Les USA lancent une “troisième phase” de renforcement militaire contre la Chine

Le secrétaire à la Défense Ashton Carter a annoncé jeudi dernier une expansion spectaculaire «pivot» du Pentagone vers l’Asie, qui intensifiera la confrontation militaire déjà tendue avec la Chine dans la région. Il a déclaré que l’Asie-Pacifique était « la région la plus conséquente pour l’avenir de l’Amérique. »

A bord du porte-avions USS Carl Vinson à San Diego, Carter a décrit une «troisième phase» du renforcement des capacités militaires des États-Unis, avec un «réseau de sécurité principiel et inclusif» en Asie. Si Carter a affirmé que Pékin n’avait pas à être exclu du «réseau», tous les aspects de la «troisième phase» visent bien la préparation d’une guerre avec la Chine.

L’importance attribuée par Carter au Partenariat transpacifique (TPP) pour « lier les Etats-Unis plus étroitement aux 11 autres pays» souligne le but du «pivot » : maintenir la domination américaine et subordonner la Chine aux intérêts de la États Unis. Les termes du TPP assurent que Pékin en sera exclu à moins d’accepter les règles fixées par Washington.

Carter a souligné que l’hégémonie économique des États-Unis devait être soutenu par la puissance militaire. En décrivant la «troisième phase», il a déclaré que «les États-Unis continueront à développer notre avantage militaire pour que nous restions l’armée la plus puissante dans la région et le partenaire de sécurité de choix. »

Carter a indiqué que la «première phase» du «pivot» annoncé en 2011 avait impliqué une montée quantitative de l’armée américaine et la restructuration de ses bases militaires. Des dizaines de milliers de militaires américains ont été redéployés vers l’Asie, où Washington compte affecter 60 pour cent de ses capacités aériennes et navales. La restructuration des bases américaines au Japon, en Corée du Sud, à Guam et à Hawaii a commencé ; de nouveaux accords sur les bases militaires ont été conclus en Australie.

La « deuxième phase » a impliqué l’envoi des « capacités les plus avancées » en Asie, dont les avions de chasse furtifs F-22 et F-35, les avions P-8 de patrouille maritime, et les vaisseaux les plus récents, ainsi que des bombardiers stratégiques. Elle comprenait également un effort soutenu pour intensifier les relations militaires avec des alliés et des partenaires stratégiques pour encercler la Chine. Carter a souligné le renforcement des relations sécuritaires avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines, l’Inde, Singapour, le Vietnam et la Nouvelle-Zélande en particulier.

Afin de maintenir cet «avantage militaire», Carter a décrit de vastes projets pour « une mise à jour qualitative et un investissement dans notre posture régionale. » Il a cité une liste de projets de haute technologie qui seront financés dès cette année, parmi lesquels :

* La conversion des sous-marins nucléaires Virginia pour les rendre « plus meurtriers et plus capables », en triplant leur charge de missiles de croisière.

* L’augmentation du financement pour plusieurs types de drones sous-marins, qui fait partie des plus de $40 milliards alloués pour les cinq prochaines années pour maintenir « la force de sous-marins et d’anti-sous-marins la plus létale dans le monde. »

* Dépenser $12 milliards sur cinq ans pour un nouveau bombardier d’attaque à longue portée Raider B-21.

* Dépenser $56 milliards sur cinq ans pour acheter plus de 400 avions furtifs F-35.

* Un investissement de près de $16 milliards sur cinq ans pour rénover la flotte d’avions ravitailleurs.

* La réadaptation du missile SM-6 « pour qu’il puisse aussi attaquer les navires ennemis en mer à très longue distance. »

* L’amélioration de la «portée et de la précision des missiles d’attaque terrestre et anti-navires ». ainsi que de nouvelles torpilles.

* De grands nouveaux investissements, à hauteur de $34 milliards l’année prochaine dans la guerre cybernétique, électronique et dans l’espace.

Chacune de ces nouvelles armes et améliorations doit servir à faire la guerre contre la Chine, fondée sur la stratégie de Bataille Air-Sea du Pentagone, à savoir un assaut massif de missiles et d’avions en Chine, complété par un blocus naval paralysant.

En outre, selon Carter, il y aura « d’autres surprises », dont certains investissements qui feront de « grands bonds en avant », et vont « respecter notre engagement depuis des décennies de consolider la sécurité dans la région Asie-Pacifique, forte et incontestable ».

La « troisième phase » consiste en l’intensification du « réseau de sécurité principiel et inclusif en Asie-Pacifique », ce que Carter a déclaré « ne pas être une alliance formelle, ni un effort pour contenir ou d’isoler quiconque ». L’utilisation du terme « principiel », qui signifie des « intérêts et valeurs partagés », est sensé exclure la Chine. Le but cynique et hypocrite est d’opposer un réseau de soi-disant « démocraties » au régime autocratique à Beijing.

Carter a prononcé son discours juste avant de participer à une réunion des ministres de la Défense de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), afin d’attirer ces pays dans le « réseau de sécurité » américain. Les 10 membres de l’ASEAN sont: la junte thaïlandaise militaire, les régimes d’État-policier staliniens au Vietnam, au Cambodge et au Laos, des Etats quasi à parti unique en Malaisie et à Singapour, la monarchie absolue de Brunei, les Philippines actuellement dirigés par le président fascisant Rodrigo Duterte, ainsi que l’Indonésie et Myanmar, où les militaires continuent de jouer un rôle politique clé.

Carter a toutefois déclaré que ce deuxième dialogue informel « se pencherait sur nos intérêts et nos principes communs et identifierait de nouvelles façons de collaborer ensemble pour les réaliser. » Le vrai but de la rencontre est d’attirer les pays de l’ASEAN dans une alliance anti-chinoise et d’intensifier la pression sur la Chine à propos de la mer de Chine méridionale.

La réunion, qui portait sur la «sécurité maritime,» suit de près la décision du 12 juillet de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en faveur d’une procédure lancée par les Philippines, et soutenue par les USA, contre les prétentions territoriales chinoises en mer de Chine méridionale.

Washington se préoccupe de plus en plus que le président Duterte des Philippines ne tente d’éviter d’une confrontation avec la Chine. Il a annoncé un desserrement des liens militaires avec les États-Unis. Dans ce contexte, la déclaration de Carter que « notre alliance avec les Philippines est solide » est une menace à peine voilée destinée à Duterte.

Carter a voulu impressionner les ministres de la Défense réunis avec une démonstration de la puissance militaire américaine, avec des survols d’avions de chasse F-22 et un bombardier stratégique B-1B. Les événements de vendredi se sont terminés par un dîner à bord du cuirassé USS Missouri, suivi samedi par une visite du destroyer USS Chung-Hoon.

Carter a présenté de nouvelles initiatives en matière de sécurité maritime, dont un dialogue maritime ASEAN et un exercice de sensibilisation au domaine maritime. Le Pentagone fournit déjà $425 millions sur cinq ans dans une initiative sur la Sécurité maritime pour fournir du matériel et de renforcer la collaboration avec certains membres de l’ASEAN : les Philippines, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.

Il n’y a rien d’innocent ou de pacifique à propos de la décision du Pentagone de déployer rapidement la « troisième phase » de son rééquilibrage vers l’Asie. Au nom du maintien de la sécurité régionale, l’impérialisme américain se prépare rapidement à une épreuve de force avec la Chine, dont les conséquences seraient potentiellement catastrophiques.

Peter Symonds

Article paru en anglais, WSWS, le 4 octobre 2016



Articles Par : Peter Symonds

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