant la Dalmatie, Livno, Kupres, Duvno et de l’Herzégovine toute entière.

Sur l’Opération Tempête en Krajina, l’opposition américaine ne fut que verbale. Le 25 juillet 1995, répondant à une démarche diplomatique de Galbraith, le gouvernement de Tudjman promit que l’action militaire croate ne s’étendrait pas à la Krajina. En même temps, les services d’espionnage Usa donnèrent l’information que les Serbes de la Krajina opposeraient une vaillante résistance. Cette évaluation s’avèrera fausse. Les Usa savaient que « la Croatie, pendant tout ce temps, avait violé l’embargo sur l’importation d’armes » ; et pourtant non seulement ils ne levèrent pas le petit doigt pour empêcher l’arrivée d’armes de contrebande de l’Italie, de l’Autriche et de la Hongrie, mais ils en envoyèrent eux-mêmes. En effet dans le document cité on recommande tout de suite après aux fonctionnaires américains de « ne pas enquêter, de ne rien raconter autour d’eux ».

Mais juste après l’intervention croate en Bosnie-Herzégovine, Tudjman se retourna contre les Serbes de la Krajina, qui devait être « son trophée le plus ambitionné ». Au moment même où il mettait en scène de fausses négociations avec les leaders serbes de la Krajina pour une solution pacifique et après avoir refusé un plan de paix proposé par Yasusi Akashi, représentant de l’Onu pour les Balkans, Tudjman ordonna à ses milices d’envahir la Krajina le 4 août. Elles tombèrent sur de longues colonnes de civils en fuite, en proie à la panique. Ce même 4 août, le Département d’Etat, par l’intermédiaire de Galbraith – ignorant que la Cia l’avait coordonnée? – invita pour l’énième fois Tudjman à arrêter l’opération qui, au contraire, continua de manière sanglante. Dans le document Usa il est question du drapeau croate long de 25 mètres hissé sur la forteresse turco vénitienne de Knin : « Pour la première fois en quatre ans de guerre balkanique, les Serbes ont été les victimes d’une grande offensive militaire… Malgré les invitations des Américains à ne pas la déchaîner, l’offensive victorieuse des Croates a dramatiquement changé la situation en Bosnie ».

Mais du reportage de Globus, qui parle aussi du rôle d’une agence militaire américaine « Mpri » en code, on apprend que c’étaient justement des officiers Usa qui aidèrent l’armée croate ; et que des bases aériennes croates sur l’île de Brazza et à Sepurine en Dalmatie furent utilisées par des avions américains sans pilote ; avant le début de la « Tempête » les généraux Gotovina et Kresimer Cosic furent reçus à Fort Irwine, un centre de commandement pour les entraînements aux Etats-Unis ; quelques jours avant l’invasion de la Krajina, Gotovina accompagna les attachés militaires de l’ambassade Usa passant en revue les troupes croates ordonnées pour l’attaque sur le mont Dinara.

Et Globus dévoile que ce fut précisément sur la base de Sepurine, aux alentours de Zara, que le vice-directeur de la Cia, Tenet, rencontra le ministre de la défense croate Gojko Susak, le chef des services secrets Miroslav Tudjman, fils du « Suprême » croate et Ante Gotovina. Quelques jours après la rencontre de Sepurine, commencèrent à atterrir sur cette base les Hercules américains avec à leur bord du matériel d’espionnage, quelques avions Predator pilotés à distance et une équipe de « conseillers militaires ». A Tenet revint, entre autre, la tache de vérifier que la base était en condition de permettre à la Cia de suivre l’Opération Tempête en temps réel et de photographier d’en haut les phases de l’opération, achevée au bout de huit jours, mais suivie pendant de longs mois de sanglants épisodes de représailles qui menèrent au massacre d’un millier de civils serbes et à la destruction de plusieurs dizaines de milliers de leurs maisons après pillage. Aujourd’hui, les avocats de Gotovina, qui ordonna peut-être ces massacres, sont décidés à traîner sur le banc des témoins Tenet lui-même et les autres vieux patrons américains, complices indirects de ces massacres.

Traduit de l’italien par karl&rosa.



Articles Par : Giacomo Scotti

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