Les valeurs américaines face aux valeurs chinoises et le nouvel ordre mondial

La bataille hégémonique sino-américaine comporte plusieurs dimensions, surtout la dimension politique et la dimension économique. 

Cependant, il ne faut pas oublier la dimension culturelle, car elle affecte inévitablement le choix des types de régimes socio-économiques du pays et les rapports internationaux politiques et économiques.

Malgré la mondialisation et les interactions de nature culturelle, il y a toujours un fossé non négligeable entre les valeurs chinoises et les valeurs américaines. 

Ce fossé affecte le régime socio-économique et les relations internationales de deux pays qui sont pris dans le piège de Thucydide.

NDLR : L’historien grec Thucydide, au IVe siècle avant notre ère, analysait que les guerres étaient inévitables quand une puissance établie voyait son statut remis en question par une puissance émergente.

Le présent article se décline en trois parties :

D’abord, nous examinerons les différences entre les valeurs occidentales et les valeurs asiatiques. Ensuite, nous verrons comment ces valeurs ont affecté les régimes politico-économiques de la Chine et des États-Unis. Enfin, nous nous demanderons lequel de deux régimes pourra gouverner le nouvel ordre mondial.

1. Les valeurs

Intéressons-nous à examiner comment les valeurs se reflètent dans les rapports suivants: homme-Dieu, homme-société, homme-homme, homme-univers, homme-histoire.

1.1 Le rapport homme -Dieu

En Asie de l’Est, le bouddhisme, le confucianisme et le chamanisme abordent le rapport homme-Dieu d’une manière rudimentaire. Dans le bouddhisme, on parle du Nirvana qui n’est pas un dieu; il s’agit d’un concept philosophique, d’un état de béatitude. La vie humaine est en soi souffrance. Et donc, pour surmonter la souffrance, il faut l’abandonner et tenter de se trouver par la méditation. 

Pour le faire, il faut trouver les quatre nobles vérités: la vérité de la souffrance (la vie humaine), la vérité de l’origine de la souffrance (attachement à des choses éphémères), la vérité de la cessation de la souffrance (volonté de cesser la souffrance), la vérité du chemin vers la fin de la souffrance (le noble chemin octuple.

Le chemin vers la fin de la souffrance comporte huit voies: la vision juste, la pensée juste, la parole juste, l’action  juste, les moyens d’existence justes, les efforts justes, la conscience juste, la méditation juste.  

Devant la mort, on a un choix entre deux chemins. Selon le Karma (la qualité de la vie vécue), on peut aller au Nirvana ou on peut revenir à la vie humaine faite de souffrance sous différentes formes d’être. Mais on ne dit pas qui est le dieu qui gouverne le Nirvana. S’il y a un dieu, on ne le connait pas. Le dieu n’est pas révélé.

Le confucianisme parle de Dieu en désignant l’empereur, qui est le Fils du ciel. Ici, le ciel englobe les êtres surnaturels.

Il y a bien sûr le Shamanisme selon lequel tous les objets sur la terre peuvent êtres des dieux: le ciel, la lune, la montagne, le vent, les roches ainsi de suite.

Bref, dans les systèmes de pensées en Asie, le dieu n’est pas identifié. Il s’agit d’êtres surnaturels inconnus.

La religion unique en Occident est le christianisme. Dans le christianisme, Dieu a créé l’homme à l’image de Dieu (Livre de la Genèse 1.26-27) Ce qui donne à l’homme autonomie, dignité et respect. L’homme a le droit d’être lui-même. 

Ce qui distingue le christianisme des systèmes de pensées asiatiques est la révélation de Dieu. Le Dieu chrétien se révèle de deux façons. D’après des théologiens, le Dieu se révèle d’une façon «spécifique» à travers la Bible et, d’une façon «générale» dans la nature.

Ainsi, il y aune différence entre l’Asie de l’Est et l’Occident en ce qui concerne Dieu. Du fait que dans le christianisme, il n’y a qu’un seul dieu, il n’y a qu’une seule vérité. C’est ici que la notion de «vérité doctrinaire» trouve sa source. 

