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L’espoir d’une avancée en Corée
Par Ray McGovern
Mondialisation.ca, 05 juillet 2019
Consortium News 1 juillet 2019
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Après la rencontre imprévue dimanche entre le président Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-Un, il y a un espoir de progrès dans les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord. Et c’est en grande partie parce que la Russie et la Chine semblent plus déterminées que jamais à faciliter le mouvement. Explications.

Avant de commencer les discussions, Kim a souligné l’importance de la réunion: « J’espère que cela pourra servir de fondement à de meilleures choses auxquelles les gens ne s’attendront pas« , a-t-il déclaré. « Notre excellente relation fournira le pouvoir magique avec lequel nous pourrons surmonter les difficultés et les obstacles dans les tâches qui doivent être accomplies à partir de maintenant. »

Trump était tout aussi positif en parlant de Kim: « Nous avons développé une très bonne relation et nous nous comprenons très bien. Je crois bien qu’il me comprend et je pense que je peux le comprendre aussi, et parfois cela peut mener à de très bonnes choses. »

Trump a indiqué que les deux parties désigneraient des équipes. L’équipe US, dirigée par l’envoyé spécial Stephen Biegun sous les auspices du secrétaire d’État Mike Pompeo, commencerait les travaux d’ici deux à trois semaines. « Ils vont commencer un processus et nous verrons ce qui se passe« , a-t-il déclaré.

Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping ont rencontré individuellement le président Trump lors du G20 à Osaka. Et ils chantent la même partition de musique coréenne, surtout depuis la visite de Xi en Corée du Nord les 20 et 21 juin. Les remarques de Poutine sont particulièrement éclairantes.

Dans une interview accordée au Financial Times, Poutine a évoqué « les tragédies de la Libye et de l’Irak« – rappelant évidemment ce qui est arrivé à ces deux pays en l’absence de dissuasion nucléaire. Cette leçon peut être appliquée à la Corée du Nord, a déclaré Poutine.

« Ce dont nous devrions parler, ce n’est pas de savoir comment désarmer la Corée du Nord, mais comment assurer la sécurité inconditionnelle de la Corée du Nord et comment faire en sorte que tout pays, y compris la Corée du Nord, se sente en sécurité et protégé par le droit international. …  »

« Nous devrions penser aux garanties sur lesquelles nous devrions nous appuyer pour des discussions avec la Corée du Nord. Nous devons prendre en compte les dangers découlant de la présence d’armes nucléaires », a-t-il déclaré, ajoutant que si l’on pouvait trouver un moyen de satisfaire la détermination compréhensible de la Corée du Nord de garantir sa sécurité, « la situation pourrait prendre une tournure que personne ne peut imaginer aujourd’hui. »

« Que nous reconnaissions la Corée du Nord comme une puissance nucléaire ou non, le nombre de charges nucléaires ne diminuera pas. Nous devons partir des réalités modernes« . Ces réalités incluent des préoccupations de sécurité fondamentales et immédiates pour la Russie et la Chine. Poutine a poursuivi: ”Même si elle est très petite, nous avons une frontière commune avec la Corée du Nord. Ce problème nous concerne donc directement. Les États-Unis sont de l’autre côté de l’océan… alors que nous sommes ici, dans cette région, et la portée nucléaire nord-coréenne n’est pas très éloignée de notre frontière. C’est pourquoi cela nous concerne directement et nous n’arrêtons jamais d’y penser.

Les « attentes appropriées » de Xi

La semaine dernière, à Pyongyang, le président chinois Xi Jinping a déclaré que la Chine attendait une réponse appropriée dans les pourparlers sur le nucléaire avec les États-Unis.

« La Corée du Nord souhaite faire preuve de patience, mais elle espère que la partie concernée la rencontrera à mi-chemin pour explorer des plans de résolution qui tiennent compte des préoccupations raisonnables de chacun« , a-t-il déclaré.

Un édito dans l’agence de presse officielle chinoise Xinhua a souligné que la Chine pourrait jouer un rôle unique en brisant le cycle de méfiance entre la Corée du Nord et les États-Unis, mais que les deux parties « devaient avoir des attentes raisonnables et s’abstenir d’imposer des exigences unilatérales et irréalistes« .