Par contre, en Asie de l’Est, en l’absence d’un dieu révélé, il n’y a pas de vérité absolue; les «vérités sont relatives», ce qui donne le pragmatisme.

1.2 Le rapport homme-société

En Asie de l’Est, le système de pensées qui a influencé le plus le rapport homme-société est le confucianisme.

Dans la pensée confucéenne, l’homme se définit en fonction du statut qu’il occupe au sein de la collectivité. Il convient de noter que le confucianisme a été conçu par le savant Confucius pour la bonne gouvernance de l’État. Ce qui importait pour Confucius était la stabilité de la société et, pour y arriver, il fallait une hiérarchie rigide.

Il y a quatre rapports hiérarchiques: roi-peuple, époux-épouse, parents-enfants, enfant aîné-enfant cadet. Ces rapports sont maintenus grâce aux devoirs respectifs. 

Le peuple doit être loyal au roi; le roi doit être généreux et magnanime et s’occuper du bien-être du peuple.

Les parents doivent prendre la responsabilité de la santé physique et morale et de l’éducation des enfants. Ces derniers doivent obéir et respecter les premiers.

L’époux doit s’occuper du bien-être de l’épouse, qui en retour doit obéir à son époux.

L’enfant aîné doit guider l’enfant cadet. Ce dernier doit respecter le premier.

Les devoirs qu’exigent ces rapports verticaux sont Hyo et In (en langue coréenne). 

Le Hyo est la piété filiale ou l’obéissance. C’est le devoir de la personne de statut social inférieur. 

Le In est la générosité et la magnanimité. Il s’agit du devoir de la personne de statut social supérieur. 

Quand les Asiatiques rencontrent quelqu’un pour la première fois, ils lui demandent souvent son âge, ce qui peut paraître chez les occidentaux un manque de politesse. Mais les Asiatiques veulent connaître le statut social de la personne pour se comporter de la bonne manière, et le statut social se mesure parfois par l’âge.

Un tel système social a une implication importante sur les droits de la personne. Dans un tel système, le collectivisme vient avant l’individualisme. Les droits de la personne peuvent être considéré comme moins importants que les droits de la collectivité. 

Ceci veut dire que les droits de la personne sont déterminés par la collectivité. Il est possible que pour la collectivité, la priorité aille à la solution du problème de la faim au lieu de la liberté de l’individu.

En Occident, la personne humaine est souveraine, car elle est créée par Dieu. Le système des rapports humains est celui de l’individualisme et non du collectivisme. Ce sont les individus qui déterminent les droits de la collectivité; les collectivités ne déterminent pas les droits des individus.

Ainsi, la notion de droit est différente entre l’Occident et l’Asie de l’Est. En Asie, les droits de la collectivité viennent avant les droits des individus. En Occident, c’est le contraire. Les droits individuels sont plus importants que ceux de la collectivité.

En Asie, les individus sont là pour servir la collectivité; en Occident la collectivité est là pour servir les individus.

1.3 Le rapport homme-homme

En Asie, il n’y a pas de système de pensées qui aborde la question des rapports homme – homme. 

Comme nous l’avons vu plus haut, dans le confucianisme, les rapports interindividuels sont verticaux et se caractérisent par des devoirs et par des droits. Dans le bouddhisme, on ne spécifie pas les rapports interindividuels. S’il y en a, il s’agit de la miséricorde et de la compassion envers tous les êtres vivants. Dans le taoïsme (ou daoïsme), on en parle même moins.

C’est en Occident que les rapports interindividuels prennent de l’importance. Au cœur du christianisme, il y a le commandement de  l’amour. Et au cœur du commandement de l’amour, il y a l’amour de prochain (l’Évangile selon saint Matthieu 22.39). Bref, dans la tradition chrétienne, au cœur des rapports interindividuels, il y a l’amour.

La différence Occident-Asie dans les rapports interindividuels a une implication importante. En Asie, il n’y a pas d’idéologie des rapports interindividuels. S’il y en a, c’est le rapport confucéen de Hyo-In. 

Par contraste, en Occident, le commandement de l’amour chrétien est la base même de la justice sociale et des droits de la personne.

1.4  Le rapport homme-univers

En Occident, le rapport homme-univers trouve sa racine dans le christianisme, qui définit le rapport homme-univers de manière dichotomique. L’univers est gouverné par le bien et le mal. Or le rapport entre le bien et le mal en est un de confrontation et non d’harmonie.

Le bien et le mal sont déterminés par Dieu. Le bien est ce que dit  Dieu. Le bien est la parole de Dieu, soit l’Évangile. Le mal est le refus de croire en l’Évangile. Le bien doit donc battre le mal. C’est ici que le christianisme est doctrinaire et il est difficile pour lui d’accepter les civilisations non-chrétiennes. Dans ce sens, le christianisme est une idéologie doctrinaire et exclusive.

Il y a un autre aspect du christianisme relatif aux rapports homme- univers. Il s’agit du droit de gérer la nature. Dans l’Ancien Testament, Dieu a ordonné à l’homme de gérer la nature (livre de la Genèse 1.28).En effet, l’homme a tant exploité la nature qu’elle est gravement endommagée au nom du développement économique.

En Asie, les systèmes de pensées qui s’intéressent aux rapports homme-univers sont le taoïsme et le bouddhisme. 

Le taoïsme enseigne que l’univers est gouverné par deux énergies : le chi positif (yang) et le chi négatif (eum). Or, le chi positif et le chi négatif coexistent en parfaite harmonie : il n’y a pas de confrontation entre les deux énergies. Autrement dit, même si l’homme n’intervient pas, l’univers fonctionne très bien tout seul. Voici le principe de non-interférence.

Maintenant, le cœur du bouddhisme est le respect pour les êtres vivants dont les animaux. Ceci s’est traduit par le souci de conserver la nature.

En résumé, la religion à l’Occident a produit deux effets sur les rapports homme-univers. D’une part, le souci d’assurer la victoire du bien sur le mal a conduit l’homme à imposer le christianisme à travers le monde et, d’autre part, le christianisme a justifié l’exploitation de la nature.

Par contre, en Asie, le taoïsme et le bouddhisme ont incité l’homme à ne pas intervenir dans le fonctionnement de l’univers et plutôt à conserver la nature. En Asie, la paix et l’harmonie dans l’univers sont des valeurs grandement appréciées.

1.5 Le rapport homme-histoire

L’Asie et l’Occident se différencient dans la perception de l’histoire.

En Occident, il y a deux façons de percevoir le cours de l’histoire, notamment, la perception déterministe et la perception non-déterministe. Les perceptions déterministes sont représentées par la doctrine chrétienne, la doctrine hégélienne et la doctrine marxiste. La perception non-déterministe est, entre d’autres, la doctrine de Toynbee.

NDLR: L’historien britannique Arnold Toynbee présente l’histoire comme l’essor et la chute des civilisations à partir de critères culturels et non naturels 

Les chrétiens pensent que l’histoire de l’homme doit tendre vers une société où le monde est complètement évangélisé, et pour y arriver,  l’homme doit travailler.

Pour Hegel, l’histoire doit tendre vers une grande liberté, et se battre pour que ça se produise.

Par contre, pour Marx, la société humaine évolue par étape pour arriver au communisme. Pour y arriver, l’homme doit faire des révolutions violentes, si nécessaire.

Par contre, Toynbee prétend que le cours de l’histoire n’est pas déterminé. 

Elle change dans une direction non prédéterminée. Le changement se fait de la manière suivante. À chaque étape de l’histoire, une minorité éclairée lance des défis pour encourager la société à changer. Les éléments conservateurs de la société s’objectent aux changements. Les éclairés et les conservateurs s’affrontent. Les deux groupes s’entendent pour dire que la société change.