Il ne fait aucun doute que les Russes et les Chinois ont comparé leurs notes sur ce qu’ils considèrent comme un problème potentiellement explosif dans leurs cours respectives, d’autant plus que les deux pays sont devenus des alliés officieux.

Lors d’une visite de trois jours à Moscou début juin, le président Xi a parlé de sa « profonde amitié personnelle » avec Poutine qu’il a « rencontré près de 30 fois au cours des six dernières années« . Pour sa part, Poutine a déclaré que « les relations sino-russes ont atteint un niveau sans précédent. C’est un partenariat global et une coopération stratégique.

Un changement stratégique fondamental

Qu’ils soient « meilleurs amis » ou non, l’affirmation d’une coopération stratégique sans précédent est avérée. Et cela constitue le changement le plus fondamental de l’équation stratégique mondiale depuis des décennies. Ils partagent la crainte que les choses dégénèrent en Corée avec le bouillonnant Trump et ses faucons de conseillers. Si bien qu’il y a fort à parier que Poutine et Xi se sont étroitement coordonnés sur la Corée du Nord.

La prochaine étape pourrait consister à redoubler d’efforts pour persuader Trump que la Chine et la Russie peuvent garantir d’une manière ou d’une autre le maintien d’une retenue nucléaire de la part de Pyongyang. Ce qui demanderait en échange un accord avec les États-Unis pour aller graduellement vers une dénucléarisation au moins partielle de la Corée du Nord contre un certain assouplissement des sanctions économiques US. Xi et Poutine ont peut-être conclu ce genre d’accord avec Trump à Osaka.

Il y a aussi des signes salutaires laissant penser que le président Trump en a appris davantage sur les effets possibles d’un conflit militaire avec la Corée du Nord. Manifestement, il s’est rendu compte que Pyongyang dispose déjà non seulement d’une force de dissuasion nucléaire, mais aussi d’un impressionnant arsenal conventionnel: une artillerie de masse.

« Il y a 35 millions d’habitants à Séoul, à quelque 40 kilomètres seulement« , a déclaré Trump dimanche. « Tous sont à portée de ce qui est installé dans les montagnes. Il n’y a pas pire danger.  »

Des obstacles de taille

Trump devra rappeler à son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et à son secrétaire d’État, Mike Pompeo, qu’il est le président et qu’il a l’intention de prendre davantage les rênes sur le dossier coréen. Compte tenu de leurs performances maladroites tant sur l’Iran que le Venezuela, il semblerait à première vue facile de larguer les deux super-faucons.

Mais cela signifierait d’aller à l’encontre du complexe militaire-industriel-parlementaire-des renseignements-médiatique-académique et des Think-Tanks (MICIMATT en anglais), complexe dans lequel les médias mainstream jouent aujourd’hui le rôle sine qua non.

Dans un signe avant-coureur de ce qui pourrait nous attendre, le premier reportage du Washington Post sur les résultats des pourparlers entre Trump et Kim contenait ainsi deux distorsions: « Trump a dénaturé ce qui avait été accompli, affirmant que la Corée du Nord avait cessé ses essais de missiles balistiques et continuait de renvoyer les dépouilles des soldats US tués durant la guerre de Corée. »

Le gouvernement Trump pourrait raisonnablement qualifier cela de « fake news ». Certes, la Corée du Nord a testé des missiles balistiques à courte portée le printemps dernier, mais la promesse de Kim envers Trump était de cesser de tester des missiles stratégiques et non tactiques. Et  sur ce point, la Corée du Nord a tenu sa promesse. En ce qui concerne les dépouilles de soldats US, elles ne sont plus renvoyées aux États-Unis effectivement. Mais ce sont les États-Unis qui ont mis un terme à cela après l’échec du sommet de Hanoi.

Nous pouvons sûrement nous attendre à des « reportages » de ce type, plus hypocrites encore. Reste à savoir si Trump peut résister au complexe MICIMATT sur le dossier coréen. En effet, nombreux sont les fabricants et marchands d’armes qui peuvent faire de juteuses affaires en Extrême-Orient tant que les tensions sont maintenues à un niveau suffisant.

Ray McGovern

Article original en anglais :

Trump Meets Kim in DMZ: Hope for a Breakthrough in Korea

Consortium News

Traduit de l’anglais par Investig’Action

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