Un point commun à ces doctrines est qu’à chaque étape de l’histoire du monde, l’homme intervient pour faire changer et évoluer l’histoire. Bref, en Occident, l’homme est le maître de l’histoire.

En Asie, c’est le taoïsme qui fait allusion à l’évolution de l’histoire. D’après cette philosophie, l’histoire de l’homme est gouvernée par le chi. Le chi «yang» et le chi «eum» interviennent en parfaite harmonie de telle sorte que ce n’est point nécessaire pour l’homme d’intervenir.

Le mot clé du taoïsme est wu wei, c’est-à-dire le non-agir. L’idée est qu’on doit laisser l’histoire à aller son chemin tout seul

Il y a donc une différence importante entre l’Occident et l’Asie en ce qui concerne les interventions humaines dans l’évolution de l’histoire. En Occident, l’homme doit intervenir pour faire changer le cours de l’histoire. En Asie, il faut laisser l’histoire poursuivre son chemin tout seul.

2. L’impact des valeurs sur le régime politique et économique

Ce qui a le plus affecté le régime socio-économique de la Chine, c’est le pragmatisme en vertu duquel l’État chinois a pu combiner le socialisme dans le cadre du confucianisme. L’État doit assurer à tous les citoyens et citoyennes un bien-être convenable et, en retour, le peuple doit respecter l’autorité de l’État et lui obéir. Le président est le père du peuple, membre de la grande famille, soit la nation. Ici, le rapport Hyo-In est mis en valeur.

De plus, sous l’influence du bouddhisme, le peuple ne demande pas beaucoup, se contente de peu. Ce qui a pour effet d’assurer la stabilité sociale.

En outre, le pragmatisme a permis à la Chine de créer un système économique hybride dans lequel l’économie du marché libre et l’économie planifiée coexistent sans grandes difficultés.

Il importe de noter que le choix des politiques et celui de la structure institutionnelle du régime socio-économique de la Chine sont neutres d’un point de vue idéologique. Le système capitaliste ou le régime de socialisme ne sont que des instruments pragmatiques. C’est ici que le régime chinois a certain avantage, sur le plan de flexibilité, par rapport au régime américain.

Par contre, le pragmatisme et la flexibilité du régime peuvent constituer un problème de coordination des différents éléments qui font partie du régime.

Le régime socio-économique américain est une doctrinaire et rigide. Il s’inspire fondamentalement du christianisme.

Le christianisme a donné le régime socio-économique de démocratie libérale et le système économique de marché libre. Maintenant, pour qu’un tel régime fonctionne bien, il faut que le régime soit la propriété du peuple; il faut qu’il existe pour le peuple; il faut qu’il soit mené par le peuple. Bref, c’est le peuple qui doit être le maître du pays.

Mais, pour que le peuple soit le maître, il faut que tous les citoyens et citoyennes aient le moyen économique; il faut que le revenu et la richesse soit répartis d’une manière équitable.

Malheureusement, aux États-Unis, l’inégalité de revenu est aussi élevée que dans les pays en voie de développement. Le coefficient de Gini est de 49. 

Le coefficient de Gini est une mesure statistique qui permet de rendre compte de la répartition d’une variable (salaire, revenus, patrimoine) au sein d’une population

Le coefficient Gini varie de zéro à 100. Plus il est élevé, plus inégale est la répartition revenu en faveur des riches ; plus il est bas, plus égale devient la répartition du revenu en faveur des pauvres. Le coefficient Gini qu’on trouve aux États-Unis de 49 est très élevé.

Il est difficile à croire que ceci arrive dans un pays si riche. Dans une telle situation, il est difficile pour le peuple d’être le maître du pays. 

Les États-Unis ne sont plus le pays de la démocratie préconisée par Abraham Lincoln. Le peuple américain n’est plus le maître du pays. Le maître réel du pays est l’oligarchie des élites à Washington.

Le christianisme a, il y a un temps, inspiré la démocratie qui ressemblait à la démocratie préconisée par Lincoln, à savoir la démocratie juste et équitable basée sur l’amour de son voisin. Mais, ça fait longtemps que l’amour de son voisin a été remplacé par l’amour de l’argent.

3. L’impact des valeurs sur l’ordre mondial

Avant de discuter de l’impact des valeurs culturelles sur l’ordre mondial il y a une question préalable à poser : lequel des deux adversaires, la Chine ou les États-Unis, va dominer le monde ?

D’une manière plus concrète, la question est de savoir si on aura un ordre mondial mono-polaire géré soit par la Chine soit par les États-Unis ou un ordre mondial duo-polaire géré par les deux géants en même temps, ou un ordre mondial multipolaire avec d’autres puissances s’ajoutant dans la gestion du monde.

Le régime américain a fait l’admiration du monde. Les États-Unis furent un temps un leader mondial qui voulait la paix et la prospérité pour tous les pays.

Le célèbre discours de John F. Kennedy en 1963 à la American University de Washington illustre bien cette noble vision.

«What kind of peace I mean? What kind of peace we seek? Not a Pax Americana enforced on the world by American weapons of war. Not the peace of the grave or the security of slave. I am talking about genuine peace, the kind of peace that makes life on earth worth living, the kind of peace that enables men and nations grow and to build hope and build a better life for their children, not only peace for Americans but peace for all men and women, not merely peace in our time but peace for all time»– John F. Kennedy, 10 juin 1963.

(Quelle sorte de paix veux-je évoquer ? Quelle sorte de paix recherchons-nous ? Non une Pax Americana imposée au monde par les armes de guerre américaines ; non la paix du tombeau ou la sécurité de l’esclave. Je parle de la paix authentique, la sorte de paix qui fait que la vie sur terre vaut d’être vécue, la sorte de paix qui permet aux hommes et aux nations de croître, d’espérer et d’édifier une vie meilleure pour leurs enfants, non seulement la paix pour les Américains, mais la paix pour tous les hommes, non seulement la paix dans notre temps, mais la paix pour tous les temps) 

Cependant, un groupe de 25 intellectuels a publié en 1997 le «Projet for New American Century-PNAC», et a assassiné la vision de Kennedy.

Notons que parmi les personnes associées à ce groupe, on trouvait Dick Cheney et Donald Rumsfeld qui ont persuadé George W. Bush de déclarer illégalement la guerre à l’Iraq. Notons aussi que John Bolton voulait appliquer le modèle libyen de dénucléarisation de la Corée du Nord. 

Ce que le PNAC voulait était tout simplement de démolir les régimes qui n’étaient pas suffisamment soumis à la volonté des États-Unis ou qui pouvaient nuire à ses intérêts politique ou économique. Il s’agissait de la stratégie du regime change ou changement de régime. La Libye, l’Iraq, la Syrie, l’Iran ont été ciblés. 

La stratégie du regime change qu’a préconisé le PNAC commence par la diplomatie. Si la diplomatie ne marche pas, on provoque de l’instabilité à l’intérieur du pays cible. Si cette approche ne fonctionne pas, on impose des pressions dont des sanctions. Au cas où toutes ces démarches ne donnent pas les résultats voulus, on déploie la force militaire.

L’Iran a été une cible, car elle est une puissance régionale. L’Iraq et la Libye ont subi des attaques à cause de leur intention de ne pas utiliser les dollars américains. Il y eu d’autres raisons aussi.

La Corée du Nord a été l’objet de sanctions économiques depuis soixante ans pour justifier la présence des forces armées américaines en Corée du Sud en vue de contenir la Chine.

Ce qui est certain, c’est que la politique étrangère américaine ne s’inspire plus du christianisme. Elle ne s’inspire que de l’avarice et l’ambition déplacée de l’oligarchie afin de dominer le monde.

La Pax Americana ne peut plus continuer, pour plusieurs raisons.

Premièrement, le fardeau financier de la gestion de l’empire américain est excessif. Washington finance presque le quart du coût total de fonctionnement de l’ONU, du FMI, de la Banque mondiale, de l’OTAN sans compter le coût de fonctionnement de 130 bases militaires à travers le monde. Le budget de la défense nationale est de 750 milliards de dollars contre 178 milliards de dollars en Chine.

L’économie américaine n’est plus aussi imposante qu’avant. En 2019, son PIB(PPA) de 22 000 milliards de dollars est inférieur au PIB de 27000 milliards de dollars de la Chine. Il est de moins en moins certain que l’économie américaine puisse supporter les coûts de son empire. D’ailleurs, la perspective de la croissance de l’économie américaine n’est pas aussi favorable que celle de la Chine.

Deuxièmement, les influences des Washington diminuent, parce que les pays en développements dépendent moins de Washington pour l’aide économique. 

Troisièmement, la politique de l’ajustement structurel qu’impose le FMI sur les pays débiteurs n’a pas aidé la popularité des États-Unis. 

Quatrièmement, la force de dollar américain comme monnaie des réserves internationales s’affaiblit. Jadis, elle comptait pour 90% du montant total des réserves des banques centrales. Maintenant, elle ne compte que pour 60%.

Cinquièmement, ce qui est le plus important, c’est que la population américaine ne veut plus des guerres entreprises par leurs élites pro-guerre à Washington. Au fait, depuis 1945, aux États-Unis, rares ont été les jours sans une guerre américaine quelque part dans le monde. 

Pour les membres de l’oligarchie, la guerre est très payante. Pour le peuple américain, la guerre est coûteuse, très coûteuse.

De son côté, le régime chinois dans ses relations internationales est défini par le pragmatisme, le principe de non-interférence et la poursuite de la paix.

Premièrement, en vertu du principe de non-interférence, la Chine ne veut pas changer les régimes des pays étrangers, car elle n’a pas une idéologie évangélique. C’est l’effet de sa neutralité idéologique.

Deuxièmement, le pragmatisme permet à la Chine d’appliquer des normes et des règlements mis en valeur dans le système de l’OMC et bien d’autres organismes multinationaux.

Troisièmement, ce qui compte pour la Chine, c’est la stabilité et la prospérité pour tout le monde. La stabilité et la prospérité du monde est profitable pour elle. On voit ici encore son pragmatisme.

Le projet chinois One belt, one road (qu’on traduit par la ceinture et la route, c’est-à-dire la nouvelle route de la soie, NRS) est la démonstration concrète de l’ordre mondial qu’envisage la Chine. Dans cet ordre mondial, tous les pays participants collaborent mutuellement, en paix, pour la stabilité et prospérité commune. 

La NRS se donne comme premier objectif le développement des infrastructures sociales et industrielles nécessaires pour accélérer le développement économique d’une centaine de pays. 

Il y a déjà 68 pays qui sont directement impliqués dans le projet. Ils constituent une région économique dont le PIB équivalait à 40% du PIB mondial en 2017, et qui augmente de plus de 6 % par an. La population de ces 68 pays équivaut à 60% de la population mondiale.

Lorsque les infrastructures seront disponibles, le développement économique s’accélérera encore.

Pour conclure, tout indique que tôt ou tard, la Chine deviendra la plus grande puissance au monde. Mais, la Chine ne voudra pas imposer le Pax Sinica (la paix chinoise). Elle ne voudra pas faire changer les régimes des pays étrangers.

Selon toute probabilité, le nouvel ordre mondial sera duo-polaire ou multipolaire. Et dans cet ordre, les États-Unis moins puissants que maintenant et la Chine plus forte qu’aujourd’hui coexisteront en paix  dans un rapport de coopération.

Au moins c’est ce que je souhaite.

Professeur Joseph H. Chung

 

 

 

Professeur Joseph H. Chung est Professeur des sciences économiques et co-directeur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est (OAE) du Centre d’Études sur l’Intégration et la Mondialisation (CEIM), Université du Québec à Montréal (UQAM. Il est chercheur associé du Centre de recherche sur la mondialisation.



Articles Par : Joseph H. Chung

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]